‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 158 sur 259 · FAUTE DU GÉNÉRAL DCHESME · texte numérisé non relu

FAUTE DU GÉNÉRAL DCHESME

Outre cela, il n'avait pas encore été rejoint par le colonel Broassier, auquel il avait dû confier son plus beau régiment, si bien que tout, à moins d'ordres contraires, loi faisait un devoir de ne rien entreprendre ce jour-là ; mais l'avantage que ses premières troupes venaient de remporter, et l'espoir que la brusque rentrée à Naples d*un millier de fuyards y jetterait un découragement dont il pourrait proûter, l'entratuèrent à ne pas donner de répit à l'ennemi. Le souvenir de Pescara, de Gaête et de tant d'autres bonnes fortunes de cette campagne contribua sans doute encore à exciter son audace et ses espérances. Que dirai-je? Ce général, qui à Tarmée du Rhin avait été surnommé le général Baïonnette, n'était pas homme à s'arrêter facilement; enûn cette contagion, qui devant Capoue rendit le général Macdonald coupable d'une semblable faute, fit succomber le général Duhesme à la tentation de prendre Naples à lui tout seul, c'est-à-dire de faire, vis-à-vis d'un ami et d'un chef, ce que le général Macdonald avait fait vis-à-vis d*un chef dont il s'était déclaré l'ennemi. Bref, le général Duhesme s'avança sur le faubourg de Capoue, assez près pour être forcé de soutenir une canonnade, qui commença à lui révéler son imprudence et que cependant il ne pouvait plus cesser le premier, sans risquer d'exalter la fréné* tique ardeur des Napolitains en leur laissant l'apparence d'un premier avantage.

Dans la nécessité où il se trouvait de soutenir coûte que coûte l'offensive, il ordonna au général Monnier d'enlever le faubourg. Aussitôt celui-ci forme deux colonnes d'attaque, l'une de la 64* de ligne, Tautre de la 2* légion cisalpine, et soutenu parle feu de notre batterie d'artillerie légère, il s'avance sur le faubourg que défendent six pièces d'artillerie et des milliers de lazaroni, d'habitants et de soldats. Tout ploie devant lui; son aide

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de camp Demoly, mis à la tête de deux compagnies de grenadiers et devançant les colonnes^ se précipite sur les pièces; trois rapidement retirées lui échappent; trois restent en son pouvoir; le général Monnier arrive; on combat corps à corps; bientôt la baïonnette fait raison de la résistance» et nos soldats sont maîtres de la place Capouane, encore séparée de la ville par le massif d'une vieille porte flanquée de deux tours. Mais être maîtres de lu place n'était pas être maîtres du faubourg. Toutes les maisons, en effet, étaient fermées et remplies de tireurs jusqu'aux faîtes ; des fenêtres de tous les étages, à travers des meurtrières et du haut des combles, des terrasses aussi bien que des lucarnes, partait un feu terrible. Point de mire pour tous ces forcenés, le général Monnier tomba bientôt grièvement blessé. On s'empresse de le soustraire à de nouveaux coups; une foule de ses porteurs sont frappés autour de lui; on parvient cependant à le sauver; mais, privées de leur chet, ses troupes se découragent, et, comme devant Capoue, la retraite s'opère, après qu'on a déjà perdu beaucoup de braves et qu'on a hors de combat un des trois généraux de brigade les plus distingués de cette armée (1).

Le général Duhesme, qui avec moi suivait le mouvement du général Monnier, rejoignit le restant de ses troupes du moment où il jugea que ce général était en possession du faubourg; mais en même temps il aperçut une colonne napolitaine d'au moins trois mille hommes qui, ayant débouché du pont de la 31adeleine, filait par notre gauche et cherchait à gagner nos derrières pour s'y réunir à quelques corps d'insurgés qui nous surveillaient. Aussitôt il m'ordonna de marcher contre elle, avec un bataillon et cent chasseurs, et de la

(1) Maurice Mathieu, Kellermann et Monnier.

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