CHAPITRE III
Le 7 janvier 4797 (18 nivôse an V), on moavement général s'opère dans les forces de l'ennemi; il se rassemble à Este, à Montebello, à Ala. Une nombreuse artillerie sait ses colonnes, et cent pontons arrivent à Trévise. Dans la journée du 8, le général Masséna savait ces nou- Telles par les amis de quelques patriotes, par les rapports des espions, par les déclarations de plusieurs déserteurs. Les 9, 10 et 11, des reconnaissances partent et se succèdent à Zevio, Lugo, La Chiusa et Caldiero; le 12, à la pointe du jour, une attaque de l'ennemi sur Saint-Michel est avantageusement repoussée; mais, le même jour, la division cédant devant les troupes d'Alvintzj fut forcée d'évacner la Corona ; le 13, le général en chef arrive à Vérone; la journée se passe en démonstrations. Vers la tombée du jour, c'est-à-dire vers quatre heures, La Salle reçoit l'ordre de se porter sur Caldiero avec cent hommes de cavalerie et une pièce d'artillerie légère, et d'échanger quelques coups de canon avec l'ennemi, aûn de savoir, disait-on, de quelle manière il l'acceptait, mais au fond pour donner le change sur les mouvements que l'on devait exécuter la nuit. Déjà fort lié avec La Salle, je me joins à lui pour cette prétendue reconnaissance. Quatre pelotons sont formés; la pièce d'artillerie est placée entre le premier et le second de ces pelotons, et dans cet ordre nous marchons sur Caldiero en suivant
la grande route. L'ennemi à notre approche déploie quelques troupes, dont une partie, précédée par des éclaireurs à cheval, barre la route en colonne. Arrivé à bonne portée, notre premier peloton démasque notre pièce, qui de suite commence le feu. Trois des pièces de l'ennemi y répondent, et, comme tout cela ne devait et ne pouvait avoir aucun résultat, que d'ailleurs la nuit devenait obscure, et que nous avions en entier exécuté les ordres, nous nous reployàmes, ayant eu un brigadier pris, un dragon blessé, un artilleur tué, et de plus le capitaine commandant l'escadron ayant eu le poignet droit coupé par un boulet de canon.
Enfin, à neuf heures du soir, des mouvements de troupes se prononcèrent. La i8* de bataille quitta Vérone pour se rendre à Garda, tandis que les 32* et 75* de ligne et l'artillerie légère, ainsi que le premier régiment de cavalerie, partaient pour Rivoli, aOn de renforcer la division Joubert, battue la veille. Le général Masséna, ses aides de camp Solignac, Burthe et moi, nous marchâmes avec ces dernières troupes; le général en chef avait pris les devants pour arriver à minuit.
Parvenus assez près , nous aperçûmes à la faveur de l'obscurité les feux des avant-postes de la division Joubert et ceux de l'ennemi, qui formaient sur le revers de la Corona comme une zone étoilée. Vers huit heures ou neuf heures du matin seulement, nous parûmes sur le plateau de Rivoli, et, comme la division Joubert occupait toute la ligne, comme sur tout son prolongement le combat était fortement engagé, les troupes de la division Masséna furent placées en réserve à la gauche du village, prêtes à prendre part à cette célèbre bataille.
La droite, formée de la division Joubert et commandée par ce général, était appuyée à TAdigej le centre, commandé par le général Berthier, occupait le milieu de