EN PASSANT PAR ROME
chez un peintre nommé Remondini, pour qu'il fît une copie un peu plus petite; il trouva le portrait mal dessiné, mal peint, voulut peindre d'après nature et fit, à tous égards, beaucoup plus mal que son confrère de Naples.'
Je comptais sur un séjour de la division; mais, vers le soir, le général Olivier reçut l'ordre de continuer dès le lendemain son mouvement sur Florence, de réduire les équipages autant que possible et de ne conserver notamment aucune voiture. Cet ordre fut un coup de foudre; il impliquait en effet la nécessité de me séparer de Pauline avant qu'elle fût hors de danger. Le prétexte donné était qu'on s'attendait à trouver l'ennemi avant Florence; mais la vérité, c'est que le Directoire avait expédié au général Macdonald l'ordre de faire cesser, disait-il, le scandale d'une armée tratnant à sa suite toute une troupe de femmes. Le général Macdonald se contenta de supprimer les calèches des dames accompagnant les officiers; quant aux soldats, il pensa que la continuité des marches et surtout la première bataille disperseraient, plus facilement et plus sûrement que les ordres, leurs compagnes. Scrupuleux d'obéissance, je m'étais décidé de suite à marcher sans voiture malgré le besoin que j'en avais; Pauline, comme moi, essayait de se résigner; mais, en ce qui concernait Uicciulli, deux sentiments difficiles à concilier l'agitaient terriblement. Il tremblait à la pensée de continuer son voyage sans escorte, de voir exposées aux hasards de la route les valeurs qu'il emportait avec lui; d'autre part, il éprouvait une satisfaction d'amour-propre à ne plus voir un tiers voyager avec sa femme, et j'aurai achevé de le peindre, quand j'aurai dit que, de ces deux sentiments, le premier primait le second.
C'est ainsi qu'il s'était montré intraitable et bizarre lorsque j'avais commencé à faire ma cour à sa femme,
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et si cûlin quand il avait désiré partir avec moi de Napies, si souple dans les journées de San Germano, dlsola et du couvent, enfin si soucieux quand à Rome je lui dis qu'il ne pourrait pas continuer à me suivre. Cependant, comme je désirais, non pas à cause de lui, mais de Pauline, qu'il me trouvât encore à Florence, où la division devait séjourner quelques jours, je lui laissai les lettres les plus pressantes pour toutes les personnes qui pourraient lui fournir des escortes, mon cocher et mes deux chevaux de voiture gris pommelés, queue et crinière noires, non seulement pour qu'il pût les ajouter à son attelage, mais encore pour que sa voiture pût au besoin passer pour être la mienne.
Le 17, à la pointe du jour, j*étais à la place du Peuple, occupé à mettre chacun des corps de la division en marche. Les dernières troupes sorties de Rome, j'allai rendre compte au général Olivier que les troupes étaient parties ayant reçu leurs vivres jusqu'à Viterbo et leurs ordres de mouvement jusqu'à Sienne, et lui dire que, de ma personne, je ne pourrais quitter Rome que le lendemain dans la soirée. De chez lui je revins chez moi, d'où je fis partir mes équipages sous la garde de mon escorte, dont les six hommes les mieux montés restèrent avec moi. Je donnai ma troisième séance au peintre, puis nous allâmes avec Pauline, son mari, sa lille, Dath etScheel visiter le Vatican.
Le i8, au matin, après ma dernière séance chez Remondini et pendant que Dath courait pour me trouver une voiture, dans laquelle je pusse partir à la chute du jour, je fus avec Pauline, son mari et Thérèse rejoindre quelques Napolitains à la villa Borghese. La matinée était superbe, et ces lieux enchanteurs, que je connaissais, me causaient une émotion toute nouvelle tandis que je les revoyais avec Pauline. En sortant de la villa, je menai