FAUTE POLITIQUE DE MASSÉNA
régiments de cavalerie avec lesquels le général Desaix devait partir de Civitavecchia; sans doute, une députatien le rappelait, et le général Dallemagne lui envoyait l'assurance qu'il serait reçu honorablement, le comité des insurgés étant dissous; sans doute encore, il souffrait de son apparence de proscription, et il pouvait imaginer que, le général Berthier étant retourné à Milan, les insurgés de Rome se trouveraient privés de leur principal appui; mais, d'autre part, Berthier avait laissé Rome peuplée de ses créatures, et par elles il y conservait son influence; son aide de camp Bruyères, le plus acharné de ses séides , persistait à y résider sans motifs ostensibles et y remuait tous les esprits. De plus, la majorité des révoltés était liée par des serments et menée par une minorité trop avancée dans le crime pour recaler. En pareille occurrence, c'est l'énergie des minorités qui domine les masses molles et flottantes; or l'intérêt de ces minorités était d'entraîner le plus grand nombre de coupables avec elles. Enfm le Directoire était saisi de l'affaire, et, avant qu'il eût envoyé sa décision, la plus simple prudence devait faire ajourner toute démarche nouvelle, le général Masséna s'exposant ainsi à être deux fois expulsé de Rome, et à l'être par le gouvernement, après l'avoir été par des subordonnés (i).
Toutefois je n'avais pas de représentation à faire au général Masséna, dont le parti était pris et la volonté bien arrêtée; je soumis seulement, pendant le trajet, mon avis au général Mireur, qui le partagea. 11 nous semblait que le général en chef de l'armée de Rome eût joué un rôle plus digne si, conservant pour le moment
(1) On verra plus loin que les choses se passèrent ainsi ; lorsque le général Masséna rentra & Rome le 13 mars (23 ventôse), depuis dnq jours déjA, depuis le 8-18, un ordre du ministre de la guerre était en route pour le remplacer dans lo commandement de l'armée de Rome
un poste d'expectative et de surveillance à Ponte Molle, il avait laissé les coupables recevoir de l'autorité supérieure le châtiment exemplaire qui ne pouvait leur être évité, et si lui-môme n'était rentré que pour effacer les traces des déplorables événements et pour parler de pardon et d'oubli. Mais, pas plus que moi, le générai Mireur ne se crut en situation pour présenter si tardivement cet avis.
La rentrée, qui se fît vers cinq heures du soir, fut calme et solennelle. Rendu au palais Ruspoli, où il avait été logé, le général Masséna y reçut immédiatement après son dîner les autorités romaines, les consuls y compris, les commissaires civils, aussi peu conséquents dans cet acte que dans leur arrêté, et les chefs des administrations françaises. Les ofQciers généraux, supérieurs et d'état-major se réunirent dans les salons du générai en chef, et, pendant cette soirée, rien ne présagea le renouvellement des désordres.
Il était impossible que, par suite de tous ces bouleversements, une foule d'affaires graves ne fussent pas en souffrance. La nuit fut consacrée à y pourvoir et à rédiger une proclamation, dans laquelle le général Masséna disait, entre autres choses : c Avec tous les amis de l'ordre et de la discipline, je viens dévoiler d'atroces perfidies, démentir de nouvelles calomnies, confondre ceux qui ont dit que je m'étais démis de mon commandement... J'ai prouvé que je ne savais pas pactiser avec mes devoirs, et ce que j'ai fait, je le ferais encore, quand mes ennemis devraient en profiter pour déverser sur moi l'odieux des dilapidations auxquelles j'étais parfaitement étranger... Est-ce en Italie, où j'ai eu le bonheur de conduire plus de cent quatre-vingts fois à la victoire une partie de vos frères, que je devais m'attendre à de tels actes?... Il n'est pas une action de ma vie sur la-