BÉVOLTES DE TERRACINE ET DE MONTELEONE
main de cantons qui n'eussent servi de théâtre à une leyée de boucliers contre nous. L'exemple de Rome avait été suivi par Marino, Albano, Castello, Anagni, Frosinone, puis par Orvieto et Yiterbo, en dépit du général Hireur et des exemples terribles que fit le colonel Girardon. Le général Valette avait prévenu les mouvements de Macerata et de Tolentino; le Trasimène, Amandola avaient payé leur tribut de révolte et de répression; tout à coup, le 31 juillet (13 thermidor), de Terracine jusqu'aux sources du Garigliano, éclata une nouvelle et menaçante insurrection.
Je ne m'arrête qu'aux expéditions dans lesquelles j'eus quelque part; par conséquent, si célèbre que soit cellelà, je ne puis que la citer. Comment ne pas dire cependant qu'elle fut confiée à l'adjudant général Maurice Mathieu, chef d'état-major du général Macdonald; qu'une partie de la légion polonaise s'y distingua et perdit son major Podozki; que le capitaine Pamphile Lacroix gagna par sa conduite le grade de chef de bataillon, qui lui fut décerné par le Directoire, et le sabre de Tamerlan(l), dont lui firent hommage les consuls de Rome; enfin que, en entrant à Terracine, on trouva au milieu de la place un autel surmonté d'une croix qui portait un christ de grandeur naturelle avec les plaies dégouttantes de vrai sang? C'est des marches de cet autel que les prêtres avaient fanatisé la ville; sur ces mêmes marches bon nombre de fanatiques vinrent chercher la mort, qu'on ne leur fit pas attendre.
Le 28 août (11 fructidor), j'appris que la commune de Honteleone devenait le foyer d'un nouveau rassemble-
(1) PamphUe Lacroix eut le malheur de perdre à Saint-Domingue ce sabre auquel U attachait uq triple intérêt, d'abord Tintérét d*origine, ensuite l'intérêt d'en avoir mérité l'honneur, et finalement de ravoir mérité au pied du rocher de Circé.
ment d'insurgés, et qu'un dépôt d'armes et de munitions s'y formait; de plus, que des commissaires envoyés par le préfet du Clituno et par le commandant de Spoleto, pour expulser ces insurgés et faire livrer les armes, avaient été obligés de fuir; qu'en outre, les habitants de ce canton, confiants dans l'aspérité de leurs montagnes, dans leuréloignement de toute communication, n'obéissaient plus à aucun ordre et n'envoyaient ni contributions ni subsistances; que, sans cesse en rapport avec les Abruzzes, ils étaient aussi Napolitains que Romains (i), et que leur haine contre la France et la Révolution était portée à un tel degré d'exaspération qu'une prise d'armes était imminente. Or ce canton, formé de six petites villes et de nombreux villages, flanquait notre communication la plus importante; d'urgence il fallait le désarmer, mettre à jour ses contributions et prouver à ses habitants que leurs montagnes ne les protégeaient pas.
Je rendis compte de ces faits au général C..., et, comme je désirais enfin montrer de quoi j'étais capable, j'offris de me charger de l'expédition. Je fus agréé; j'avais carte blanche; je haletais après une occasion de disposer et de commander une attaque, et c'est plein de Fardeur de l'enthousiasme que je hâtai mes préparatifs. J'expédiai de Foligno à Spoleto des troupes pour remplacer la garnison de cette dernière ville, et j'envoyai à cette garnison, ainsi qu'à cinquante chasseurs du 49*, l'ordre d'être le 29 août à la pointe du jour, avec des vivres pour quarante-huit heures et cinquante cartouches par homme, en bataille sur la place de la Cathédrale.
(1) Un édit du roi de Naples venait d'arriver cacheté dans toutes les communes du royaume. Il devait être ouvert le même jour et à la même heure. Cet édit, qui ordonnait la levée du cinquième des hommes, Ût, par suite de la disposition des esprits, lever eo uo jour quarante mille hommes.