BONNE COMPAGNIE ET MAUVAIS GITES
veloppai botté et ganté dans une couverture qui recelait une telle quantité de puces que, ayant eu le malheur d*ôler mon col et de desserrer mes reins, je fus dévoré. Enfin, à quatre heures du matin, nous redescendions la montagne pour regagner la route. Je donnais le bras à Pauline : c Vous avez donc passé une nuit bien mauvaise ? • me dit-elle, en me regardant avec intérêt. Pour réponse, je lui montrai mes poignets, où les morsures avaient tracé deux bracelets écarlates; et je me hâtai d'ajouter c Croyez bien, Pauline, que je souffre cent fois plus de la manière dont vous voyagez que de ce qui concerne ma personne. — Et que peut-on faire de plus que ce que vous faites? Oui, ajouta-t-elle vivement, vous vous occupez trop de moi et pas assez de votre santé. Qui vous empêche, au lieu d'être toujours à cheval, de monter dans votre voiture? Pour aujourd'hui, promettez-moi. — Mon devoir et les obligations du service m'en empêchent. — Alors vous allez faire encore la route à cheval? — Il le faut, i Elle me fixa, et ce fut avec un mouvement de tendresse exquise qu'elle me serra la main en montant dans sa voiture. Presque aussitôt j'avais repris mon cheval et gagné au galop la tête de la colonne.
Je marchais avec l'avant-garde de chasseurs et, tout entier à mes rêveries, je gardais un profond silence. Vers dix heures du matin, le temps était lourd d'orage. Accablé de fatigue, je m'assoupis à cheval et ne sortis de ce demi-sommeil qu'au bruit d'un coup de canon qui partit de San Germano. Au moment où la tête de la colonne déboucha dans la plaine qui précède cette petite ville, le coup de canon fut bientôt suivi de quelques autres qui faisaient voler la terre autour de nous et nous tuèrent un homme. De suite je fis prévenir le général Olivier et je pris les devants avec mes ordonnances pour reconnaître
le terrain; puis les généraux Olivier et Watrin me rejoignirent au grand galop, suivis par une pièce et un obusier d'artillerie légère, qui, mis en batterie- à quart de portée, répondirent vivement au feu de la ville ; au troisième obus, un magasin à fourrages était en feu. Avec nos seules ordonnances à cheval, nous étions arrivés derrière une église qui touche à la ville; là quelques chasseurs, ayant mis pied à terre, ripostèrent à coups de carabine à une fusillade assez nourrie ; mais la fusillade ne tarda pas à diminuer, et nous vîmes aussitôt un grand nombre d'hommes fuyant vers la montagne à laquelle San Germano est appuyé. Nous jugeâmes, dès lors, qu'il était inutile d'attendre l'infanterie et, chargeant, les généraux Watrin, Olivier et moi avec nos officiers et nos escortes, nous pénétrâmes dans la ville en sautant par-dessus les abatis, les fossés et tous les obstacles qui embarrassaient l'entrée; les canons des insurgés furent pris; tout ce qui se trouva dans les rues fut sabré.
A peine entré dans la ville, je dépêchai le maréchal des logis du 19* de chasseurs commandant mon escorte, pour donner de mes nouvelles à Pauline; à peine étaitil parti que mon secrétaire Le Roy, envoyé par elle, arrivait. L'infanterie nous ayant rejoints au pas de charge ou de course, le pillage commença; mon premier soin fut de Tarrèter, et, l'ordre un peu rétabli parmi les troupes, le calme revenu dans la ville, l'artillerie qui précédait les équipages ayant défilé pour prendre au delà de San Germano la position qui lui avait été assignée, j'allai au devant de Pauline qui me tendit la main et je la guidai jusqu'au couvent de San Germano, où j'étais logé et dans lequel j'avais un appartement convenable, quoique tout rétat-major de la division y fût également placé. Je dus lutter pour lui faire accepter, pour Thérèse et pour elle, la chambre et le lit qui m'étaient réservés. £n même