M"* DE MONTALEMBERT
Au reste, ajouta-t-elle, j'arriverai à neuf heures un quart : je vous trouverai encore, et s*il y avait quelque embarras, je le lèverai. >
On apporta sa petite fille, et je fusextraordinairement frappé de trouver sur cette enfant de douze à quinze mois les soixante-quinze ans du père, c'est-à-dire une petite peau de vieille reinette, le menton saillant, enfin tous les traits vieillots : c Voilà, dis-je en souriant à la jeune mère, une petite figure plus honorable pour vous qu'heureuse pour elle. — Bahl tout cela se raccommo- ^ dera. > J'en acceptai Taugure.
Midi sonna. C'était l'heure à laquelle M. de Montalembert était visible. Nous passâmes dans son appartement; présenté par sa femme, comme un ami d'enfance, il me reçut avec empressement et bonté, et je me félicitai de cette occasion de faire la connaissance de ce vieillard célèbre, auquel, on le comprend, je ne parlai que de son système.
Indépendamment de mon désir de régulariser et de prolonger mon séjour à Paris, j'étais curieux de constater la puissance de ma protectrice, à laquelle. Dieu me pardonne, j'aurais pu songer à demander bien des choses avant de songer à lui demander cela. Je fus donc chez le ministre de la guerre à neuf heures sonnant. L'huissier voulut m'éconduire, mais, au nom de Mme de Montalembert, il m'annonça, et de suite je fus introduit. Le début cependant ne parut pas très rassurant. < Je devrais commencer, me dit Schérer,par vous demander comment vous êtes à Paris. > £t comme j'exhibais l'autorisation anticipée que je devais au général Masséna : c Je connais votre affaire >, ajouta-t-il avec sévérité; mais à peine eut-il lu mon billet d'introduction, que son ton s'adoucit même en me décochant cette phrase : c On dirait qu'il suffit d'avoir servi à l'armée d'Italie pour se croire
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émancipé. > Je répliquai que j'étais loin de telles pensées, et, comme preuve, je le priât de m'accorder un congé avec solde. Il n'aurait pas mieux demandé que de me refuser; mais, dès qu'il me faisait une objection ou qu'il élevait la voix, je nommais Mme de Montalembert, et^ grâce à ce nom magique, j'obtins tout ce qu'il me fallait obtenir. £n quittant le ministre, je vis entrer la voiture de l'auteur de mes succès; je lui donnai la main pour descendre, et, en la complimentant sur son inconcevable exactitude (elle logeait dans un bôtel situé faubourg Saint-Antoine, et nous étions en biver), je lui dis toutes les obligations que je lui avais. « Je ne venais que pour vous aider au besoin, répliqua-t-elle. Je n'ai donc plus rien à faire ici; mais, puisque j'y suis, je vais dire bonjour à Schérer. — Eb bien, repris-je, dites-lui bonjour et merci, et surtout agréez ma reconnaissance. »
Le général Bonaparte reçut du Directoire l'audience dans laquelle il présenta lui-même aux cbefs de la République tous les drapeaux conquis par son armée durant ses campagnes d'Italie. Ambassadeurs, ministres, généraux et ofûciers supérieurs de terre et de mer, tout ce qui avait rang, autorité, illustration ou notabilité, tout ce que Paris renfermait de femmes riches ou belles, remplissait la grande cour du Luxembourg, magniQquement disposée pour cette solennité. Et, malgré ce luxe, cette afQuence, la recherche des costumes, la parure des femmes, et ce que la mise des Directeurs avait de somptueux, ce fut un petit homme, maigre, pdle, sec, jaune et simplement vêtu, qui fixa tous les regards et parut à lui seul remplir tout Tespace. Pour toujours il avait conquis l'opinion du monde et dominait son pays, son siècle^ d'autant plus indiscutablement qu'il affectait plus de simplicité, de réserve et d'impassibilité.
Vingt fêtes suivirent. La plus belle fut un bal donné