‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 94 sur 259 · CHEF D'EXPÉDITION · texte numérisé non relu

CHEF D'EXPÉDITION

Cette disposition m'avait fait gagner vingt-quatre heares. Je rejoignis en poste et avant le jour mes trou^ pes à Spoleto, et» pendant qu'elles se rassemblaient» pendant qu'on préparait les chevaux de selle que j'avais demandés pour moi, pour mon secrétaire, pour mon domestique et pour Fabvre que le général C... m'avait donné (Dath étant resté attaché au travail de l'état-major), j'aUai prendre, auprès du préfet, des renseignements sur la situation de Monteleone, sur la route que j'avais à faire, sur le genre et le degré de résistance qui pouvait m'ètre opposée. Le préfet persista dans cette opinion que si j'arrivais, fût-ce à l'improviste, il y aurait combat; mais que si je permettais qu'il me fît précéder par un de ses délégués nommé Rotondi, enfant de Monteleone et aimé dans ces montagnes, il y aurait soumission.

On conçoit ma désolation. Mon rêve de commandement allait aboutir à la conduite d'une simple promenade militaire; il me semblait que ce préfet me coupait les premiers lauriers de ma gloire; mais le devoir me prescrivait de préférer la conciliation à la lutte, et je cédai, non pas toutefois sans me réserver une dernière chance, car je chargeai le délégué de déclarer que si l'on enlevait de Monteleone les armes, les munitions et seulement une seule des six pièces de canon qui s'y trouvaient, je brûlerais la ville.

La route qui conduit de Spoleto à Monteleone est très pénible; les montées escarpées y succèdent sans cesse à des descentes à pic; une troupe y est tellement retardée par la nécessité de marcher homme par homme, que, malgré la précaution quej'avais prise de faire préparera une étape de quoi rafraîchir les troupes, et malgré mes efforts pour abréger les haltes et accélérer le pas, nous n'arrivâmes qu'à la nuit fermée.

Cette marche, du reste, nous permit de remarquer

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que, cédant aux ordres réitérés, chaque village possédait son arbre de liberté, mais que chacun de ces arbres était surmonté d'une croix au lieu du signe adopté alors, ce qui avait eu pour résultat de multiplier les calvaires.

A un demi-quart de lieue de Monteleone , je trouvai trois députés qui me furent présentés par le délégué du préfet; je me bornai à les renvoyer de suite, avec l'ordre de faire illuminer la ville et de prescrire qu'elle le fût jusqu'au jour. Cet ordre exécuté, les troupes entrèrent, et, du moment où elles furent établies dans les couvents d'hommes que je leur donnai pour quartiers, du moment où le service fut organisé, les membres des autorités et les notables furent réunis chez moi et fortement réprimandés. Comme on ne manque jamais d'excuses ou de prétextes, leur réponse fut que la manière dont les premiers délégués du préfet s'étaient comportés, avait indigné te peuple de ta ville et celui des campagnes; que des insurgés venus d'Amandola avaient encore concouru à monter tes tètes; que, dès lors, les autorités avaient été impuissantes, mais qu'ils n'entendaient refuser ni les armes ni les munitions qu'ils possédaient, ni les fournitures et contributions qu'ils reconnaissaient devoir ; enfln que, quant aux armes des particuliers, ils ne mettaient pas en doute qu'elles ne fussent apportées au premier ordre.

Restait l'exécution; la journée du lendemain nous sufQt pour qu'elle fût complète, à ce point que, dès le matin même, l'argent et les vivres s'expédiaient sur Spoleto, et que les canons, les poudres et les fusils (les bons, bien entendu, car les mauvais furent brisés sur place), le tout chargé à dos de mulets, marchaient à la suite de ma colonne. Mais, pendant que les habitants s'exécutaient ainsi, des désordres furent commis par les

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