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LES SÉIDES DE BERTHIER

général Masséna pour rengager à rentrer à Rome, en lui annonçant une réception sympathique. D'autres généraux intervinrent également. Suivant eux, les officiers se repentaient de leurs excès , et la plupart n'avaient agi que par l'effet d'une irrésistible influence. A ces assertions le général Dallemagne ajoutait que, si cela n'avait point semblé inutile, le général Masséna aurait reçu une députation; que même on avait parlé de lui envoyer comme escorte un escadron et un bataillon de chaque corps; mais que cette escorte ayant été jugée superflue, les officiers généraux et supérieurs iraient au-devant de lui jusqu'à Ponte Molle et formeraient son cortège.

Dans une situation aussi précaire que celle où se trouvait le général Masséna, il était peut-être difficile de ne pas se laisser persuader par de telles démarches. Il voulait d'ailleurs par sa présence démentir ce bruit, qu'il entendait ne rentrer à Rome que sur des monceaux de cadavres. Il voulait encore mettre un aux désordres que favorisait l'absence de l'autorité supérieure; de plus, il avait Tavis de la prochaine arrivée du général Desaix, aux yeux duquel (i) il eût été cruel pour lui de paraître exilé par son armée à Ronciglione; enfin il avait reçu des ordres très importants; toutes ces considérations le décidèrent; c'est alors que je le rejoignis à deux postes de Rome.

En quittant Paris le lendemain de sa nomination, c'est-à-dire le 11 février (23 pluviôse), le général Masséna m'avait laissé l'ordre de le rejoindre à Rome; toutefois, pour le suivre sans retard, il aurait fallu acheter une voiture et faire deux cent quatre-vingts lieues en

(1) Le général Desaix venait commander Taile gauche de l'arméo d'Angleterre, ainsi que Ton appelait encore Tarmée d'Egypte, et s'embarqner & Civitavccchia avec trois demi-brigades d'infanterie. deux régiments de cavalerie, au nombre desquels furent les 61«, €8* et 7* hussards

poste. C'eût été beaucoup trop cher pour le transport d'un chef de bataillon, qu'avait ruiné la Révolution. Je cherchai donc une occasion, je la trouvai; mais il fallut l'attendre, et ce ne fut que le 2 mars (12 ventôse) que je partis, vingt jours après mon général, à tiers de frais avec un M. Hardy (i) qui, dans sa voiture et pour augmenter sa fortune, se rendait à Rome.

A Milan, informé que le général Berthier s'y trouvait, et bien qu'il ne fût pas neuf heures du matin, j'allai le saluer et lui offrir de me charger des dépêches qu'il pourrait avoir à envoyer au général Masséna. Avec un embarras qui vis-à-vis de moi me parut extraordinaire, il me remercia de ma démarche et me dit que certainement il me donnerait une lettre; puis, quoiqu'en déjeunant et en dtnant avec lui j'eusse répété combien j'étais pressé d'arriver, il me retint la journée entière. Enfin, à neuf heures du soir, il me fit entrer dans son cabinet, m'apprit la révolte des officiers de l'armée de Rome, incrimina leur conduite, m'assura de tout le regret qu'elle lui avait causé; puis en me remettant sa lettre, tandis qu'il recevait mes adieux, il me répéta à trois reprises : c Dites bien au général Masséna que je ne suis pour rien dans tout ce qui s'est fait à Rome. > Graves paroles! Celui qui sans être accusé s'excuse, celui-là s'accuse, et je fus aussitôt saisi du plus sérieux soupçon. Le silence absolu que, en dépit d'une familiarité d'habitudes antérieurement contractée, les aides de camp du général gardèrent vis-à-vis de moi sur ce sujet pendant les douze heures que je passai avec eux, ce silence

(1) Rencontre bizarre. Ce M. Hardy conduisait à Rome Lemairc, pauvre diable allant mourir dans une ville où on le menait pour vivre. J'ai dit que Lemaire était le premier mari de la charmante Mme de MontaJembert, un moment prédestinée à devenir ma protectrice, et À qui je venais de faire des adieuxje ne sais pourquoi, éternels .

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