‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 25 sur 259 · MODERNES COCLÈS. GO · texte numérisé non relu

MODERNES COCLÈS. GO

Vune desquelles était écrit : Piccoli, et sur l'autre : Reîosco : « A coup sûr, me dit-il, ce sont là les noms des meilleurs vins du pays; ainsi nous allons commencer la i^connaissance dont je suis chargé par celle des vins. > £t ce fut en buvant une bouteille de chacun de ces vins que nous discutâmes le plan de cette reconnaissance. Le pUisir de me trouver avec lui me décida à accompagner ^ Salle; nous n'eûmes pas la chance de rejoindre l'eniiemi; mais une autre reconnaissance qu'il fit me rappelle un de ces faits de bravoure et de folie qu'il multipliait, sans s*inquiéter si ces faits étaient remarqués; seule la mention que j'en fais peut les aider à se sauver deroubli.

Le 28, La Salle avait reçu l'ordre de partir le lendemain avant le jour, avec vingt-cinq dragons, afin de se rendre au bosco del Mantello et de se porter de là à Ospedaletto. Sa mission terminée au bosco del Mantello, il s'était rendu à Ospedaletto, où la fatigue de ses chevaux le décida à s'arrêter pour les faire reposer et manger, et pour faire rafraîchir ses hommes. Il avait, en conséquence, placé une vedette à la tête du village, et, restant à cheval avec un brigadier, il avait fait mettre pied à terre à l'officier commandant sous ses ordres, ainsi qu*à tout le détachement, et les avait chargés de réunir au plus vite les vivres et les fourrages. Ses hommes s'étaient donc dispersés, lorsque la vedette se laissa surprendre, puis enlever, et La Salle se trouva brusquement assailli par tout un peloton de hussards autrichiens. Heureusement le brigadier, resté à cheval avec lui, était, ainsi que La Salle, un homme extraordinaire sous les rapports de la vaillance, de la présence d'esprit, de l'agilité, de la force, et ces deux Codés, ne prenant conseil que de leur audace, résolurent de faire, à eux seuls, tête à tout le peloton. Une charrette dételée se trouvait en avant

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d*eux et contribuait à rétréeîr encore la me déjà pen large; ils s'étaient précipités vers cette charrette au moment où le premier des hussards autrichiens la dépassait, et, tandis que La Salle abattait le hussard, le brigadier abattait le cheval. Deux hussards qui parurent ensuite furent abattus de même, et lorsque le gros du peloton arriva, hommes et chevaux tués en tas formaient un obstacle qui servit aux deux braves pour prolonger leur résistance. L'ofBcier eut ainsi le temps de revenir et de seconder de son mieux ces deux terribles combattants; quelques dragons suivirent; dès lors la défense fut certaine; mais à peine La Salle se vit-il appuyé par huit ou neuf hommes qu'il se précipita au milieu de ses agresseurs, et, son exemple ayant au dernier point électrisé ses dragons, il tua ou fit prisonniers la presque totalité de ces hussards, non sans rentrer en possession de sa vedette.

Les jours suivants furent occupés à des mouvements qui avaient pour but d'appuyer la gauche de la division AugereaUy commandée par le général Guieu, et qui, d'après les ordres du général Masséna(i), rejetait au delà de la Piave les corps autrichiens se trouvant encore sur r -• la rive droite de cette rivière. Pour juger d'après lui- '* même comment cette opération s'exécutait, le général Masséna était parti de Bassano avec ses troupes, et, tandis qu'il envoyait le général Ménard et Tadjudant général Kellermann soutenir son mouvement par des reconnaissances, tandis que, d'autre part, pour éviter que l'ennemi ne réunît toutes ses forces contre le général Guieu , deux fortes reconnaissances avaient été confiées, l'une au général Rampon sur Pederobba, l'autre

(1) Le général Augereau était alors A Paris, où il avait été chargé de porter les drapeaux pris à Rivoli, à la Favorite, & Saint-Georgss et à MantoQo

RECORNAISSAMCES. 11

in général Hotte sur Feltre, le général Maaséna se rendit à Selra, et, eh«nin faisant, son avant • garde arait chassé de Vimadelle trente et quelques hussards autri* chiens. Prêt à entrer à Selra, le général Masséna désira taToir si les hussards chassés de Vimadelle avaient repassé la Piare et s'il n'y avait pas d'autres détachements ennemis sur la rive droite. Il m'ordonna de prendre le demi -escadron de dragons qui lui restait, c'est-à-dire trente-quatre hommes, et de remonter la rivière jusqu'à Santa Mama, afin de communiquer en même temps avec l'adjudant général Kellermann, dont la reconnaissance avait porté sur ce point.

J'arrivais presque à Santa Mama et j'allais descendre un tertre hoisé qui dominait le pays, lorsque j'aperçus, à un quart de lieue au delà de la Piave qui coulait à mes pieds, le feu de quelques coups de carrabine. Je m'arrêtai : € Ce sont de nos dragons ! > s'écria un des hommes de mon détachement connu pour avoir une vue excellente. Ma lunette confirma ce fait; mais aussitôt des sabres brillèrent, et ces dragons furent chargés par des hussards beaucoup plus nombreux qu'eux. En un instant je fus en bas du tertre, et, suivi de mes hommes, je me jetai dans la Piave, qui par bonheur se trouvait gnéable sur ce point. Parvenu sur la rive gauche, je reformai mon peloton sans m'arrèter, et, au grand trot, je continuai à me porter en avant. A cinq cents pas de la rive, je trouvai l'adjudant général Kellermann seul et qui, monté sur un cheval dont il n'était pas le maître, n'avait pas osé en venir aux mains avec l'ennemi; mais il me dit que ce fou de La Salle, pour répéter son expression, s'était laissé emporter par sa tète et se trouvait compromis d'une manière diabolique. On conçoit si je pris le galop, et bientôt je distinguai La Salle qui, coupé par ces Autrichiens et sans cesse attaqué

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par eux, se défendait avec la plus vive énergie; toutefois sans secours il aurait fini par succomber, lorsqu'à notre approche la scène changea. Les Autrichiens disparurent, et, ainsi dégagé, La Salle eut la facilité de reformer son peloton. Dans cette situation, je pouvais sans doute aller jusqu'à lui, réunir mon peloton au sien et, quoiqu'il eût quelques-uns de ses hommes hors de service, charger avec lui les hussards dont nous aurions eu bon compte; mais nous étions au delà de la Piave, nous y étions sans ordres ou plutôt contre les ordres; nous y étions au milieu des troupes autrichiennes; nous ne savions pas ce que nous avions sur nos flancs ou même en arrière de nous, et nous ignorions également où nous aurait conduits une charge dont nous n'avions rien à espérer. En conséquence, arrivé à deux cents pas de lui, je m'arrêtai; il exécuta un demi-tour et partit au trot pour venir se placer à deux cents pas en arrière de moi; mais au moment oii il allait me dépasser, et comme je m'avançais vers lui, il se jeta sur moi et m'embrassa en criant : i Amitié éternelle », serment auquel la mort nous a trouvés fidèles. Il est inutile de dire que nous revînmes aussitôt jusqu'à la Piave et que nous la retraversàmes. C'était temps, car, indépendamment des soixante-quinze hussards qui nous suivaient à distance, cent cinquante autres, arrivant par notre gauche et longeant la rivière, étaient prêts à nous couper la retraite. Ils parurent même vouloir passer la rivière à leur tour; mais le feu de mousqueterie de nos dragons les décida à se retirer. Ainsi se termina cette échaufîourée qui coûta à La Salle deux hommes, deux chevaux et plusieurs blessés. Lui-même y reçut deux coups de sabre, l'un sur sa pelisse, Tautre sur le haut de son gant à la Crispin, tandis que son cheval reçut un coup de sabre sur le nez et une balle à la croupe, ce qui lui fit donner le

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