‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 9 sur 259 · VOLEURS DE GRANDS CHEMINS · texte numérisé non relu

VOLEURS DE GRANDS CHEMINS

ment, reprit une femme charmante, je n'irai pas avecmon mari seôl et an domestique braver d'ici à la dernière poste toute une bande de brigands qui, nous a-t-on dit, coort le pays. — Mais, madame, repartit l'un de nous, si nous vous escortions? — Nous serions cinq, qui pour TOUS défendre en vaudraient davantage >, ajoutai-je. EOe hésitait, nous insistâmes; finalement elle se résigna à partir. Sa voiture eut la tête; elle l'occupa avec son mari, ayant son domestique sur le siège de devant ; Il voiture de Solignac suivit à vide, son domestique sur la banquette de la batardelle; quant à Solignac, Burthe, Rouvelet, Fabvreet moi, munis de nos sabres et de nos pistolets, nous montâmes sur des bidets de poste et formâmes l'escorte de cette dame. Notre départ fut des plus gais; mais peu â peu le silence succéda à l'hilarité; un demî-sonuneil, assez naturel après plusieurs nuits blanches, survint, et bientôt nos chevaux nous menèrent plus qne nous ne les guidions. Ainsi abandonnés à eux-mêmes, lisse désunirent, et nous nous trouvions assoupis, séparés les uns des autres, lorsque des cris perçants se firent entendre. Réveillés aussitôt, notre premier mouvement fût de mettre le sabre à la main, d'enfoncer les éperons dans le ventre de nos chevaux et de nous précipiter dans la direction de l'appel en criant à tue-téte : < En avant, en avant! » La nuit empêchait de nous compter; à nous cinq, par nos cris et le galop de nos bêtes, nous fîmes le brait de vingt ou trente. La bande qui avait arrêté la première voiture, où se trouvaient la dame et son mari, cmt à l'arrivée d'un détachement; les hommes composant cette bande lâchèrent prise, se jetèrent dans des broussailles, qui se trouvaient sur la gauche de la route, et disparurent. Quant â nous, nous fîmes prendre le galop aux chevaux des voitures et fûmes bientôt hors de distance. Nous rendîmes donc un grand service à cette

dame, dont les années ont effacé pour jamais le nom de ma mémoire; mais elle nous en rendit peut-être un aussi grand. Si nous ne l'avions pas rencontrée, au lieu de faire cette poste à cheval, nous serions restés dans notre voiture, nous pouvions y être surpris endormis, n'ayant pas même nos armes en état et fort compromis contre ces brigands, qui nous auraient canardés à mesure que nous aurions mis pied à terre.

Marseille nous ravit. Logés à la Canebière, nous avions d'ailleurs de nos fenêtres la vue du porl, qui, malgré la guerre, n'en offrait pas moins un spectacle varié et plein d'intérêt. Ne voulant nous arrêter que quelques heures dans cette ville, nous allâmes de suite pour traiter avec le patron d'une felouque pour notre trajet jusqu'à Gênes. Le marché fut bientôt conclu; mais le vent était contraire, et nous devions attendre quïl changeât.

A ce malheur s'en joignit un autre. Solignac retrouva à Marseille une nommée Mariette, grasse, fratche, jeune et très jolie créature, alors entretenue par un homme qui tenait une maison de jeu, du reste sur un assez grand ' pied; bel appartement meublé, éclairé de nuit avec luxe, table splendide, rafratchissements variés et continus, offerts gratis, et, en fait de dupes et de mauvais sujets, la moins mauvaise compagnie possible.

N'ayant rien à faire, forcé d'attendre le vent, dont de douze heures en douze heures nous espérions le changement, livré à cette oisiveté mère des pires inspirations, Solignac, qui d'ailleurs n'avait pas besoin de tant de stimulants, ne résista ni aux charmes de Mariette ni aux attraits de son tapis vert; en outre, il commença par gagner. Burthe, alléché par cet exemple et parce succès, se figura que la fortune lui serait d'autant plus favorable qu'il appliquerait à sa manière de jouer certains

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