‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 159 sur 259 · PBEMIRR JOUR DE LUTTES. S · texte numérisé non relu

PBEMIRR JOUR DE LUTTES. S

rejeter dans Naples. Ayant beaucoup moins de chemin i faire pour la joindre, qu'elle pour arriver à son but, j*étais mattre de l'attaquer en tète ou en queue, et je me portai sur sa gauche, de manière à la mettre dans l'impossibilité de combattre sans manœuvre, ce qui pour moi était décisif, attendu qu'elle ne pouvait faire un mouvement sans prêter le flanc à ma cavalerie. L'effet répondit à mon attente. Mes intentions à peine jugées, elle s*arrèta, et, un instant après, n'osant plus même se reployer par le pont de la Madeleine, elle se retira vers les contreforts du Vésuve, où je n'avais ni mission ni motif de la poursuivre. Par suite de la distance qu'elle maintint entre elle et moi, je n'eus d'engagés que mes tirailleurs; quant à mon escadron, je me gardai de l'aventurer contre trois mille hommes et plus, qui marchaient avec assez d'ordre et d'ensemble pour me convaincre que cette colonne était en partie composée de troupes réglées; de même, une halte d'une demi-heure m'ayant suffi pour être certain qu'elle ne rétrograderait pas, je rejoignis le général Duhesme.

Or je l'avais à peine quitté qu'il avait su le désastre du général Monnier. Frappé de la gravité d'un tel échec, et dans l'espoir de le réparer, il prépare de suite une nouvelle attaque; il fait réunir les 30* de ligne et 27* légère, et, encore que sa blessure à la bouche lui permette à peine d'articuler quelques mots, il les pérore et les met en mouvement; mais hors d'état de les conduire lui-même, il charge son premier aide de camp Ordonneau de le suppléer à la tête de ces troupes. Ordonneau part, attaque avec vigueur, rompt la ligne napolitaine qui lui barre le passage et franchit la formidable entrée du faubourg; mais à peine est-il parvenu sur la place qu'il reçoit un coup de boulet, tiré à travers la vieille porte dont j'ai parlé. Cette blessure

produit le même efîet que celle reçue par le général Monnier; les troupes s'ébranlent, le feu des croisées, qui a recommencé et nous coûte à chaque instant de nouveaux braves, achève de rendre la situation intenable; une seconde retraite s'exécute comme la première. Alors, exaltés par cette nouvelle victoire, les Napolitains se précipitent en foule sur les pas de nos soldats et continuent à diriger sur eux un feu meurtrier; enfin éclairés sur l'importance de conserver leur faubourg, ils le couvrent de milliers de tirailleurs, de troupes en ligne et en masse, et mettent en avant de son entrée douze nouvelles pièces, qui battent à feu direct et à feu croisé la route de Gapoue, route construite sur chaussée ou digue et, pendant près d'une lieue, droite comme un ruban.

C'est immédiatement après ce second insuccès que je rejoignis le général Duhesme. L'état dans lequel je le trouvai est indescriptible, tant je le vis navré de la piètre manière dont il débutait en présence de tant d'autres généraux, sous les yeux du général en chef. Il payait cher sa faute, mais elle était faite; la partie était engagée; laisser finir la journée en faveur des lazaroni était s'avouer battu. Que faire? Ce faubourg était devenu moins abordable que jamais, et, comme il forme sur ce côté de Naples une avancée, presque une espèce de bastion, nous ne pouvions attaquer que lui. Enfin, le jour allait baisser, et, pour se décider comme pour agir, il ne restait pas un moment à perdre, de même qu'il ne restait pas de doute sur la nécessité d'une troisième attaque.

Le générai Duhesme avait avec lui six colonels français (1) et un cisalpin, dans le nombre des premiers deux

(1) Des 27* légère, 30% 64« et 73* de ligne, 2* de légion cisalpine, 7* et 2o« de chasseurs à cheval. Le 16* de dragons nous avait quittés, et le il* de ligne n'était pas encore revenu de Benevento avec le colonel Broussier.

ÉCHECS AU FAUBOU'fvG DE CAPOUE. 377

ehefs distingués, Méjean, de la 27* légère, et de Toquigny, du 25* de chasseurs à cheval; je fus donc surpris, mais non moins flatté, lorsqu'il me dit au moment où je l'abordai : « Thiébault, je n'ai plus que vous pour réparer les malheurs de cette journée, et j'ai besoin de votre dévouement, comme je compte sur lui. > Début après lequel il ajouta qu'il me chargeait de la troisième attaque du faubourg de Capoue, mais que, comme c'était la dernière à laquelle on pût songer^ il fallait qu'elle fût heureuse, c Et quelles troupes mettez-vous à ma disposition? — Cellesque vous voudrez... » — C'était rendre ma responsabilité entière et d'autant plus grande ; il me quitta, rentra chez lui, me laissant de cette sorte carte blanche. Je pris la 64*, qui depuis l'attaque du général Monnier avait eu le temps de se reposer, les deux bataillons de la 73*, dont un seul bataillon venait de marcher avec moi, mais n'avait fait aucune perte, le premier bataillon de la 30* qui n'avait encore donné qu'une fois, et le 7* régiment de chasseurs à cheval; puis, comme pour mieux les surprendre je voulais profiter le plus longtemps possible de la sécurité que l'approche de la nuit devait donner à ces Napolitains, je refusai tout concours de la part de l'artillerie.

Les troupes choisies, restaient les dispositions... A cet égard, je suis obligé de le dire, je n'avais pas été édifié de celles adoptées pour la première attaque et qui avaient été répétées pour la seconde, ainsi que je l'appris... On s'était, dans l'une comme dans l'autre, borné à marcher sur deux colonnes précédées par des tiraiN leurs; et c'était ne faire aborder que sur deux points les troupes de Napolitains, massées sur tant d'autres points en avant du faubourg; c'était laisser le plus grand nombre d'entre ces Napolitains libres de se reployer; c'était permettre à leurs feux d'agir avec ensemble, puisqu'ils

n*avaient qu'à converger sur deux tètes de colonnes. Cependant les deux hommes qui en ordonnèrent ainsi étaient mes supérieurs, l'un d'eux mon chef, tous deux des généraux habiles; aucun d'eux n'ayant mis en question cette manière d'attaquer, je m'étais gardé de donner mon avis lors du départ du général Monnier du moins, car je ne fus pas présenta celui d'Ordonneau. Mais, à ce moment où le général Duhesme était hors de lui, où il me laissa le maître de mes dispositions, où par bon- ^ heur il n'était plus sur le terrain, voici ce que je fis. La route de Capoue, qui forcément était ma ligne d'opérations, consistait, ainsi que je l'ai dit, en une chaussée élevée de huit pieds, droite, et se trouvait battue par douze pièces de canon. Les terrains entre lesquels elle s'élevait étaient, en se rapprochant de Naples, découpés en potagers, où les arbres fruitiers, quoique dépouillés de leurs feuilles, formaient encore par leur nombre un rideau assez épais; enfin les potagers, séparés les uns des autres par des haies faciles à traverser, étaient occupés par une fourmilière de tirailleurs que nous évaluâmes à trois mille. En arrière d'eux et d'un petit ruisseau qui coule non loin du faubourg, se trouvait une ligne de troupes ou plutôt des troupeaux de lazaroni, adossés aux maisons crénelées dont j'ai parlé, et qui défendaient si terriblement les approches.

J'expliquai mon plan à tous les officiers supérieurs et aux capitaines de grenadiers qui devaient me seconder; j*élargissais le front des lignes de manière à multiplier les points de rencontre avec l'ennemi et les chances d'attaque à la baïonnette, tandis que la cavalerie balayerait la route et fermerait la retraite à tous ceux des insurgés postés hors du faubourg et qui voudraient tenter de s'y reployer. Quant au feu de l'ennemi, feu qui consistait en douze pièces de canon remises en batterie contre nous

di liiBl et la roate. j'en at:êaaû§ V^ISH em loi o&mal DMWi de prise w ma trvzps. '^^éq^'à, ce qoe ma cafalerie pfti réasBr à s'«a «sparcr.

Daas ee triple Int. jefisisarcberàladroitedelaroate et de froat ks trais oEmpaanies de grenadiers da Sir, séparéea chacaae par «a iaterr&Ile d* C'»nt pas eniiroa. taadia qae. aa pea ea arrière de chaq^ie interraCe. et prêts à soateair lean compasBies. s'aTanceraient les batailloBs anxqaels apparteDaient les oompacnies. De Bème se dépknrêrent. à la faacbe de la route, les srenadiers des trois bataillons des dû^ et T>: leurs coloanes les appayërcat, et la marche commença dans le plos ^rand silence, tons les hommes ajant Tordre de se coorber et d'abaisser lears armes pour arancer le pJas loin possibie. dîsçimol^ par les versers qui nous masqnaienL Les grenadiers deraient approcher des tirailkors sans répondre à leur feu. les forcer à se replojer; mais, en arrÎTant sur les masses au delà d 3 petit nisseau. ils feraient une décharge à boot portant et fonceraient à la baïonnette; alors les bataillons, battant la char^re. culbâteraient, extermineraient toaL et j*achèverais la déconfiture en chanreant à la tête da résiment de chasseurs par la route. Pressé par la chute du jour et n'ayant ni le temps de tâtonner, ni celai de manœaTrer. je faisais tout résnlier d'un choc, où ce que j'avais de troupes allait donner en même temps, et d*un choc dans lequel l'ennemi allait se troaver frappé sur treize points à la fois, rompa sar toas et presque sans retraite.

Il est des situations où chacun sent la nécessité de la réussite et où l'on peut compter non seulement sur une obéissance aveugle, mais encore sur tous les efforts dont de braves troupes peuvent être capables. Nous étions lians un de ces moments, et la ponctualité. la vigueur de Texécntion me prouvèrent que la nécessité et la

880 MÉMOIRES DU GÉiSÉRAL BARON TUIÉBAULT.

résolution de vaincre étaient dans la pensée de tous.

Au départ de mon infanterie, le régiment de chasseurs avait suivi nos mouvements, abrité par la chaussée de la route ; mais lorsque, par le redoublement du feu des tirailleurs ennemis, je jugeai que mes grenadiers arrivaient sur eux, je fis gravir le talus par les chasseurs et j'ordonnai la charge en fourrageurs. Le colonel et moi, ainsi qu'un de mes secrétaires qui montait un de mes chevaux et, bon gré, mal gré, ne me quittait jamais, nous avions les meilleures bêtes; nous arrivâmes donc sur la batterie d'artillerie avant les trompettes et, sabrant les canonniers, nous nous emparâmes de onze piècessurles douze. En même temps, les grenadiers, renforcés par leurs bataillons, massacraient au bruit de la charge tout ce qui leur avait fait face, la manœuvre de ma cavalerie ne laissant à ces ennemis de la plaine aucune possibilité de retraite vers le faubourg.

La rage et le besoin de vengeance exaltant les forces de nos braves, pas un Napolitain ne resta vivant sur le terrain que nous avions parcouru. Jamais, si ce n'est peut-être à Isola, dans la seconde partie de la campagne, je n'ai vu tant de morts à la fois, et je n'aurais pas imaginé que, en si peu de temps, il pût être exterminé tant de monde; je n'ose évaluer le nombre; des milliers de soldats napolitains et de lazaroni couvraient par tas le sol, au point d'exciter la pitié de celui qui, par devoir, n'avait rien épargné pour leur destruction (1).

C'est en achevant cette tuerie que nous avions atteint le faubourg. Là, au milieu des murailles brûlantes, la cavalerie me devenait plus qu'inutile, et je donnai l'ordre

(i) J'ai su qu'une dépêche du général en chef avait fait honneur de celte extermination au général Duhesme, qui cependant ne pouvait pas même, à cause de ses blessures, monter à cheval et u'était en état de prendre part personnellement à aucune action.

Page 1