L'ARMÉE DES MESSIEURS
blir Tordre; mais, au lieu de séparer les combattants, ils prirent fait et cause pour eux. Plus de cent hommes araient déjà succombé, et, dans ce nombre, la division Ifasséna avait à en regretter au moins soixante; les bataillons commençaient à se réunir, on pouvait craindre qu'ils ne se chargeassent à la baïonnette; on battit la générale, on consigna toutes les troupes, et, avant le jour, on fit partir la division Masséna, qui, pour éviter une nouvelle rencontre, prit le pas sur la division qui devait la précéder et perdit avec justice le séjour qu'elle devait avoir.
Cet incident, ayant changé l'itinéraire des deux divisions, ne pouvait manquer d'inculper la division Masséna, qui du reste avait tous les torts; le général Brune, qui aurait dû le prévoir, voulut en rendre compte le premier pour ne pas le laisser tourner à son désavantage; conséquemment il me fit partir en courrier pour porter son rapport au général Bonaparte. Je ne sais plus dans quel château j'atteignis le général en chef, mais ce qui m'est resté présent, c'est que, arrivé de nuit, une chambre me fut donnée dans ce même château, pour y attendre les dépêches que je devais rapporter au général Brune; je me déshabillai et me jetai sur un lit, où je ne tardai pas à m'endormir profondément, et, lorsque Leturcq, aide de camp du général Berthier, vint m'apporter mes dépêches, j'étais si complètement couvert de punaises, que, sa voix n'ayant pas sufQ pour me réveiller, lui n'osant pas me toucher, il fut obligé de me pousser avec le fourreau de mon sabre. Moi-même j'eus horreur de l'état dans lequel j'étais. Ma chemise était si noire de bétes qu'on ne savait par où la prendre pour la secouer parla fenêtre; on dut me balayer la peau. Jamais je n'ai rien vu et rien senti de semblable, et je partis en souhaitant, pour le repos de notre général en chef, que
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toutes les chambres da château ne fassent pas ansei
totalement habitées par la vermine.
C'est encore chez une dame, mais d'an certain âge, de haut rang, que je fus logé à Udineet traité avec les ^ards les plus distingués. Cette dame avait an fils nniqne de vingt-quatre ans, jeune homme charmant, qui se prit poor moi d'une amitié aussi vive que spontanée. Natnrellern(3nt ardent et expansif, il allait au-devant de tout ce que je semblais désirer; de sorte que, ayant témoigné |)r;ndanl le dtncr le regret de passer si près de Trieste suiiH voir cette ville, il me proposa d'en faire l'excnr. sion avec moi. La division Masséna devait quitter Udine In surlendemain matin, jour auquel la division Bernadottc devait la remplacer; le temps me semblait man- (|uor; mais mon jeune comte me démontra que, partant on sortant de table, nous serions à Trieste pour le spectacle, que nous passerions ensuite quelques heures au CaHin, et que, pendant la journée du lendemain, nous aurions tout le temps nécessaire pour voir la ville et le [)ort, et pour être de retour avant dix heures du soir; nous firmes donc & cheval avant que le dîner fût achevé, lui suivi par un de ses domestiques, moi par deux rlnisneurs d'ordonnance.
L'eMprit original et saillant de mon jeune compagnon ^l^aya notre route; le zèle qu'il mit à me faire voir tout c» que Trieste et le port offraient de curieux, et même une frégate autrichienne toute neuve qu'il me fit visiter, complétèrent avec l'Opéra qui était fort bien monté, et le Casin, tout ce que j'avais pu me promettre de cette promenade. Il ne restait plus qu'à terminer notre itinéraire tranquillement, mais la rencontre imprévue de La Salle et do plusieurs de nos camarades, montés au même diapason, nous contraignit à faire avec eux un dtner qui se prolongea au point qu'il était huit heures du soir, c'est-