GRATIFICATIONS. 4S
que par celles qui étaient deveaues nécessaires pour compléter ses cadres d'ofGciers; néanmoins, pour ache- Ter de s'acquitter envers tant de braves, il arrêta de donner des gratifications à ses officiers généraux et supérieurs; mais, pour que la France et l'armée n'y perdissent rien, il disposa à cet effet d'une somme qui se trouva hors des caisses publiques et qui resta en debors des contributions que le pays devait payer.
Le taux de ces gratifications fut fixé, savoir : cbaque chef de bataillon à deux mille francs; chaque chef de brigade à six mille francs; chaque adjudant général à douze mille francs; chaque général de brigade à vingt mille francs; chaque générai de division à quarante mille francs; base d'après laquelle j'avais à recevoir deux mille francs, si ma part était fixée d'après le grade dans lequel j*avais rendu quelques services; six mille francs si à mon égard on adoptait un intermédiaire, et douze mille francs si Ton me faisait la grâce de me traiter d'après un grade dont la possession provisoire était une faveur et dans lequel je n'étais pas encore confirmé. Si donc je ne pouvais me plaindre de n'en recevoir que deux mille, si six mille étaient déjà une munificence, il n'en était pas moins vrai qu'en recevoir douze mille réalisait tout ce que je pouvais espérer.
J'étais dans cette alternative; tout ce qui avait trait à cette gratification se chuchotait, mais ne se disait pas. Bien que trop de personnes dussent y avoir part pour que le secret pût être gardé, il était cependant décidé que rien ne devait être ostensible. J'attendais donc en silence, lorsque, huit ou dix jours après notre entrée à Naples, je reçus du général Dufresse un billet portant en suscription : c Pour vous seul > et contenant l'invitation de venir toucher chez lui, en témoignage de la satisfaction particulière du général en chef, la somme de vingt-
cinq mille francs et de rapporter ce billet au bas duquel mon nom devait être écrit. Je crus à une erreur de chiffre, et on comprendra ma stupéfaction lorsque, sans me laisser le temps d'ouvrir la bouche, le général Du* fresse me dit : c Le général en chef vous avait primitivement destiné vingt-cinq mille francs, mais je reçois à l'instant l'ordre de vous en remettre trente mille, que vous allez porter sur votre reçu et dont vous ne parlerez pas. • Cette somme en rouleaux d'or était contenue dans un sac que je pris sans compter.
J'ai dit que j'avais reçu du général Duhesme pour vingt mille francs d'effets, sur lesquels j'en touchai quatorze mille; j'avais encore les cinq mille francs que m'avait donnés le général Gardanne, ce qui, joint i quelques économies faites sur mes traitements et frais de bureau, me constituait un avoir d'à peu près cinquante mille francs. Pareille somme à une époque où l'argent avait encore un taux tellement supérieur à son taux nominal, donnait de quoi vivre, ce qui pour moi personnellement pouvait être indifférent. Mes vingt-neuf ans, mon nouveau grade (i) et la manière dont je Tavais mérité et reçu, enfm, une réputation qui me plaçait en première ligne parmi mes semblables, me rendaient fort tranquille sur mon avenir; mais ces garanties n'auraient pas existé que je n'en aurais pas moins été subjugué par la pensée d'employer ce même argent à tirer mon père de la situation précaire où il se trouvait au déclin de ses jours, pensée qui pour moi décupla le prix de ce que je possédais. Aussi, plus cette position acquérait de prix à mes yeux, plus j'éprouvais le besoin d'of«
(1) Si comme général on a un rang dans TÉtat et dans le monde, comme officier supérieur on en a un dans les armées et comme adjudant général on en avait un alors aussi bien dans le monde que dans l*armée.