LA GERBE DE SAINT-PIERRE
posé pour lui, au milieu de la première de ces fenêtres, pendaDt que ses gens vont prendre place à la seconde ! Enfin le moment approche, rien ne le menace, et il n'a plus qu'à jouir du prix de sa persévérance, quand arrivent deux dames, précisément celles dont il a reçu le plus de politesses pendant son séjour à Home; elles n'ont pu trouver aucune croisée disponible. Notre Anglais est galant, il se contentera de la place qu'occupent au deuxième étage ses domestiques ; il ne lui faut qu'une minute pour s'y rendre; il part, mais à peine a-t-il monté le premier degré de l'escalier, que la gerbe éclate. A l'instant il se précipite^ tombe, se relève, bouscule tout, arrive à la fenêtre et ne voit plus qu'une vapeur lumineuse, qui de suite disparaît dans une profonde obscurité; de dépit il quitta Rome.
Je n'ai pas vu non plus cette fameuse gerbe, qui, m'at-on dit, occasionnait une dépense énorme et ne se trouvait plus en rapport avec les finances de la République romaine ; mais j'ai vu la non moins fameuse illumination de la coupole, qui, grâce à des conduits phosphoriques, se trouve embrasée en une minute; j'ai vu de même la croix de feu qui, durant la messe de minuit, éclaire seule et si pittoresquement l'église entière, la plus grande du monde.
Rome explorée, j'en parcourus les environs et je fis la promenade de Tivoli avec Guibert et deux aides de camp du général Desalx, Savary et Clément (4).
(1) Rapp complétait le nombre des aides de camp du général Desaiz, mais il ne fut pas des nôtres, attendu, disait-il, qu'il y avait bien assez de vieilles pierres à Rome, sans courir pour en voir ailleurs. C'était un hurluberlu sans mérite transcendant, ce qui ne l'empêchait pas de dire en parlant de ses deux camarades : « Chacun de nous a auprès du général un emploi dilTérent; Clément est pour les courses, Savary pour la cuisine et moi pour les coups, j» C'est lui qui, devenu aide de camp du Premier Consul et
Forcés de rentrer à Rome le soir même, nous nous mtmes en route avant le jour; nous suivîmes la voie Tiburtine, toute bordée de tombeaux, et le contraste est plus sensible quand on arrive à Tivoli, site délicieux d'ombrage et de fraîcheur, où, parmi les bosquets et les cascatelles, on oublie les pestilences de la campagne de Rome, en évoquant le souvenir d'Horace, de Catulle, de Properce, de Cinthia et de Lesbie.
Lorsque nous arrivâmes au gouffre de Neptune, où le Teverone disparait tout entier à travers les roches, notre cicérone nous dit, en nous montrant une pierre assez avancée dans le gouffre : c Voilà jusqu'où le grand Vernet est allé; il est le seul qui ait osé aller aussi loin. > N'ayant jamais eu la puissance de résister à ces sortes de défis, même indirects : c Eh bien ! dis-je, vous allez voir quelqu'un qui ira plus loin encore. > Et, avant que le guide eût eu le temps de jeter une exclamation, que Guibert eût pu me retenir, mes mains étaient déjà où Vernet avait mis ses pieds, alors qu'en tâtonnant mes pieds cherchaient un point d'appui, que je ne pouvais voir, dans la descente du gouffre, mais qu'ils trouvèrent; ainsi je pus me tenir droit au milieu du déchirement des eaux, qui se précipitent avec une indicible vacarme dans l'ombre béante, en torrent furieux. Sorti de là, mes compagnons me reprochèrent mon imprudence, qui n'en était pas une. Ayant avec mes mains
qui plus tard ayant introduit je ne sais plus qui dans le cabinet de Napoléon empereur, y restait malgré plusieurs signes qui l'invitaient à se retirer ; à ce mot : Sortez donc, il répondit : « ... Moi» Sire?... Je ne laisserai jamais Votre Majesté avec un Corse. » Ce fut encore lui qui, un soir, à Neuilly,et parlant devant moi au duc d'Orléans de la défense de Danzig, dit : « J'avais d'ailleurs les plus détestables soldats du monde... Des Napolitains. » Aussitôt le prince, gendre du roi de Naples, partit d'un éclat de rire et nous quitta. Rapp finit grand maître de la garde-robe de Louis XVllI et de Charles X.