MIRACLE DE SAINT JANVIER
peine encore pour entrer et pour parvenir jusqu'au mattre autel. Les bancs d'œuvre, la chaire, Torgue et les confessionnaux, ainsi que les bénitiers, étaient couverts de inonde; des hommes avaient môme trouvé moyen de s'attacher aux colonnes, le long des murailles; autour des piliers ils formaient de véritables étages; enfin la moitié des assistants semblait porter l'autre.
Quoique l'on fût prévenu de son arrivée, l'apparition du général en chef au milieu de cette effroyable cohue fit une grande impression; mais cette impression devint plus forte encore, lorsque l'on vit qu'il n'avait aucune escorte, qu'il ne pouvait être défendu par aucune troupe; enfin elle n'eut plus de bornes, lorsqu'il ût enlever une balustrade qui avait été placée pour séparer les assistants français de la foule, et lorsqu'il fit annoncer qu'il en usait ainsi afin que. le peuple pût mieux voir le miracle; résolution plus que hardie au premier aspect, mais au fond indifférente, attendu que, le miracle ne se faisant pas, il n'y avait pas de barrières qui pussent nous sauver.
M. le maréchal Macdonald vient de me dire (18 juillet 4832) qu'il avait fait placer deux compagnies de grenadiers dans l'église, et que le commandant de ces compagnies, ne le perdant pas des yeux, était prêt au premier signal. Je n'entends certes pas révoquer en doute ce fait, mais je déclare que ni mon adjoint Dath, ni moi, ni tant d'autres personnes, avec qui, et ce jour môme et après, je parlai de cette cérémonie, ne les avons ni vus ni soupçonnés, ce qu'à la rigueur la foule immense qui
le général Ëblé et ses aides de camp, les adjudants généraux Léopold Berthier, Pamphile Lacroix, je crois, et moi ; trois on quatre officiers d*état-major; les commissaires civils, quelques personnes de leur suite et un M. Pouques
remplissait l'église, et le brouhaha qui y régnait, peuvent rendre concevable. Toutefois il me semble assez extraordinaire que nous n'eussions pas même aperçu les armes. Au reste, qu'eussent signifié ces deux compagnies si une explosion avait eu lieu; qu'eussent même signifié des régiments entiers, pour garder l'extérieur contre une population semblable, encombrant des rues tortueuses, au milieu desquelles de plus grandes forces eussent été à discrétion ? La pression seule eût suffi pour nous étouffer tous. Enfin il n'y avait pas trois pieds du général en chef à la foule, et, en admettant la présence des deux compagnies, il devait y avoir au moins trente ou quarante pieds entre le général et ces compagnies qui n'auraient pu ni agir ni marcher. Ce ne pou« vait donc être que des victimes de plus et des armes livrées au peuple. L'armée était à Maddaloni, c'est-à-dire à huit lieues ; de simples détachements étaient rapprochés de cette ville; mais les ordres qu'ils avaient reçus et que j'avais été chargé de donner à ceux qui occupaient le faubourg de Capoue et le pont de la Madeleine, ne portaient autre chose que de s'établir sur ces points. Ces faits et la circonstance que je n'ai vu un soldat ni dans l'église, ni dans les rues, et que je n'en avais jamais ouF parler, sont tout ce que je sais à cet égard et me déterminent à laisser ce morceau tel que je l'ai écrit il y a trente-trois ans (1).
(1) Dans ses Souvenirs, le maréchal Macdonald rappelle l'incideat du miracle par ces quelques phrases très brèves : « Je fis faire eu notre faveur le miracle de saint Janvier auquel j'assistai; j'en donnerai une autre fois la description, ne pensant point qu'aucune personne ait été à portée de l'observer comme moi et le commissaire Âbrial. J'avais bien pris mes mesures, à cause de l'immense aûlucnce» pour que la tranquillité ne fût pas troublée. Le camp de Caserte fut mis en mouvement, entoura Naplcs pendant la cérémonie, et les troupes ne revinrent que le soir. » (Éd.)