VISITES A VENISE
Padoae» et moi, nous fûmes les plus éprouvés; je le fas tellement, que pendant trente jours je ne sortis pas de ma chambre. Une circonstance ajouta même à Tintensité da mal. Réveillé par des douleurs atroces, ayant dans le corps le feu de Tenfer et le froid de la glace sur toute la superficie, j'envoyai successivement chercher deux des meilleurs médecins de la ville, et tous deux répondirent qu'ils ne se dérangeaient pas la nuit; ce ne fat donc qu^après deux grandes heures perdues qu'on alla demander dans un de nos hôpitaux des secours beaucoup trop attendus.
U semblerait qu'en fait d'empoisonnement j'avais payé ma dette; cependant un nouvel accident de la même nature m'était réservé à Venise; je le dus à des huîtres péchées dans le port et conséquemment imprégnées du vert-de-gris dont sont couvertes les quilles des vaisseaux garnies de cuivre, auxquelles elles s'attachent. La pêche et la vente de ces huîtres sont défendues. Les habitants s'en préservent, en en mangeant d'autres pêchées loin de Venise; mais les aubergistes ne regardent pas à la vie de ceux qu'ils traitent comme ils regardent à la leur, et pour les surveiller la police était en ce temps-là beaucoup trop mal faite à Venise.
Venise était pour nous le but fréquent de nos courses ; outre ses curiosités, elle offre aux étrangers les plaisirs les plus faciles, et, de Padoue jusqu'à Venise, le chemin qui longe le beau canal de la Brenta est ravissant. Nous avions d*ailleurs à Venise notre logement fait chez un M. d'Alezze, ancien sénateur, à la fois riche et bienveillant, chez qui nous étions à merveille.
Ce M. d'Alezze, homme alors de cinquante ans, qui, par sa taille et par sa conformation, ressemblait fort à Berthier, était encore d'une force et d'une agilité extraordinaires. Un jour que nous nous trouvions chez lui, plu-
MÉxoiacs me cÊscmAi. sasos thêbaclt.
Bartke et aut, et qv'ssuit de la Wbeité éotd «ws j j(Mn9Eîos&. WMs Isttioiis d'adresse, il dît : c Alloii^. Bessîesrs, attlpv bkmi â^e, je suis ptes aple et phts scm^ qa'aacaa de tous. Et, pcwr Tcwt le provrcr, je tcws défie dimîter œ que je Ta» faire. » De saite, se plaçant aa aulieii de son fakm. loin de toot a{^wi, il éieTa sa jambe droite, qa'îl tînt horiioiitaleiiieiit éteodiie; pais il ploja sur sa jambe gauche assez bas poor que le moflet de la jambe droite rtnt appajer à terre, sans qae le talon toacbàt. yims essayâmes tons; aocon n'y réassît, alors qn^il lecommença à plosiears reprises arec autant d^aplomb que de facilité. Un mollet snperbe et un fort petit fùed lai donnaient à la Térité quelque aranta^, mais nol de noas n'approcha de la distance que son molM pouvait lui faire gagner. Xajoote que j'ai sourent cité ce toor de force et que je n*ai jamais trouvé personne qui fait refait Sa femme, gra^e, assez laide, et qui pouvait dire ses trente-huit ans. attendu qu'elle en paraissait beaucoup plus, était du reste parfaitement bonne. Née Pisani, elle appartenait aux premières familles de Venise. Sa manière de vivre était bizarre conmie celle de toutes les femmes de son pays et de son rang. Elle se levait vers deux heures et, après avoir pris son chocolat, s'occupait de sa toilette, après laquelle elle recevait des visites jusqu'au dtner. Le soir, elle aliait au spectacle et, en sortant du théâtre, parfois à la botUga (café), presque toujours directement au Casino, d'où elle rentrait chez elle à cinq heures du matin. Plusieurs nuits je fus son cavalier, et, de cette sorte, je faisais tous ces trajets couché à c^té d'elle sur l'espèce de divan de velours noir à deux places qui termine les cabines des gondoles; ces cabines ferment par des rideaux épais, croisés, et qui. sans ordre, ne s^ouvrent jamais; elles sont à Tintérieur éclairées par des bougies que