CHASSE AU SANGLIER
aboiements et les cris, j'arrivai au moment où mes deux braves chiens coiffaient le sanglier.
Bien entendu, en proclamant le fait, on nomma le mattre des chiens ; on convint aussi que, sans le sanglier aussi péniblement débusqué, il n'y aurait pas eu de chasse ; toutefois, comme je ne pouvais me faire gloire de mon agilité, dont le mérite revenait non pas à moi, mais à la nature, on se doute, d'après ce que j'ai dit, pourquoi et vis-à-vis de qui je fus content du succès et de rhommage qu'on m'en fit.
Au reste, cette chasse devait me faire avancer dans les grâces de Mme Ricciulli, et, bien que l'incident final ait bien peu de valeur, il fut pour moi l'occasion de le ra* conter à cette dame, de la distraire quelques instants et de saisir sur sa physionomie ces jeux si variés qui se traduisaient en sourires d'un charme irrésistible.
Je l'ai dit, la chasse, suivie d'un festin, s'était terminée par un bal à Naples. 11 était plus d'une heure du matin lorsque je quittai ce bal; j'habitais le palais du duc de Gravina, édifice fort noble, construit autour d'une cour carrée entièrement dallée et dans laquelle les voitures n'entraient pas. J'étais donc descendu à la porte, et mon valet de pied ayant suivi la voiture dans le bâtiment où étaient les remises et les écuries, je me rendais seul à mon appartement. A Texception de deux factionnaires qui gardaient ma porte, tout le monde dormait; les premières lampes des vestibules s'étaient éteintes, et celle du grand escalier de droite, que je devais atteindre au bout d'une colonnade qui régnait sous tout le devant du palais, finissait de brûler lorsque j'arrivai : je m'avançai donc à travers les ténèbres. Tout à coup une des dernières lueurs de cette lampe me découvre une figure de grandeur plus qu'humaine qui, le bras tendu vers moi et d'un doigt impératif, paraissait m'ordonner