‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 218 sur 259 · VIS-A-VIS DES NOUVEAUX CHEFS · texte numérisé non relu

VIS-A-VIS DES NOUVEAUX CHEFS

rappel immédiat qu'il portait. J'organisai le mouvement rétrograde; on sait que, le 26, nous étions rentrés à Naples.

Au plaisir de revoir Pauline se mêlait la tristesse qui m'était imposée par les circonstances, le regret d'avoir perdu les chefs que i 'estimais, d'en avoir d'autres que je ne sentais pas à la hauteur de la position difficile et qui ne m'inspiraient que le sentiment de leur faiblesse. Quoique le général Macdonald et le général Olivier s'appliquassent à me bien traiter, je ne pouvais retrouver sous leur commandement l'élan, le dévouement qui me semblaient si naturels en moi lorsque j exécutais les ordres de Championnet ou de Duhesme. J'avais alors un tel enthousiasme que toutes les mesures ordonnées, jusqu'aux moindres détails de service, me semblaient être de mon intérêt propre ; or, sous mes nouveaux chefs, cet enthousiasme avait fait place à une sorte de dégoût et de découragement qui me laissaient étranger aux hommes comme aux choses; il fallut que je fusse soutenu par le patriotisme, si commun aux officiers français, pour que je fusse ressaisi d'ardeur belliqueuse à Isola , et pour que je ne Visse pas une justice du ciel dans les événements qui vengèrent les héros sacrifiés en punissant leurs successeurs.

Le 28, je me rendis à Maddaloni pour placer, dans le camp, les corps de la division ; sur ces entrefaites le général Olivier apprit la révolte d'Avellino, dont j'ai parlé ; il résolut, ainsi que je l'ai dit, la plus vaine des expéditions. Je dus en conséquence expédier les ordres relatifs à la marche des troupes, et, le 30, je partis pour rendre compte du tout au général Macdonald.

C'était le moment où les membres du gouvernement provisoire de la ville de Naples, alarmés de toutes les menaces surgissant contre les patriotes, avaient représenté au général Macdonald que, pour leur conserver

une chance de salut dans le cas où l'armée s'éloignerait de la capitale, il semblait indispensable de recourir au miracle de saint Janvier, et ils avaient sollicité du général en chef la faveur qu'il voulût bien y assister. Une pareille mesure pouvait peut-être retarder des événements fâcheux; le général Macdonald, frappé de son opportunité, s'était hâté de répondre qu'il approuvait la cérémonie et qu'il y assisterait.

Habituellement ce miracle, une des armes les plus puissantes et les plus terribles que le fanatisme ait jamais pu mettre au service de la politique, ce mirade ne se faisait qu'une fois par an, au jour de la fête de saint Janvier et dans l'église de ce nom; mais, aux moments de crise ou de danger public, on le faisait faire dans la cathédrale. Ces sortes de consultations solennelles avaient une importance exceptionnelle; le miracle se faisant vite, le peuple enchanté en concluait que le saint était favorable; il en déduisait mille prospérités; le mirade tardant, cette lenteur devenait, en général, un motif de doutes et de craintes; mais lorsque le mirade ne se faisait pas, le peuple ne doutait plus de la colère du saint et se croyait à la veille de désastres tels que la peste, la famine, les tremblements de terre, on bien il se figurait que Téglise renfermait des gens qni déplaisaient au saint. Avant la Révolution française, il s'en prenait en pareil cas à des hérétiques. Anglais ou autres: depuis la Révolution, on avait signalé à sa rage les Français et les patriotes.

Ainsi, provoquer ce mirade et y assister, c'était se traduire à un tribunal inexorable, dont les sanguinaires arrêts s'étaient parfbis exécutés de la manière la plus barbare. En cas d une mauvaise alerte, il était pmdent de pn^ndre des garanties, et trois colonnes, composées chacune d une demi-brigade, d'un escadron de cavale-

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