‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 151 sur 259 · OCCUPATION DE CAPOUE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE CAPOUE

pation de Capoue et de la réunion de toutes nos forces, jeta le découragement parmi les insurgés; le plus grand nombre d'entre eux se dispersèrent; nos communications se rétablirent, et l'armée, réconfortée dans un pays d'abondance, se trouva désormais à même d'accomplir une grande mission; car entrer à Capoue, c'était non seulement refaire l'armée, mais aussi la mener plus sûrement à la conquête de Naples. Bien que la convention d'armistice parût être un préliminaire de la paix, bien que le roi de Naples dût envoyer auprès du Directoire, à Paris, un ambassadeur pour discuter les conditions d'un traité définitif, la présente convention, avec son caractère provisoire, ne comportait pas moins un grand nombre de conditions, auxquelles il serait impossible que l'ennemi ne fût entraîné à contrevenir; k la moindre infraction, ou pour mieux dire, au moindre prétexte, les hostilités allaient être reprises. Sans se priver de la certitude de conquérir Naples, le général Championnet s'était donné le temps de révolutionner cette ville, de préparer les esprits à nous y recevoir; il avait donc fait un acte politique par excellence, ce qu'il appelait une vraie ruse de guerre, et jamais une armée, cernée de toutes parts, sans vivres, sans munitions, à la veille d'une bataille où elle aurait eu à se défendre en tète, en flanc, en queue, et alors qu'elle aurait payé la moindre défaite par sa destruction totale, jamais une telle armée n'avait tiré de plus beaux avantages d'une convention d'armistice.

Dans ces conditions, comment ne pas s'indigner que cet événement de salut ait pu faire le sujet d'une dénonciation contre le général en chef, avant même que ce dernier ait eu le temps d'expédier un courrier au Directoire? Et cette dénonciation, dont j'ai déjà parlé, c'est le général Macdonald qui en était Tauteur et qui, grâce à la conni-

vence des commissaires civils, l'avait expédiée d'urgence à son ami Beurnon ville qui se chargea de la colporter. J'ai dit comment le Directoire accueillit d'abord cette accusation, qui incriminait le général Championnet d'avoir pu traiter avec des Napolitains, de leur avoir accordé un répit qui pouvait les sauver et d'avoir avili le nom de la République française en compromettant rhonneur de nos armes. Le Directoire eut la légèreté d'y croire et d'envoyer, au lieu des actions de grâces justement méritées, un cruel désaveu qu'il dut plus tard rétracter.

Le mal n'en était pas moins fait, et c'était par son éternelle jalousie, par les conseils de son ambition et de son orgueil toujours mécontents que le général Macdonald l'avait fait (1). J'ai dit pourquoi dès la première heure il avait été l'ennemi de son général en chef, et cette haine que le général Championnet avait sentie naître dès le premier jour, cette haine que les propos des officiers de l'état-major général et ceux de l'étatmajor du général Macdonald me révélèrent, pendant les quinze heures que je passai alors à Rome, le 23 novembre (3 frimaire), cette haine fut cause que des divisions regrettables se mirent dans l'armée, et que les créatures que le général Macdonald avait eu le temps de se faire formèrent autour de lui un parti.

On a vu les effets de ce dissentiment et la manière dont le général Macdonald s'abstint de prendre part aux

(1) Dans 80Q Coup d'œil, le prudent Bonoamy parle d'une « Toie étrangère » par laquelle le gouveruement de la France apprit la conclusion de Tarmislice avant que le général en chef pût en expédier l'avis officiel. Il n'ose désigner comme l'auteur de raccusaiion le général Macdonald. De telles réserves étaient conformes à son caractère; mais peut-être, à l'époque où il écrivait, ces réserves étaient-elles nécessaires vis-à-vis de personnages qui ne relevaient pas encore du jugement de l'histoire.

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