‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 196 sur 259 · EXPÉDITION EN FOUILLE. 4CI · texte numérisé non relu

EXPÉDITION EN FOUILLE. 4CI

vier avançait-il?... elles reculaient. Se reployait-il?... elles avançaient. Sans doute, il parvenait à avoir parfois des avantages sur elles; mais, réduit à se fatiguer en escarmouches dans ce pays d'âpres montagnes, il ne fit rien de ce qu'il devait faire, ne communiqua pas une seule fois avec le général Duhesme, ne se procura et ne transmit d'autres nouvelles de Gosenza, de la Sicile et de Messine, que celles que Ton aurait eues sans lui, et cette expédition en Calabre n'eut de cette province que le nom.

L'expédition de la Fouille, au contraire, avançait avec ordre et succès. Les instructions du général Duhesme portaient qu'il marcherait à la fois par Avellino et Benevento sur Foggia, qu'il communiquerait avec Coutard, laissé, on se le rappelle, comme gouverneur dans les Abruzzes; qu'il hâterait l'arrivée des troupes dirigées de la Romagne sur Pescara, et que, en se rabattant par sa droite, il occuperait Gravina Oppedo ; il s'emparerait de toutes les routes qui mènent au golfe de Tarente; il aurait des intelligences dans les ports, dépêcherait un ou plusieurs bâtiments pour savoir ce qui se passait à Corfou, et entrerait en communication avec les trois cents Français débarqués à Cotrone, pour apprendre d'eux comment ils étaient arrivés là.

La division était partie de Naples le 19 février; dès le 23, la première brigade, sous la conduite du général Forest, était parvenue par Benevento sur Lucera, et la seconde brigade^ commandée par le général Broussier, était le même jour arrivée à Foggia, où la réserve, aux ordres du chef de brigade Wouillemont, la rejoignit le lendemain.

Je suivais le général Duhesme; pendant tout le trajet, je le vis s'occuper surtout de ce qui, vu les circonstances où il se trouvait, tenait essentiellement au succès de la

guerre, c'est-à-dire qu'il ne négligea rien pour rallier à notre cause les communes qu'il traversa ou à portée desquelles il passa; dans ce but, il multiplia les proclamations, les instructions, les circulaires, et chargea des hommes bien famés d'accompagner, de surveiller, de modérer les agents du gouvernement, espèces de brûlots que, sous le nom de démocratiseurs , on envoyait de tous côtés et dont quelques-uns poussèrent l'eiTronterie au point de trafiquer des cartes de démocratisation, qu'ils avaient le pouvoir de donner.

L'impunité de ce trafic était assurée auprès d'un gouvernement tel que le gouvernement napolitain, qui de suite avait été débordé par les clubs, les chambres ardentes et par cette foule d'intrigants et de scélérats qui en pareil cas ne s'attachent au char que pour le précipiter dans l'abîme. Le contrôle organisé par le général Duhesme à l'égard de ces agents était donc indispensable; il fut des plus utiles; grâce à lui, ces démocratiseurs, suivis de leur commission de surveillance, purent être investis de pouvoirs assez larges pour non seule, ment prêcher, mais organiser la révolution, composer les autorités, châtier quelques communes, en récompenser d'autres, armer les patriotes, désarmer les royalistes, ménager les curés et flatter les évéques. Ce ne fut pas tout. Le général Duhesme avait formé près de lui un comité napolitain, composé des personnages du pays les plus recomniandables, à qui il remettait toute réclamation ou demande, qui lui faisaient des rapports écrits sur tout ce qui avait quelque importance et lui proposaient les mesures ou décisions qui leur semblaient justes et utiles. Ce comité fit le plus grand bien ; il débarrassa le général de détails auxquels il n'aurait pu suffire; il substitua des hommes connaissant parfaitement le pays et les individus à des étrangers qui ne connaissaient ni

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