‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 80 sur 259 · II · texte numérisé non relu

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194 MÉMOIRES tkU GéHÉRAL BAROSQ THIÉBAULT.

chambres de Saint-Catixte, où nous nous arrêtâmes et où> selon Tusage, j'écriTÎs mon nom sur une paroi, avec l'e^oir que, dans ce monde des morts, mon souvenir aurait moins de chance d^ètre effacé.

Malgré les choses^ éternetlement belles qui illustrent Rome et ses environs; malgré le charme qui distingue sa société choisie, il faut toujours en revenir au pays comme au fond de population; dès lors le désenchantement commence.

Le sol est pestilentiel, et les forêts dont Numa avait couvert la ville au sud et à l'ouest, et qu'il avait consacrées afin qu'elles fussent toujours respectées, venaient d'être coupées par le due de Braschi. Celui-ci en avait reçu le don du pape Pie VI, son oncle, et, grâce aux ressources qu'il en avait tirées, il avait pu faire bâtir son fameux palais, qui correspondait par la forme au triangle de Jéhovah. Hais, depms lors, les maladies pestilentielles s'étaient teltement accrues, et avec elles la mortalité, que j'étais témoin des imprécations dont on accablait ce pape et son neveu. Durant les chaleurs, dans les environs plus soumis que la ville elle-même à l'influence de l'air putride, il se formait un véritable désert. A peine restait^il dans les communes le nombre de petits garçons nécessaire pour conduire les voyageurs de la poste et quelques vieillards infirmes ou malades, qui mouraient là, faute de pouvoir fàir; on les voyait livides, verdûtres, ayant des ventres dTiydropiques. S'arrêter vingt-quatre heures dans de tels lieux, ou y dormir en juillet, août et septembre, c'était pour des Français chercher la mort, et beaucoup l'y ont trouvée.

Quant à la population, elle offre le spectacle d'un contraste monstrueux entre la somptuosité des ridies et l'abjection des pauvres, qui d'ailleurs vivent d^inaction, mendient, volent, assassinent. Cette paresse lâche et

LES TRANSTÉVERINES. 193

dégoûtante est favorisée par les prèlres, qui disposent d*one telle plèbe par les aumônes et par des distributions, à l'instar des patriciens de l'ancienne Rome. C'est ia pire des turpitudes.

Û faut le dire cependant, un des quartiers de la Cité étemelle se distingue à cet égard; ce quartier est le Transtéverin. Là se trouve encore une race à part, une race d'hommes forts, braves, fiers, remarquables par un type qui n'est pas sans noblesse; ils prétendent descendre, sans mélange, des anciens Romains. Les femmes, en partie superbes, ne le cèdent pas aux hommes; quant au caractère, on afilrme qu'elles ont transmis et continuent i transmettre, de Lucrèce en Lucrèce, leur sang originel dans toute sa pureté, en dépit de tant de générations de cardinaux, d'évèques, de prélats, d'abbés et de moines de toute espèce. De fait, il y aurait eu bien du bonheur, si le séjour que fit à Rome notre armée, aussi jeune d'âge que déjà vieille de gloire, n'avait altéré quelque peu l'antique origine des Transtéverins d*aigoiurd*hui.

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