‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 157 sur 259 · L'ATTAQUE DE NAPLES · texte numérisé non relu

L'ATTAQUE DE NAPLES

hommes, ce qui n'a rien d'extraordinaire pour qui a connu ce gros garçon, donnant toujours tête baissée et combattant comme un bœuf. Par suite de ce succès, l'armée se trouvait débarrassée d'une agression menaçante; elle pouvait commencer librement ses opérations définitives.

Le 20 janvier, notre division quitta ses cantonnements et Caserta pour se diriger sur Naples, et ce mouvement, auquel cependant les Napolitains devaient s'attendre, fit surprendre à Aversa un colonel et trois cents cavaliers, un équipage de pont, cent cinquante caissons et quinzepièces de canon, qui tombèrent aux mains du général Dufresse, sans qu'il fût fait la moindre démonstration pour les défendre. Quant à la gauche, elle dut combattre pour passer les fossés des Régi Lagni et s'emparer de Pomigliano d'Arco, qui, enlevé au pas de charge, fut brûlé, tandis que ses habitants étaient passés par les armes. C'étaient là des représailles trop souvent renouvelées dans cette campagne, et cependant inévitables visà-vis des forcenés que le moindre espoir de succès exaltait au point de les porter aux tueries les plus sanglantes. Vers le soir, la première division poussa son avantgarde vers Licignano et la troisième à Melito.

Enfin, dès le 21 janvier au matin, l'armée continuant son mouvement en avant, l'ordre fut donné de serrer Naples au sud-est et de couronner les hauteurs qui la dominent au nord et au nord-est. En conséquence, la brigade Girardon marcha sur la belle position de Gapodimonte, trouva une résistance à laquelle nos troupes n'étaient pas accoutumées, et, la fusillade demeurant impuissante contre des hommes nouveaux et plus acharnés que ceux auxquels ils succédaient, il fallut former des colonnes d'attaque pour rompre les lignes, les mettre en déroute et rester vers le soir maîtres de la position. En même

temps, la première brigade de la première division se dirigeait sur Capodichino, que l'ennemi occupait en force avec du canon. Là encore des troupes de ligne, des Suisses, figuraient au premier rang; chacun de ces soldats, ayant derrière lui des lazaroni prêts à le tuer au premier signe de défaillance, se trouvait dans Talternative d'une mort certaine ou d'une mort chanceuse; préférant la seconde, il ne s'exposait pas à la première et combattait en héros. Cet engagement fut assez long et très acharné; enfin il nous livra, et la position, et toute l'artillerie qui la défendait.

Tandis que la droite obtenait ces succès, la division Duhesme livrait de terribles combats. Le même jour, vers huit heures du malin, le général Monnier, précédant le général Duhesme, s'avançait de Pomigliano pour prendre position au delà de Poggioreaie. En approchant de ce hameau, ses éclaireurs avaient été arrêtés par une fusillade vive et soutenue; l'avant-garde, qui les avait renforcés, avait été reçue par des feux de pelotons et à coups de canon; mais les troupes arrivant combinèrent un mouvement à revers et une charge en avant, s'emparèrent des canons et abîmèrent le corps des Napolitains, dont une faible partie rentra à Naples, en se jetant dans les terrains coupés qui se trouvent à droite et à gauche de la route dite de Capoue.

C'est alors que le général Duhesme commit la seule faute que je lui aie vu commettre, mais qui fut à la fois une faute militaire et une faute de discipline. Il était parvenu à l'endroit où il devait s'arrêter; il lui était recommandé d'abord d'attendre que les colonnes de droite fussent en ligne; or, ayant commencé leurs opérations plus tard que la gauche, elles ne pouvaient y être; elles n'y furent même que dans l'après-dîner; déplus, il avait l'ordre de n'attaquer Naples que le lendemain matin.

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