CHAPITRE V
La petite ville de Bruck est du nombre de celles que le mot de vilenie caractérise assez bien. Les troupes y furentmal, et nous plus mal encore; mais nous n'y étions qu'à sept relais de poste de Vienne, circonstance qui nous la fit trouver superbe. Au reste, nous n'eûmes pas d'abord le temps de nous occuper d'elle; la trêve pouvait finir le 12 avril; nous étions arrivés le 9. on comprend l'activité avec laquelle ces journées furent employées à pourvoir à tous les besoins des troupes et à réparer l'armement, la chaussure et l'habillement. Le 12» en elTet, nous reçûmes l'ordre d'être prêts à recommencer les hostilités dès le lendemain , mais ce lendemain amena un contre-ordre.
Le 16, je fus expédié par le général Masséna pour porter une troisième fois des dépèches au général Bonaparte à Leoben. D'après mes ordres, j'étais parti en chaise de poste. Au premier relais, je fus rejoint par un ofQcier d'état-major de l'empereur d'Autriche. Conformément à l'usage de faire un cadeau semblable à tous ceux avec qui la cour de Vienne négocie, cet ofQcier portait de la part de son maître un panier de vin de Tokai au négociateur Bonaparte, qui s'arrogeait en ce moment des pouvoirs qu'il n'avait pas. Cet usage bizarre me parut une demi-manière de boire ensemble, tradition d'un temps ancien, où les plus grandes affaires se terminaient