II
niers, s'empara des magasins, des voitures réunies pour transporter les approvisionnements, puis du fort où il trouva trois pièces montées, vingt-cinq affûts et des munitions. Le soir, la division prit position à Gemona.
Nous y étions à peine arrivés, que le général Masséna ordonna qu'un ofGcier d'état-major escorté par trois dragons fût renvoyé à Belluno pour savoir s'il ne se faisait pas dans ces parages, sur nos derrières, quelques rassemblements de troupes ennemies. D'après l'ordre du service, c'était à un nommé Roubaud de marcher. On lui remit les ordres, mais il déclara que l'on avait sans doute le droit de le faire battre, mais non de le faire assassiner sans chance de salut et sans avantage; que la mission était inutile, attendu que, avant qu'on l'eût rem plie à petites journées, on saurait de dix côtés ce qui se passait dans ces montagnes; que déplus elle était inexécutable, qu'elle était du nombre de celles qui ne devaient être données qu'à des espions, et qu'en conséquence il ne la remplirait pas. A l'instant ce Roubaud fut chassé de rétat-major; mais après lui, c'était à moi à marcher; convaincu que ses observations étaient parfaitement justes, je partis cependant, en ayant peine à concevoir qu'un ordre semblable pût émaner du général Masséna.
En marchant toute la nuit, ce qui me força de repasser le Tagliamentoavecun guide, j'arrivai le lendemain soir à Serravalle. Les chevaux n'en pouvaient plus, et, dans l'impossibilité de descendre, sans le secours du jour, les deux lieues de rochers en escalier qui conduisent à la Piave, je m'arrêtai, mais me mis de suite à prendre des informations, et je parvins à savoir, de manière à ne pouvoir en douter, qu'un corps de six à huit mille Autrichiens se réunissait à Belluno. Il était donc évident que je ne pourrais arriver jusqu'à cette ville; mais était-ce une raison pour regarder ma mission comme remplie ?