‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 36 sur 259 · APRÈS LA PAIX DE LEOBEN · texte numérisé non relu

APRÈS LA PAIX DE LEOBEN

le Terre à la main. Toujours est-il que, au second relais, cet officier eut l'idée que nous voyagions dans la même Toiture, et, comme la mienne était la moins belle, comme aa reste il ne pouvait quitter son panier, je montai dans la sienne. Son nom m'a échappé, mais ce que j'ai retenu de sa conversation, c'est qu'il ne pouvait s'accoutumer à i'idée de voir les Français à vingt- cinq lieues de Vienne. C'était d'ailleurs un aimable jeune homme; nous ne nous quittâmes plus qu'à Leobcn ; nous dînâmes Tun et l'autre chez le général en chef; nous avions même fait le projet de revenir ensemble, mais je fus expédié le premier. Dans la soirée même, je repartis pour Bruck, sans avoir eu l'honneur de remettre moi-même ma dépêche, ni le bonheur d'être interrogé.

A Bruck, Burthe eut une nouvelle querelle de jeu, y fit une nouvelle provocation, suivie d'une affaire qui par bonheur resta sans conséquence. Le jeu, le vin, les duels, les femmes se partageaient sa vie; et cependant il ne manquait pas de mérite (i).

Les préliminaires de la paix une fois signés ou plutôt dictés à Leoben , l'armée d'Italie , toute chargée de lauriers , reprit le chemin de ces régions dont elle avait si magnifiquement justifié le nom; et ce trajet me fournit quelques anecdotes que je vais rapporter.

La première me reporte à Gratz, capitale de la Styrie, ville charmante, fort richement habitée et dans laquelle la division Masséna eut un séjour. Chargé de faire le logement de l'état-major, j'avais pris les devants et je m'occupais de ce travail, lorsqu'un petit homme, assez

(1) Dans la première édition de son Journal des opératiom tnili' UUres et adminUiratives des siège ei blocus de Gênes, publiée en 1 8JI , Paul Thiébanlt rapporte (pages 66 et 79) de brillantes actions à Thonneor de Burthe. (Ed.)

Agé, en redingote et chapeau rond, d'une tenue simple, mais soignée, et qui, sans ouvrir la bouche, m'avait examiné et écouté avec quelque attention, me dit en fort bon français, quoiqu'il m'eût entendu parler allemand : c Si je pensais, monsieur le capitaine, que tous dussiez vous trouver bien chez moi, je vous offrirais de venir y loger. — Monsieur, lui répondis-je après avoir porté sur lui un regard scrutateur, une invitation aussi obligeante que la v6lrc compenserait tout ce qui pourrait avoir besoin de Tétre; mais je serais chez vous à merveille et j'accepterais avec reconnaissance si, sans vous déran- Kor, vous pouviez comprendre dans votre offre un de mes ramaradcs (Burthc), qui a l'habitude de loger avec moi. — Nous aurons place pour lui, reprit-il aussitôt, et, pour que vous puissiez en juger et lui servir de guide, j(! vais, si vous le permettez, vous conduire chez moi. i Sur ce mot dit par lui, on lui remit mon billet de logemont, et nous partîmes, suivis de mon chasseur qui conduisait mon cheval en main, c Monsieur, reprit notre liAto chemin faisant, on n'est pas fort difûcile à la guerre, et, ^ ce titre, vous feriez grand plaisir à ma fcMume et à moi, si monsieur votre ami et vous, vous vouliez vous contenter de notre table. > Mon petit homme commençait à me paraître par trop modeste; d'ailleurs, il ne fallait pas grand tact pour découvrir une habitude de dignité à travers la bonhomie qu'il affectait; ma réponse, ainsi qu'un demi-sourire, lui firent comprendre que sur son compte je ne me méprenais pas.

La grande place traversée, nous étions arrivés au tiers do la plus belle rue de la ville; il s'arrêta devant un bâtiment somptueux et me dit : « VoilÀ ma maison. > Nous entrâmes; un signe fit accourir un palefrenier, chargé do conduire mon chasseur à une écurie; quant à nous,

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