L'ATTITUDE DES OFFICIERS
quelle je ne puisse provoquer le plus sévère examen ; mais, quand on croirait pouvoir substituer des faits à de vagues inculpations, c'est au Directoire seul à en juger. J'attends ses ordres avec le calme d'une conscience pure; se tromp&t-il , je vous donnerais encore l'exemple de l'obéissance. Que dis-je! je cherche déjà à excuser auprès de lui de braves officiers, que des circonstances pénibles, les souffrances des soldats et surtout des suggestions perfides ont égarés un moment. >
Cette proclamation, dont les dernières phrases étaient d'un ton parfait, contenait au début quelques bravades inutiles, qui n'étaient point faites pour amener l'apaisement. Quoi qu'il en soit, le général Masséua l'envoya le 14 au Directoire, en y joignant une dépêche dans laquelle il demandait grâce pour la majorité des ofQciers, qui, dans la part qu'ils avaient prise à l'insurrection, pouvaient être jugés plus malheureux que coupables.
Tout à coup, et alors qu'il achevait cette dépêche, le bruit se répandit que les officiers subalternes se reportaient au Capitole, qu'ils avaient substitué comme lieu de rassemblement au Panthéon. N'ayant pas lu dans la proclamation la promesse d'un oubli total et d'un entier pardon, les plus turbulents ne cherchaient plus leur salut que dans le succès possible de nouveaux troubles. C'est chez Bruyères (1) que les plus exaltés d'entre eux s'étaient rendus au moment où la proclamation avait été affichée; c'est de chez lui que les convocations verbales avaient été arrêtées, et c'est chez lui que les émissaires étaient revenus recevoir de nouvelles instructions,
(1) J*ai dit que Bruyères était resté à Rome sans chercher & donner le change sur le motif de sa prolongation de séjour ; on disait alors qu'il masquait sous cette apparence de rôle politique une mission plus importante de son général, mission consistant à assurer l'envoi de fonds restés en souffrance. £n fait, pour ce qui est de lui, il n'en manquait pas.
ce dont il se vanta plus tard. Ainsi c'est avec un aide de camp de son rival, avec un simple capitaine, que de fait le général Masséna, un général en chef déjà couvert de gloire, se trouvait aux prises.
Quoi qu'ils pussent faire cependant, l'assemblée du 14, en quelque sorte improvisée, ne fut ni assez nombreuse ni assez complète pour que chaque corps fût représenté et pour que l'on pût délibérer; on s'ajourna donc au lendemain à dix heures du matin, puis on consacra la journée et la nuit à prévenir les ofQciers qui n'avaient pu être convoqués et à décider les officiers qui n'avaient pas répondu au premier appel (1).
Le général Masséna, ayant appris qu'on déchirait la proclamation qu'il avait fait afficher, convoqua de suite les généraux et chefs de corps, et les chargea de faire un dernier effort auprès de leurs officiers, et ce que les chefs du ?• régiment de hussards tentèrent en exécution de cet ordre mérite d'être rapporté. Après avoir épuisé tous les moyens de la persuasion, le colonel Champeaux et les chefs d'escadron La Salle et Théré, trois des hommes les plus formidables en combats singuliers, mirent l'habit bas et le sabre à la main, en déclarant à leurs officiers qu'ils appelaient en duel quiconque ne donnerait pas sa parole d'honneur de ne pas retourner au Capitole. Mais ce corps était l'un des plus compromis, et quelques-uns de ses officiers, en fait de rage, ne le cédaient à personne; en outre, il n'était plus à Rome un officier subalterne qui, sans passer pour un faux
(1) Lo général Masséna aurait pu profiter do ces vingt- quatre heures pour diviser l'effort des révoltés, en ordonnant des visites, des changements de quartier, des exercices, une revue par brigade. Par tous les moyens possibles il fallait détourner de son but principal l'attention des révoltés. Mais, je l'ai dit» le général Masséna était trop d'une seule pièce pour manier habilement des subordonnés, hors les règles de la plus stricte discipline.