‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 214 sur 259 · LA FIN D'UNE CONQUÊTE · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE CONQUÊTE

honte de leur victoire, car il avait fallu traiter d'égal à égal avec les insurgés. Depuis le i*' avril, une flotte anglaise croisait devant Naples, et en même temps que la nouvelle de nos défaites sur TAdige, sur la Pescara et TAdda, nous parvenait la nouvelle de l'arrivée des Russes, de la perte de Corfou. A ce moment il eût fallu, suivant le plan du général Championnet, avoir un cercle d'action assez étendu pour pouvoir être constamment ravitaillés par la Fouille, grenier de Naples, être protégés contre la Sicile par les Calabres ; celles-ci eussent alors été débarrassées du cardinal RuiTo qui, laissé libre de recruter son armée, a fini par décider de tout. Il eût fallu avoir fortifié non seulement Naples, mais les principales places, et maintenir notre occupation à l'abri de ces places, avec l'aide des trois cent mille patriotes que notre départ allait livrer aux représailles et dont cent trente mille furent barbarement massacrés. Avec Championnet, d'ailleurs, la marche des forces principales de l'armée de Naples^ pour se joindre à l'armée d'Italie, n'eût pas été désastreuse comme elle le fut avec Macdonald; la bataille de la Trebbia eût été gagnée dix fois pour une, et il n'eût pas été nécessaire d'attendre un an pour ramener la victoire dans la haute Italie.

Et, tandis que rien ne se préparait pour la sûreté des garnisons, tandis que notre cercle d'action se rétrécis» sait au point de rendre nos approvisionnements chaque jour plus difllciles, ce que nous apprenions des provinces abandonnées par nous était horrible. Les malheureux qui s'étaient déclarés pour nous et qui généralement appartenaient aux classes aisées, abandonnés sans défense ni secours, étaient livrés aux poignards de frénétiques, à la rage, à la vengeance et par-dessus tout à la rapacité d'hommes auxquels la certitude de l'impu* Dite ne laissait pas de frein.

496 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RARON THIÉRAULT.

Quelque sérieuse que pouvait être notre situation, la disette l'aggrava encore dans la République romaine, et les rapports de Planta, ministre de la guerre de cette République, contenaient un effroyable tableau de la misère, de la famine et du désespoir des habitants, des privations des troupes, de Timpuissance du gouvernement à remédier à rien, et des progrès d'une insurrection qui devenait aussi générale qu'effrénée. A Naples, Targent manquait comme à Rome. £t, sans parler des autres embarras, les contributions ayant brusquement cessé de rentrer, la solde s'arriérait, et cela devenait pour les troupes mal administrées une cause d'effrayante démoralisation. Des soldats vendaient à des Napolitains leurs munitions et leurs armes, désertaient ensuite pour regagner la France et ne tardaient pas A être assassinés.

Et cependant le temps bien employé aurait permis de sauvegarder tous ces intérêts. Lorsque l'inutile expédition faite par le général Olivier sur Brindisi fut arrêtée par le rappel à Naples et à Maddalooi de notre division, ce mouvement de retraite avait été terminé le 26 avril. Les opérations sur Casteilamare et Saleme étaient de celles dont on pouvait ne pas s'occuper si Ton partait, mais dont il fallait s'occuper si l'on ne partait pas. On fut entraîné de même à donner de l'attention à En rassemblement qui s était formé à Avellino ei qui avait pris position au défilé des Fourches Gandines. Le chef d escadron Clément de La Roncière avait ^é chargé de le dissiper; mais, envoyé avec des forces insufifisantes et devant une p^>sitian imprenable, il dut attendre le secours du général Olivier. Finalement» si les insurgés furent n^ès hof^ de leur position, on ne pot les atteindre ni leor Cure aucun mal : si AreUino lut pris, on ne s>n empara que pour

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