‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 217 sur 259 · DEMANDE DE PASSEPORTS · texte numérisé non relu

DEMANDE DE PASSEPORTS

pour Milan. J'avais souvent demandé à M. RicciuUi de me ramener à ma famille, et hier il m'en a fait l'ofifre lai-même. — Ainsi, m'écriai-je, toutes relations entre nous vont finir; les moindres communications mêmes seront désormais impossibles, et c'est vous, Pauline, qui, de Tair le plus calme, me donnez cette affreuse nouvelle. — Jamais, reprit-elle, je n'ai douté de l'intérêt que vous prenez à moi ; je quitterai ce pays où le souvenir de tant de souffrances m'entoure et me poursuit; j'irai chercher auprès de mon père des consolations et un repos dont ma santé même a besoin, et non seulement je serai charmée de recevoir de vos nouvelles, mais je vous promets de répondre à toutes celles de vos lettres qui ne seront dictées que par l'amitié, le seul sentiment qu'entre nous je puisse avouer. »

Tout le monde nous avait suivis et commençait à nous rejoindre; nous-mêmes nous étions rapprochés des chevaux; Theure de retourner à Naples était venue, notre entretien fut donc interrompu, et nous repartîmes tous à cheval jusqu'à la grotte, où nous reprîmes nos voitures. Cependant le soir même, chez Mme Parabita, je revis Pauline * c Vous savez, me dit-elle en venant à moi, mon départ pour Milan, vous savez combien les routes sont dangereuses. — Je vous entends, répliquaije, il vous faut un passeport et des escortes; je me charge de tout. >

Le lendemain matin, il fut convenu entre Lacroix et moi que, sur un mot que je lui donnerais, il ferait viser par le général en chef le passeport de M. RicciuUi. Quant à Tordre pour les escortes, Léopold Berthier étant allé tracer un camp à Maddaloni, je lui fis la demande par écrit. Informé, à sept heures du soir, qu'il était de retour, j'allai le trouver et j'eus de lui la promesse que, avant huit heures du matin, j'aurais l'ordre le plus

formel pour que, partout où des escortes pourraient être nécessaires, partout où M. RicciuiU en demanderait, elles lui fussent fournies.

Cependant, mattre de son départ, M. Ricciulli ne put encore en profiter, retenu par des dernières dispositions a prendre; Pauline, d'ailleurs, ne le pi'essait plus. Et c'est pour moi que survint l'obligation d'un départ prochain. C'est dans l'intervalle de ces quelques jours que le général Duhesme avait été, comme je l'ai raconté, honteusement sacrifié et remplacé par le général Olivier. Ce dernier allait prendre la direction de ses troupes ; je devais le rejoindre sitôt après avoir mis le général Duhesme en route, et nous étions arrivés ainsi au 43 avril, veille de mon départ. Ce soir-là, chez Mme Parabita, Pauline émit l'avis de me conduire pendant une lieue et de faire avec moi, dans la campagne, un déjeuner d'adieux. La société de Mme Parabita était une des plus agréables que j'eusse rencontrées, par sa prédisposition à accueillir des projets de cette nature. Chacun convint des plats qu'il porterait; de plus, Pauline devait envoyer chez moi, de très bon matin, pour savoir l'heure à laquelle je partirais et la faire savoir à ces dames. Cette idée parut tellement plaire que je fis mine d'en témoigner une vive satisfaction ; mais au fond j'étais trop pénétré de tristesse pour avoir le courage de faire des adieux; et lorsque le domestique de Mme Ricciulli survint, on mettait les chevaux de poste à ma voiture.

J'étais arrivé, le 14 avril, à Foggia, fatigué de la route que j'avais faite partie à cheval, partie à pied, ma voiture s'étant brisée en sortant d'Ariano; j'avais compté coucher à Foggia ; mais le général Olivier en était parti la veille, et, comme je l'ai dit, je rencontrai l'aide de camp Duveyrier, qui m'apprit que Schérer venait d'être battu devant Vérone et qui me communiqua l'ordre de

Page 1