‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 60 sur 259 · LB ROLE DE BERTIIIËA · texte numérisé non relu

LB ROLE DE BERTIIIËA

surprenant, inexplicable, m'avait déjà bouleversé. On comprend dans quelle agitation je partis, repassant en ma mémoire les inimitiés qui, pendant les campagnes de 1796 et 1797, avaient si injustement assailli le général Masséna, et dont en ce moment je croyais deviner Todieux dénouement.

Berihier avait des manières plus courtisanes que militaires, et, depuis le retour de Leoben, il les avait fait goûter du général Bonaparte, qui peut-être les jugeait utilisables dans un avenir qu'il envisageait. Ces manières, Berthier à cette époque même les poussait si loin que les républicains de l'armée d'Italie finirent par appeler communément le quartier du général en chef la c cour de Milan > . Avec sa rudesse, sa brusquerie qui tenaient à sa franchise, à son énergie, Masséna heurta Berthier en ce qui constituait pour celui-ci son principal mérite vis-à-vis de Bonaparte. D'autre part, Masséna s'était conquis une gloire trop belle, il avait en trop grande partie contribué aux premières et si décisive? victoires de Bonaparte, pour que le mattre et les courtisans la lui pardonnassent, et pour que celui qui voulait devenir l'arbitre et le dispensateur de tout lui pardonnât de ne devoir cette gloire qu'à lui-même.

Si donc on évalue les motifs que l'on avait pour amoindrir la renommée de Masséna, si on évalue encore l'influence que ne purent manquer d'avoir sur l'opinion des troupes de la France et des populations de ritalie les mauvaises dispositions du général Bonaparte et celles du général Berthier, il ne restera plus de doute sur une des causes qui firent le succès de cette odieuse affaire de Rome.

Attaché comme je l'étais au général Masséna, on conçoit pour combien de raisons j'avais hâte de le rejoindre; je pressai les postillons; mais, en entrant à Flo-

rence, la voiture de M. Hardy se cassa. Pour la raccommoder, dix heures furent nécessaires (1), et nous n'arrivâmes que le 13 mars vers une heure après midi à Monterosi, où je trouvai le général Masséna remontant à cheval pour retourner à Rome.

Quelque pressé qu'il pût être de partir, je lui demandai néanmoins un entretien immédiat, et, rentré avec lui dans la chambre qu'il quittait, je lui remis la lettre du général Berthier et lui rendis compte de l'espèce de gène que ma vue avait causée à ce général, du temps qu'il avait mis à faire sa lettre et de TafTectation avec laquelle il m'avait répété trois fois sa dernière phrase. Un J... f.....! bien articulé me révéla la pensée du général Masséna et fixa mon jugement sur un rôle odieux, auquel j'ai peine à croire encore, malgré toutes les preuves que j'en eus. Ou bien se peut-il vraiment que des jalousies antérieures aient poussé un homme comme le général Berthier i mener de telles intrigues, pour écarter un rival qu'il avait constamment traité en ennemi et pour éviter, de la part d'un tel successeur, le contrôle d*agissements qu'il avait intérêt à cacher?

Au surplus, et peut-être parce que j'étais sous l'impression toute récente de cette révélation, les raisons que, pendant le trajet de Monterosi à Rome, le général Masséna voulut bien me donner pour se justifier d'avoir quitté le centre de la révolte, ces raisons me parurent aussi peu concluantes que celles qui le décidaient à y reparaître. Sans doute, il avait reçu l'ordre d'embarquer trois demi-brigades d'infanterie et les deux

(i) Nous employâmes ces dix heures & visiter la ville, ses églises, SCS palais, ses musées ; tel est le merveilleux ensemble de ses richesses que, lorsque nous pûmes repartir, j'étais épuisé d'admiration. Nulle part ailleurs qu'à Florence, je n'ai éprouvé ce sentiment.

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