‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 92 sur 259 · GUUVION SAINT-CYR REMPLACÉ · texte numérisé non relu

GUUVION SAINT-CYR REMPLACÉ

Le prince Doria possédait un ostensoir en or et pierreries d'une valeur énorme, que les consuls romains, dans leur détresse, firent enlever d'après le conseil des commissaires français. Indigné de cette spoliation, le général Saint-Cyr fit de suite rendre l'ostensoir au prince» en quoi, comme honnête homme, il avait raison; en quoi, comme militaire, il eut tort, rien n'étant plus étranger au commandement des troupes. Cette restitution, au reste, fut sans résultat, car on fit peur à ce prince Doria, qui, à titre de don patriotique, se h&ta de renvoyer Tostensoir.

Second fait. Pendant la révolte des officiers, un misérable, nommé Matera, n'avait pas paru moins zélé pour les coupables que pour le général Masséna; au fond, il n'appartenait qu'à nos ennemis. Lors de l'organisation des premières troupes romaines, il parvint à se faire nommer colonel; maisles consuls, ayantfiniparle démasquer, le destituèrent, et le général Saint-Cyr réunit une commission qui le réintégra. Le Directoire, près duquel les consuls avaient réclamé et s'appuyant sur un blâme du généra] Brune, ordonna, le 7 juillet, que le général

toutes les pièces à charge constituant le dossier des coupables, dossier réuni alors entre les mains du général Berlhier, une seule, munie de quinze signatures, était parvenue jusqu'au Directoire, qui avait aussitôt ordonné l'arrestation des quinze signataires. Chargé de Texécution de cet ordre, le général Gouvion Saint-Cyr fît saisir les coupables de nuit : mais, au lieu de les faire immédiatement jeter dans des voitures et de les faire conduire à Milan sous escorte de gendarmes ou de légionnaires polonais, U les enferma au château Saint-Ange, où tous leurs camarades et complices vinrent les délivrer. C'était une récidive de la révolte, et, pour la calmer, le général Gouvion Saint-Cyr consentit à reconnaître que les signatures apposées au bas de la pièce incriminée pouvaient être fausses ; de fsût, il les considéra comme telles, obtint par cette jonglerie l'impunité des coupables et même le retour & Tordre; mais, par ce nouveau succès des révoltés, l'autorité des généraux, la dignité suprême du Directoire n'étaient pas moins atteintes, et avec elles la situation morale du général Gouvion Saint-Cyr.

Saint-Cyr aurait une autre destination, et que Matera serait chassé de Rome; or, pour la confusion définitive du général Saint-Cyr, ce Matera, changeant brusquement de rôle, passa dans le royaume deNapies, où il commanda des bandes, fut pris quelques mois après par une de nos colonnes, et pendu.

Troisièmement. Le général Saint-Cyr fatigua le Directoire par de fausses inquiétudes. Certes, avec le corps d'armée de Rome tel qu'il existait, toute résistance contre l'armée napolitaine, que déjà l'on portait à soixante mille hommes, pouvait être déclarée impossible; mais comment ce premier homme du monde comme manœuvrier alla-t-il jusqu'à déclarer que la retraite de Rome, où l'on pouvait à la vérité être tourné à quarante lieues en arrière, mais d'où l'on avait deux routes pour se retirer, serait irréalisable? Championnet l'exécuta cinq mois après avec autant d'ordre, de lenteur que de succès. Saint-Cyr disait encore que quarante mille hommes étaient indispensables pour vaincre et se maintenir; avec moins des deux cinquièmes, Championnet extermina les soixante mille Napolitains, délivra la République romaine et fit la conquête de Naples. Il est vrai que Saint-Cyr se supposait attaqué par des troupes de quelque consistance; dès lors il pouvait avoir raison; mais, à la guerre, trop de suppositions contraires à la confiance qu'on doit avoir dans le succès sera toujours de la faiblesse. La timide prévoyance dans ce début d'un commandement supérieur fut, au surplus, remplacée par la légèreté et l'incurie chevaleresque de Macdonald, qui, pour l'honneur et le bonheur de l'armée, ne la commanda pas pendant les campagnes de Rome et de Naples, mais qui, pour le malheur de cette même armée, fut chargé de sa retraite et de son commandement au bord de la Trebia.

A ce moment, il ne restait presque plus dans l'État ro-

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