‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 195 sur 259 · EXPEDITION DANS LA CALABRE · texte numérisé non relu

EXPEDITION DANS LA CALABRE

Olivier devait, d'après ses instructions, prendre position en avant de la forêt de Nera et de là, par des colonnes mobiles, contenir le pays, correspondre par sa gauche avec le général Duhesme, puis établir des relations avecCosenza, et faire en sorte de savoir ce qui se passait en Sicile et surtout à Messine. A cela devaient se borner les préliminaires de son expédition jusqu'à l'arrivée des renforts attendus de Rome et des Abruzzes; carie général en chef, qui était pressé de montrer le plus tôt possible des soldats français dans ces régions, ne voulait pas non plus les engouffrer loin de lui, sans être sûr d^ètre assez fort pour maintenir avec eux ses communications.

Suivant ce plan, la forêt de Nera dépassée, le général Olivier s'était arrêté, et lorsque, à Naples. arriva cette nouvelle, elle y causa non seulement un désappointement, mais presque un chagrin. On se récria; des réclamations furent adressées auprès du général en chef. LesCalabres étaientprêtes pour la liberté; elles n'attendaient, disait-on, que nos soldats. Mais, incapable de prendre des espérances pour des garanties, le général en chef tint bon, quant à ses troupes, et se borna à autoriser le gouvernement napolitain à faire devancer le général Olivier par une colonne indigène, ce qui même, et bien plus que la vue de soldats étrangers, semblait fait pour entraîner et exalter des hommes aussi impressionnables que les Calabrais.

Dans son illusion, le gouvernement napolitain jugea un millier d'hommes sufQsant pour rallier à la République tout le littoral de la Méditerranée, et les troupes. qui se réorganisaient, assez bien composées pour fournir à cette colonne des hommes dévoués. Restait le choix du chef; il se porta sur le prince Pignatelli, et tout le monde fut convaincu que ce prince, par ses moyens, son caractère, joints à l'influence de son nom, de son rang.

garantissait le succès; mais il se déclara malade, et, encore que Ton pensât qu'il n'y eût de malade en lui que la bonne volonté, c'est-à-dire que des considérations politiques le déterminaient à feindre une indisposition qu'en pareille occurrence l'honneur suffit pour guérir, il fallut le remplacer, et ce premier, malheur s'accrut par la fatalité qui fit confier le commandement i un nommé Schipani, révolutionnaire, qu'une déplorable erreur tira un moment de l'obscurité et que la honte y replongea.

De fait, ce Schipani, d'un caractère follement chevaleresque, au lieu d'aller droit au-devant des dix mille Calabrais patriotes qui l'attendaient, voulut commencer par faire acte de capitaine et alla s'écraser follement contre un mauvais castel, dont une poignée d'hommes, sous un bon chef, aurait eu facilement raison. Son échec eut un grand retentissement ; le parti opposé se renforça, et, à sa tête, le cardinal RufTo put former des entreprises et notamment occuper Cosenza, dont la prise était décisive; d'autres prises suivirent, et la province qui de tout le royaume de Naples était la plus digne de la liberté fut la première à rentrer sous le joug. Bien que nos troupes n'eussent en rien été engagées dans ces revers, nous n'en partagions pas moins les conséquences.

Quels que fussent ses succès, le cardinal Rufl'o s'était bien gardé de se mettre en ligne. Prévenu de la nouvelle coalition formée contre nous, des forces avec lesquelles nous allions nous trouver aux prises dans la haute Italie, et des débarquements qui allaient s'eiïectuer dans la Fouille et sur les côtes de la Méditerranée, il jugea devoirachever avant tout de se fortifier en Galabre; mais, s'il ne marcha pas en forces contre le général Olivier, il le fit observer par des bandes d'hommes choisis, qui ne le perdaient oas de vue. Le général Oli-

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