MIRACLE DE SAINT JANVIER
rie et de deux pièces d'artillerie légère, avaient été dirigées sur Naples. Ce mouvement avait pour but d'obser* ver et de contenir Naples pendant ce jour, qui, sans être celui de la fête de saint Janvier, était cependant un des trois jours consacrés à la cérémonie de son miracle.
J'eus ma part dans ces dispositions. En l'absence du général Olivier, j'avais reçu les ordres directement, et, le 2 mai au soir, j'organisai le mouvement des corps de la division qui devaient occuper le faubourg de Capoue et le pont de la Madeleine; le 3 au matin, au moment où j'allais faire partir les ordonnances qui portaient mes rapports au général Macdonald, le comte Scheel me fut annoncé : « M. et Mme Ricciulli m'envoient en ambas« sade près de vous, me dit-il aussitôt. Imaginez que le gouvernement leur a fait reprendre leurs passeports. Vous allez abandonner le pays, cela me paraît trop certain; les horreurs vont y recommencer; le baron, qui veut sauver sa femme et son enfant, a résolu de vous suivre avec toute sa famille et de partir sans passeport plutôt que de rester à Naples; mais ce parti pourrait lui coûter sa fortune; dans cette extrémité, M. et Mme Ricciulli n'espèrent plus qu'en vous. »
Je fis atteler ma voiture et me rendis chez le commissaire du Directoire Abrial, chargé, on le sait, de donner une constitution et des lois à cette République d'un jour; il me reçut à merveille, mais m'assura ne pouvoir m'aider en rien pour l'obtention des passeports. De chez lui je fus chez le général en chef qui, de son côté, arrivait de Caserta pour assister au miracle; il était dans le jardin de la maison qu'il habitait à Naples et de ^. fort bonne humeur. Je me promenai avec lui, et lorsqu'un témoin inutile l'eut quitté : c Mon général, lui dis-je, j'ai une grâce à vous demander. — Mon cher, me répondit-il, tout ce qui sera possible. > Alors je présen-
506 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RARON THIÉRAULT.
tai ma requête en faisant valoir les témoignages de sympathie que d'autres Français et moi nous avions reçus de M. Ricciulli; ce que sa conduite vis-à-vis de nous commençait à avoir de menaçant pour lui, mon vif désir de lui être utile et toutes les considérations que purent me fournir son caractère, sa position, les affaires de famille qui rappelaient à Milan, patrie de sa femme, son désespoir depuis que le gouvernement lui avait fait reprendre son passeport : < Ce que vous me demandez est bien difQcile, me répondit le général Macdonald; j'ai été obligé de revenir trois fois à la charge pour obtenir une seule exception en faveur de la princesse Belmonte; mais suivez-moi à l'église où je vais me rendre, venez dîner ensuite avec moi au gouvernement, placez-vous à la gauche du Président, à la droite duquel je serai, faites-lui votre demande en sortant de table, et je vous appuierai. » Sur ces mots, je quittai le général en chef, qui, comprenant de quelle importance était la démarche politique à laquelle il se soumettait, avait recommandé de se rendre à l'église dans la plus grande tenue, et je me hâtai de rentrer chez moi pour y faire ma toilette. Cependant la nouvelle que le gouvernement parthénopéen allait s'en remettre au jugement de saint Janvier avait mis la populace en émoi ; mais lorsqu'on sut que le général en chef assisterait au miracle, l'étonnement redoubla. Aussi serait-il impossible de donner une idée de Taffluence de monde qui encombrait, et les rues adjacentes, et la place et l'intérieur de la cathédrale, au moment où processionnellement on y apporta l'espèce de reliquaire contenant le prétendu sang de saint Janvier; ce fut donc avec peine que le général Macdonald, suivi d'une vingtaine de Français, au nombre desquels je me trouvais (1), arriva à cette église; il eut plus de
(1) Ces Français étaient: trois aides de camp du général en chef,