‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 71 sur 259 · AMIS ET CAMARADES · texte numérisé non relu

AMIS ET CAMARADES

marbre, et rejoint ses hussards qui TidolÂtraient et le reçoivent en racclamant.

Avec La Salie je puis citer encore Daure, dont j*ai déjà parié et qui joignait à beaucoup de capacité une habitude de facéties continuelles, très propre à rendre sa société fort agréable; Clément de la Roncière, bon, brave et excellent camarade; Maucune l'aîné, bel et vaillant officier (i). Tous avaient le même grade que moi, et nous étions unis par une amitié solide et réciproque.

Toutefois, les deux jeunes gens avec lesquels je me liai d'une manière particulièrement intime furent Guibert et Knoring. Guibert, neveu du comte (2), jeune homme distingué, plein d'expansion et de mérite, qui me prit en vive tendresse et que des analogies de goût me rendirent de jour en jour plus cher. Quant à Knoring, d'origine livonienne, il était instruit, vaillant, agile, adorait la France et les Français, s'enthousiasmait de leur gloire et restait à Rome pour le seul plaisir de se trouver au milieu d'une armée française. De ces deux hommes si distingués aucun ne fut destiné à prolonger son existence. Quelques mois après, ce pauvre Guibert fut tué en Egypte, aide de camp du général Bonaparte ; et Knoring, parti pour l'Égirpte avec le général Desaix, revint avant le retour de l'armée, et, après avoir lait des actions d'éclat, se rendit à Paris, où il fut tué dans des circonstances qui méritent d'être rapportées.

(1) Tous ces jeunes gens devaient justiûer les belles espérances qu'Us donnaient alors : Daure fut en 1810 ministre du roi Joachim à Napics ; Clément de la Roncière, Maucune, gagnèrent par leur vaillance tous leurs grades et, pour n'être pas aussi brillants que La Salle, n*cn devinrent pas moins des généraux très distingués. (Em.)

(2) Le comte Jacques-Àntoine-Hippolyte de Guibert, bomme de plume et d*épée, laissa quelques bons ouvrages et fut de l'Aca* demie française. Il eut sa part de célébrité, et, quand il mourut en 1790, son éloge fut composé par Mme de Staél. (Éo.)

Achevant ses études dans une université d'Allemagne, il y avait acquis une véritable réputation sous le rapport des mérites qui le distinguaient et de l'habileté à manier les armes. Je ne sais quelle autre université avait un sujet parvenu par les mêmes succès aux mêmes honneurs, et, comme chacune de ces universités se vantait de son coryphée, ces deux jeunes gens furent bientôt informés de la rivalité involontaire qui existait entre eux. Knoring n'y vit qu'un motif de féliciter son émule, de se féliciter lui-même de l'assimilation , et ce fait suffît pour le caractériser; mais cet émule s'en trouva irrité et blessé, au point d'envoyer un cartel à Knoring, pour savoir, disait-il, lequel des deux devait céder le pas à l'autre; il le prévenait qu'il l'attendait. Knoring répondit qu'il acceptait le déû, mais que, n'étant fait pour aller trouver les autres, si l'adversaire faisait la moitié du trajet, lui ferait la seconde moitié. La condition, ou bien ne fut pas acceptée, ou bien ne put pas être exécutée, et tout en était resté là, lorsque, en 1801, la fatalité voulut que les deux jeunes gens se trouvassent en même temps à Paris sans le savoir; ils ne se seraient peut-être pas rencontrés, si une dame qui, j'ai horreur de le dire, était Française, informée de cette anecdote par l'un d'eux, n'avait été capable de se faire présenter l'adversaire, de les réunir et, au milieu d'un cercle nombreux, de les faire mettre en présence. C'est par suite de cette rencontre qu'eut lieu au pistolet le duel, dans lequel ce pauvre Knoring succomba, et, pour comble de malheur, par la sottise et la faiblesse de ses témoins (1).

(1) J'ai dit que Knoring était adroit et fort; je lui ai vu, entre mille autres preuves, gagner le pari de lancer, d'une distance de vingt-cinq pieds, un jeune homme dans le lac de la villa Borghese. A propos de ce fait, je ne puis m'empécher d'en citer un autre du même genre, parce qu'il caractérise assez bien la manière d'être des jeunes gens à cette époque. Le lieutenant général comte Saint*

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