SUR LA PLACE CAPOUANE
ao eolonel da 7* chasseurs de se porter en arrière du faubourg, d'y reformer son régiment, de réunir à lui le restant de la 30* de ligne, par laquelle le général Duhesme m'avait annoncé qu'il me ferait suivre, et d'assurer mes flancs. Quant à moi, ayant arrêté trois de mes bataillons à l'entrée du faubourg, je me jetai avec les trois autres sur cette place Capouane, si fatale à ceux qui m'y avaient précédé. La situation n'était pas changée, le feu des maisons continuait à être terrible ; me trouvant sous cette pluie d'enfer avec des grenadiers, ils m'entourèrent en criant : a Retirez-vous, mon général.». retirez- vous... nous ne quitterons pas la place; mais que deviendrons-nous si nous perdons aujourd'hui tous nos chefs? > Us m'avaient saisi par les pieds, prenaient mon cheval à la bride, et j'eus toutes les peines du monde à les empêcher de m'entratner. Braves et vaillants soldats, faits pour donner du prix à la mort même, quand on la reçoit à leur tête; la conQance les rendait invincibles!
Pour répondre à ce feu meurtrier, j'avais commencé sans doute par faire tirer dans toutes les croisées; mais j'obtins peu de résultats, et, prévoyant que j'aurais à donner l'assaut pendant la nuit à chacun des étages de chacune de ces maisons, je venais d'ordonner aux sapeurs d'enfoncer à coups de hache les portes, lorsque, au tournant d'une assez large rue ayant le Vésuve en perspective, j'aperçus d'énormes tas de petites planches do sapin; aussitôt, ayant lancé cet ordre : c Le feu partout >, j'enjoignis aux soldats d'allumer des bûchers dessous les escaliers des maisons, à mesure que les portes voleraient en éclats. £n fait d'héroïsme comme de destruction, je ne sais pas de quoi nos soldats n'étaient capables. J'ignore même comment ils ûrent pour exécuter mon dernier ordre, mais en peu d'instants l'incendie éclata et ne tarda pas à gagner le tour de la place : c'est à sa sinistre
clarté que continua ce combat d'abrmination; tout ce qui voulut sortir des maisons fut tué, tout ce qui y resta fut brûlé. Ainsi ordonna la nécessité, cette impitoyable divinité que les anciens disaient être de fer et qui là fut de feu et de sang.
La destruction de ce quartier, où tant de braves avaient péri, vengeait leurs mânes; la lueur de l'incendie annonçait au restant des Napolitains que nous étions dans leurs murs; elle Tannonçait de môme aux campagnes, dont les tocsins d'alarme, répondant aux tocsins de la ville, redoublaient à l'approche de la nuit leur appel de c mort aux Français >, par leur tintement lugubre. De fait, dès que parut dans les airs l'immense colonne de feu, toutes les cloches se turent; j'étais maître du faubourg; j'en avais anéanti les défenses; je me trouvais le premier Français militairement établi dans Naples, et, s'il m'arrivait encore des coups de fusil par les rues aboutissant à la place, ce n'était plus qu'une fusillade ordinaire.
J'en étais là lorsque le colonel Broussier arriva, le général Duhesme ne lui ayant pas laissé le temps de descendre de cheval à son retour de Benevento. Je l'informai de ce que j'avais fait, de mes motifs, de mes résultats. Il me félicita, ajoutant : c Le général Duhesme m'avait donné l'ordre de prendre le commandement de vos troupes, mais vous avez trop bien fait pour que j'exécute cet ordre. — Je sens vivement, répliquai-je, combien votre procédé est délicat, mais je me retire. — Non, reprit-il, vous ne pouvez quitter un commandement que je ne prends pas; je me bornerai donc à vous dire que le général ordonne que ce faubourg soit immédiatement évacué et que les troupes regagnent les positions qu'elles avaient avant votre attaque. — Évacuer ce faubourg? m'écriai-je. — Oui, le général craint que pen-