CHAPITRE VI
En quittant l'armée d'Italie» en 1797, le général Masséna avait dit : c J'ai assez fait pour la gloire des autres, et si la République veut encore de mes services, elle me mettra à même de m'occuper de la mienne. > Il était donc évident qu'il n'accepterait plus qu'un commandement en chef. D'autre part, le peu de sympathie qui régnait entre le général Bonaparte et lui, l'antipathie qui existait entre lui et le générai Berthier, firent qu'il ne fut pas compris dans l'organisation de l'armée qui se formait sous le nom d'aile gauche de l'armée d'Angleterre. On ne pouvait pas cependant se priver d'un homme tel que le général Masséna; on le nomma général en chef de l'armée de Rome en remplacement du général Berthier, qui reprendrait à Milan le commandement de l'armée d'Italie (i).
On sait les événements qui avaient amené les Français à Rome. La paix de Campo-Formio aurait dû trouver sa garantie dans la magnanimité de Bonaparte, qui. pour
(1) Oq parlait beaucoup alors d'une autre cause qui pouvait avoir influé sur cette exclusion. C'eût été le désir du général Bona* parte de faire campagne en ayant sous ses ordres les deux plus iUuatres chefs des armées du Rhin, ce qui devait rehausser encore son commandement. Toujours est-il que l'honneur de fournir les deux lieutenants qui, pendant la campagne d'Egypte , secondèrent le général Bonaparte, appartint à ces armées, mais coûta cher à la France, puisque ce ne fut que pour hâter leur mort.
dédommager l'Autriche de la perte de la Belgique et de ta Lombardie, et pour la compenser des républiques Cisalpine et Anconitaine qu'il créait, crut devoir livrer à cette puissance l'antique République Vénitienne, c'està-dire la domination de l'Adriatique. Mais nos triomphes exaspéraient tous les amours-propres européens, de même que Texpansion de notre œuvre révolutionnaire alarmait les Rois. Sous l'inspiration de l'Angleterre, qui s'était refusée à poser les armes, un accord était intervenu entre l'Autriche» la Russie, TEspagne ellemême, pour nous attaquer partout où nous étions vulnérables; or nous l'étions particulièrement en Italie, où notre disséminement put faire naître l'espoir d'organiser avec succès le massacre de tous les Français au delà des Alpes. Dans ce projet, les puissances coalisées étaient secondées par celles des populations italiennes que notre présence irritait ou par celles qu'elle inquiétait, par le Piémont, la Toscane, Naples, par les populations lombarde et génoise et par toutes celles des États romains, où les émigrés, les agents de Louis XVIII, les prêtres fanatiques étaient prêts à solder des assassins. Cependant le secret de cette prise d'armes ne pouvait être bien gardé que s'il eût été moins étendu; des attaques parties trop tôt mirent la France en éveil et la décidèrent à châtier par de rudes représailles toutes les perfidies. Confiante dans la force de ses alliés, dans la vaillance de ses milices, dans la hauteur de ses montagnes, la Suisse favorisait les émigrés; deux divisions commandées par le général Brune l'avaient soumise. Le pape Pie VI fit éclater contre nous une insurrection, dans laquelle le général Duphot fut lâchement assassiné, lambassadcur de France, Joseph Bonaparte, n ayant échappé au môme sort que par le seul miracle qui se fit sous le règne de ce Souverain Pontife. Aussitôt