‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 242 sur 259 · VISITE A L'ATELIER DE CANOVA · texte numérisé non relu

VISITE A L'ATELIER DE CANOVA

Pauline visiter l'atelier de Canova. Au nombre des statues qui dans cet atelier excitèrent le plus vivement notre extase, se trouva le groupe de lAmour et de Psyché! Que la Psyché est belle, et qu'avec plus de hardiesse TAmour eût été complètement éloquent! Nous nous désolâmes avec la Madeleine pénitente. Quel abattement, dans son attitude; que ses larmes sont touchantes, et quel remords est peint dans Texpression de sa physionomie! Hébé, dont la robe voltige au gré d'Éole, avec une légèreté que le marbre n'eut jamais auparavant, reçut de même nos hommages... Enfin nous admirâmes la force surnaturelle d'Hercule prêt à lancer Lichas. M'abandonnant à mon enthousiasme, je Texprimai avec une chaleur à laquelle Canova fut assez sensible pour nous faire, une seconde fois, parcourir son atelier et pour nous donner sur chacun de ses ouvrages des explications aussi flatteuses par leur motif qu'intéressantes par leurs détails. Une chose me surprit dans toutes ces statues, c'était la différence de la teinte du marbre qui, dans le même bloc, distinguait la chair et les vêtements. Je pensai que cette différence provenait de la manière de piquer le marbre ou de le polir ; mais Canova me dit qu'il avait découvert une espèce de cire dont il faisait enduire toutes les parties représentant les chairs, et que ce procédé avait non seulement l'avantage de leur donner un velouté nouveau pour le marbre, mais encore de contribuer à préserver ces parties des elTels de l'air.

De retour à notre logement, Dath m'apprit que, malgré toutes ses recherches, il n'avait pu se procurer une voiture, le passage de l'armée ayant fait mettre en réquisition tous les chevaux de location existant à Rome, mais qu'on lui en avait promis une pour le lendemain matin de bonne heure : c Que je vous plains! me dit gaiement

Pauline, encore une soirée que vous êtes condamné à passer avec moi. — Hélas f lui répondis-je, si le devoir ne contrariait tous les vœux de mon cœur, quel bonheur serait comparable au mien? Mais, vous le savez, l'honneur exige. •— Mon ami, reprit-elle, je ne me félicite du retard que votre départ éprouve, que parce qu'il est Involontaire. » Dans l'après-dfner, Remondini m'apporta mon portrait et deux petites cornalines antiques» trouvées à Baja par un de nos guides pendant ma course et que je lui avais achetées. Remondini s'était chargé de les faire monter. Sur la plus grande était gravé un centaure; sur la plus petite, un chien; la première était montée en bague, la seconde en épingle; en faveur de l'emblème, Pauline choisit l'épingle, qu'elle voulut bien accepter avec mon portrait.

Cette soirée fut la dernière que nous passâmes ensemble à Rome, dans cette ville où l'amour et la gloire ont joué de si grands rôles et où l'illusion qui les déifie est toujours si complète. Le lendemain matin, Dath courut encore, je courus moi-môme, point de voiture ; enfin Pauline me força à prendre la sienne ainsi que ses chevaux jusqu'à ce que j'eusse trouvé des chevaux de poste. Et, vers deux heures, dans une douleur difficile à peindre, je m'échappai au moment où, de la part des premières dames de Rome, on sollicitait vainement Pauline de venir à un bal qui avait lieu le soir.

A la première poste, nous ne trouvâmes pas plus de chevaux qu'à Rome; malgré cela, je renvoyai la voiture de Pauline, ne voulant pas l'exposer la nuit dans une route que nos traînards rendaient fort peu sûre; je fis aVec Dath la seconde poste à pied, et pour la troisième nous fûmes réduits â prendre chacun un des chevaux de nos ordonnances. Il était dix heures du soir quand nous arrivâmes je ne sais plus où. D'après mes ordres.

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