DEUXIÈME JOUR DE LUTTES
lerie. Le général Kellermann, chargé de franchir les haateors de Capo di Monte, de gagner la Villa Reale, de suivre la Blarine et de s'emparer da quartier de Sainte. Lucie, parvint, après une série de combats brillants, devant le château de l'Œuf, qu'il avait la mission d'enlever, bien que cela parût impossible; toutefois, en approchant il avait ralenti son attaque, bientôt même il parut hésiter, encore qu'il continuât â gagner du terrain. Mais ses semblants d'hésitation ont rendu la velléité de la victoire à ceux des ennemis qui lui font face et qui, pour un choc décisif, se pelotonnent, se renforcent de la majeure partie de la garnison du fort de rOEui et marchent â lui. li les attendait là, leur cède encore quelques pas; mais, au moment où ils dépassent le point désigné, la charge bat; â l'exemple de leur intrépide chef, les soldats se précipitent, forcent et dépassent la gauche ennemie; une mêlée complète rend aussitôt le feu des batteries du fort impossible, et les premiers hommes, qui à toute course parviennent â rentrer dans le fort, sont si bien talonnés que les portes ne peuvent plus être fermées, ni les ponts levés; nous sommes maîtres du fort.
Pendant que le général Kellermann ajoutait ce trophée à tant de trophées antérieurs, le général Dufresse, flanqué sur sa droite par les deux bataillons qui s'étaient portés sur le fort Saint-Elme et sur la gauche par les troupes du général Rusca, marchait sur la rue de Tolède avec les 11* et 12« de ligne, commandées par Calvin et Girardon, et avec six pièces d'artillerie et le 19* régiment de chasseurs. Dans la plupart des rues étroites et tortueuses, où nos braves s'engouffrent, c'est criblés du haut des fenêtres qu'ils avancent contre les lazaroni et les débris d'armée, qui, en dehors du combat de la rue, nous avaient habitués à la fuite et qui, dans cette dispute
acharnée de maison en maison, se montrent des héros. Les plus nobles faits d'armes peuvent seuls garantir la victoire, et si j'avais pu prévoir qu'un jour je donnerais tant d'extension au récit de cette campagne, j'aurais pris note des hauts faits qui furent alors redits par tous ceux qui en avaient été témoins. Du moins citerai-je celuici : En avant de la colonne à laquelle ils appartiennent, Baudoin, brigadier au 49* de chasseurs à cheval, et trois carabiniers de la 15* légère enlèvent à eux quatre ane pièce de canon; de suite ils la retournent, la rechargent, la pointent et la tirent contre l'ennemi. Mais, en peu de moments, les trois camarades de Baudoin tombent morts; grièvement blessé, survivant seul, Baudoin décharge encore une fois la pièce, et se retire couvert de sang : il est nommé sous-lieutenant sur le champ de bataille.
Enfin les trois colonnes étaient arrivées à la rue de Tolède, dont le général Kellermann lui-même s'était rapproché en secondant les attaques de notre centre, et le jour finissait quand la position fut prise.
Ce jour n'avait pas été moins rude pour la gauche. Ne pouvant commander de sa personne^ n'ayant plus un général de brigade, le général Duhesme avait mis, par un ordre du jour, toutes les troupes de sa division sous les ordres du colonel Broussier, ne réservant qu'un seul bataillon de la 17* pour la garde de son quartier générai.
Dès les premières lueurs, tous les soldats étaient sous les armes, afin d'être prêtsau signal d'attaque qui devait nous être donné par la droite; mais, au moment où la vue put s'étendre, on vit que, par une répétition du mouvement de la veille, une forte colonne de Napolitains et de lazaroni avait débouché du pont de la Madeleine et dépassait notre flanc gauche pour renforcer les insurgés des campagnes, peut-être aussi pour nous empêcher de