‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 227 sur 259 · LA MARCHE DES ÉQUIPAGES · texte numérisé non relu

LA MARCHE DES ÉQUIPAGES

valle entre elle et la première. Au reste, à l'exception de trois marches que des pluies continuelles et le manque de vivres rendirent cruelles, le mouvement de cette seconde division n'offrit rien à consigner. Quant i la première, elle était destinée, par suite de l'imprévoyance du général en chef, à semer encore, sur un trajet de douze à quinze lieues, bon nombre de cadavres* Quant à moi, dès que j'avais vu lès troupes placées dans leur ordre de bataille et mises en mouvement, j'avais pris les devants, et trois quarts d'heure avant elles j'étais à Capoue. Six heures n'étaient pas sonnées lorsqu'enfin j'arrivai à la maison où Pauline devait m'attendre. D'après tout ce que j'avais fait pour assurer son départ, le désir qu'elle avait de faire ce voyage et les appréhensions qui le rendaient si nécessaire à son mari, je devais être certain qu'aucun d'eux n'en aurait manqué l'occasion; mais je ne fus absolument tranquille qu'à la vue de sa voiture, de celle du comte Scheel et de l'escorte. Introduit par Dath chez Mme Ricciulli : € Je croyais vous éveiller, lui dis-je, et je vous trouve habillée. — Arrivée •, reprit-elle. En eiïct, elle avait coMché à Giugliano, avait fait deux lieues et était à Capoue depuis une demi-heure. Après l'avoir complimentée sur sa diligence et son exactitude, je courus faire mon rapport au général Olivier, je reçus ses ordres et j'allai au-devant de la division à laquelle je fis traverser Capoue; puis, à sa suite, je formai la colonne des équipages; les voitures de Mme Ricciulli et de Scheel firent partie des miens et marchèrent entre ma voiture et mon fourgon. Dath resta auprès de Mme Ricciulli et de Scheel; quant à moi, je pris les devants avec les adjudants-majors. J'assignai à chaque corps le terrain sur lequel il devait bivouaquer et j'établis à Teano même le quartier général.

Pour la première fois j'aurais voulu un palais, une table bien servie, et je n'eus qu'une assez triste maison et un médiocre dîner ; mais Teano offre si peu de ressources, il était si encombré, qu'être abrités, couchés et nourris, de quelque manière que ce fût, était beaucoup. Du reste, Pauline, absolument supérieure aux privations quelle devait partager, en badina avec autant de gaieté que d'esprit et de grâces. Le comte Scheel avait dans sa voiture plusieurs nécessaires de campagne dont Tun contenait un déjeuner complet; il avait, outre cela, quelques provisions, telles que de Texcellent tbé. Il nous en offrit et nous en primes autant par goût que pour occuper des moments que de tristes réflexions sur le sort des amis que nous laissions à Naples eussent trop douloureusement remplis. Pauline et Thérèse, sa fille, prirent la chambre qui m'avait été destinée. Ma nuit se passa à expédier les ordres pour le mouvement du lendemain et à mettre au courant le travail du bureau.

Le 9, à quatre heures du matin, nous quittâmes Teano. pour nous rendre à Torre. Torre, situé à Touesl de la route, perché au haut d*un coteau fort escarpé, est un village hideux: il ne s'y trouve qu'une seule masure réputée habitable. C'est là que Tétât-major de la division fut logé, tandis que le bivouac des troupes fut établi dans une prairie qui sépare la montagne de la route. Si à Teano j'avais été embarrassé de loger Pauline d'une manière un peu convenable, qu'on juge de ce que je souffris à Torre, où je n'avais pas même une chaumière à lui offrir et où le peu de vivres qu'on avait pu ramasser avait été réservé au général Olivier. Pour comble de malheur, le temps s'était couvert, et une pluie abondante tombait depuis une demi -heure, lorsque mon secrétaire Le Roy vint me prévenir que les voitures étaient arrivées à distance du village sur la route.

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