‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 243 sur 259 · LES ÉTAPES DE LA DIVISION · texte numérisé non relu

LES ÉTAPES DE LA DIVISION

nous devions trouver cinq ordonnances et deux de nos chevaux de selle. Il était minuit que nous les cherchions encore; enfin, convaincus qu'ils n'y étaient pas, nous nous jetâmes sur de la paille, où Dath donna au sommeil et moi à mes regrets le temps indispensable pour faire manger et reposer les chevaux de mes chasseurs. Avant cinq heures du matin, nous nous remîmes en route, et vers midi nous entrâmes à Viterbo, chacun de nous ayant fait le tiers du chemin à pied.

Le général Cambray commandait dans cette place; j'eus recours à son autorité pour avoir une voiture. Cet homme, que la Vendée avait galonné et qui était vraiment digne des temps de son élévation, se rappela que, à la fin de 1793, j'avais reçu des lettres de service pour être employé sous ses ordres en qualité d'adjoint à l'état-major, ce dont le ciel m'avait heureusement préservé; il me répondit que j'aurais une voiture, mais à condition que je dînerais avec lui, seule bonne manière, disait-il, de faire connaissance. L'invitation ne pouvait être refusée ; nous fîmes honneur au dîner sans avoir eu l'air de remarquer le mauvais ton et le désordre de ce bizarre quartier général. Ayant ainsi satisfait à la condition, vers cinq heures du soir, Dath et moi, nous montâmes dans une espèce de sédiole à deux places, et vers onze heures nous arrivâmes à Bolsena, où je trouvai mes chevaux et mes équipages, où se trouvait également la division et d'où nous partîmes avec elle le lendemain, 21 mai, à quatre heures du matin, pour Acquapendente. Le 22, la division se porta à Radicofani, le 23 à Buopconvento, et le 24 à Sienne, ville célèbre par la pureté de son langage et la beauté de ses femmes ; la municipalité nous donna un grand bal, auquel on conçoit que je ne me rendis pas. Le 25, j'établis la division à Barberino et, sans l'attendre, je me rendis à Florence,

S5â MEMOIRES DD GÉXÉBIL BlBOSf THIÉBACLT.

OÙ elle arriva le 26 et d*où elle partit le 27 pour Pistoja.

A Florence, je ne trouvai pas Pauline au rendez-vous. Le soir de mon arrivée, les détails relatifs aux besoins de la division absorbèrent tous mes moments, puis j'écrivis à Pauline et j'éprouvais une telle agitation que je passai la nuit sans dormir. Tant de maux soufferts, tant de fatigues endurées avaient embrasé mon sang. Un grand mal de poitrine s'était joint à la fièvre, augmentant mon malaise. J'attribuai cette disposition à l'excès de la fatigue, et je crus qu' un bain chaud suffirait pour me calmer et me reposer. Devant aller coucher à Pistoja, j'ordonnai sitôt le jour de préparer mon bain, et. dès qu'on me l'annonça, je me jetai dedans. Il était glacé; j'aurais dû sans doute en sortir immédiatement; Fespoir d'en retirer quelque rafraîchissement me fit hésiter : j'y restai peu cependant, mais j'en sortis transi, la poitrine resserrée, et respirant à peine; je jugeai alors qu'un exercice violent suffirait pour rétablir la circulation, et je me rendis à Pistoja au grand trot; mais ce remède n'avant fait qu'ajouter Tinflammalion au refroidissement, je fus en arrivant forcé de me coucher.

La fatalité voulut que le pharmacien de la division. Chauffard, eût à me f^ ire un rapport et vînt me voir peu après mon arrivée: me trouvant au lit. il voulut me soigner. Aussi mauvais médecin que boa farceur, il décida que ce que j'éprouvais ne résultait que dun grand échauffemvnt. me mit au petit lait et à je ne sais quelles potions. Le lendemain, je ne pouvais plus ni parler, ni respirer: on me conseilla de consulter le chirurgienmajor du 30* de lî^ne. nommé Papilion : à peine m'eutil entendu et examiné qu'il me saigna et fit jeter par la fenêtre tous les remédies de Chauffard. Le sage traitement du chirurgien Papillon avait arrêté les progrès du mal : je n'en restai fvis moins pendant plusieurs jours

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