‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 166 sur 259 · TROISIÈME JOUR DE LUTTES · texte numérisé non relu

TROISIÈME JOUR DE LUTTES

d'un seul, tous mes bataillons donnèrent; mais, grâce à mon artillerie légère, les rues adjacentes au faubourg de Capoue encombrées de nouvelles masses de lazaroni furent balayées de manière à me permettre enfin de me déployer au delà de la Porte. Quant à Broussier, qui pendant la nuit avait reçu les derniers renforts, il marcha dès la pointe du jour sur le pont de la Madeleine. Sans parler de six à huit mille lazaroni, six cents Albanais et six pièces d'artillerie concouraient à la défense du pont, et toutes ces forces opposèrent la résistance la plus opiniâtre et la plus longue. Plusieurs heures laissèrent la question indécise; enfin, nos trois pièces d'artillerie légère étant parvenues à ouvrir des vides dans les rangs ennemis, le colonel Broussier jugea que le moment d'en finir était venu, et six compagnies de grenadiers s'élancèrent au pas de course et franchirent le pont. Les six pièces qui le défendaient furent prises, et les lazaroni, malgré leur intrépide attitude, une fois abordés, furent enfoncés et bientôt écharpés par le 25* de chasseurs à cheval; dès lors, tout fut désastre pour ces misérables. Quant aux Albanais, ils conservèrent leurs rangs jusqu'au moment où ils se trouvèrent débarrassés des lazaroni, qui les avaient placés entre deux feux et tuaient quiconque se battait mal. Sitôt qu'ils virent leurs terribles surveillants renversés, ils se jetèrent tous à genoux et demandèrent grâce. On leur fit quartier, mais aucun d'eux n'étant rentré dans le fort del Carminé, où la cavalerie empêcha les lazaroni de se jeter, ce fort fut de suite occupé par un bataillon de la 17*. Il ne restait plus uu colonel Broussier, pour accomplir sa triple mission, qu'à brûlerie Picco-Molo, et il allait porter la torche au sein de ce repaire, lorsqu'un émissaire du général en chef l'arrêta.

£n effet, à l'exception du centre de la ville et du quar-

tier des lazaroni , tout était vaincu ; l'espérance l'était comme les hommes. Quelques milliers de forcenés hurlaient encore, mais leurs cris n'avaient plus d'échos, et cette dernière convulsion du monstre n'attestait que son agonie. Le général en chef, qui au dernier degré alliait les qualités qui honorent l'homme à celles qui illustrent le guerrier, était sans cesse porté à arrêter l'effusion du sang et les ravages de la guerre ; dans l'espoir qu'enfin des paroles de paix pourraient être écoutées, il envoya des émissaires aux patriotes, aux personnages les plus influents; il persuada quelques prêtres à force d'argent, et, grâce à ces derniers, qui prêchèrent la soumission comme un effet de la volonté de Dieu, après avoir prêché la résistance au nom du même Dieu, le principal chef des lazaroni, Blichele de Laudo, Michel pour nous, fut persuadé; à sa voix, le carnage s'arrêta. C'est ainsi que, le 23 janvier 1799, s'accomplit cette prise de Naples, pour laquelle l'armée, ainsi que le chef de l'état-major général l'écrivit au ministre de la guerre, fît des prodiges et les généraux, comme l'écrivit le général en chef au Directoire, firent des miracles. Le général Duhesme arrivait alors dans le faubourg de Capoue, où il se montrait pour la première fois ; il venait à peine de nous apprendre cette pacification presque aussi nécessaire aux vainqueurs qu'aux vaincus, lorsque le général en chef, suivi de tout son état-major, parut et s'arrêta au milieu des ruines, des débris et des trophées. Le général Duhesme alla aussitôt à lui, et, malgré la difficulté avec laquelle il parlait encore, il fit le rapport de ses opérations contre Naples; dans ce rapport, ma part fut relatée en termes les plus honorables, et le général Duhesme termina par ces mots hautement proférés : cBlessé, je n'ai pu conduire les attaques; mais, partout où était Thiébault, j'étais aussi Iranr^uille quesi j'y avais été moi-

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