‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 95 sur 259 · PACIFICATION DE MONTELEONE · texte numérisé non relu

PACIFICATION DE MONTELEONE

troupes, et quelques objets furent volés. Les patrouilles aussitôt doublées, un citoyen marchant avec chacune d'elles, je donnai Tordre qu'un officier par deux compagnies, et relevé dedeux heures en deux heures, parcourût la ville, jusqu'à ce que la retraite eût fait rentrer le dernier soldat. L'ordre portait aussi de faire arrêter tous ceux qui se rendraient coupables du moindre délit, de leur faire de suite retourner leur habit et de les prévenir qu'ils marcheraient ainsi pendant toute l'expédition. J'ajoutais même que, si ces mesures ne suffisaient pas, je ferais bivouaquer les troupes sur le haut des montagnes ! Enfin, les compagnies de la 15* légère, dans le quartier desquelles une porte avait été forcée, furent consignées.

Cela fait, et n'ayant plus qu'à poursuivre mon œuvre de pacification, je me dirigeai sur Cascia; mais, une fois la queue de ma colonne arrivée à cent pas en dehors de Monteleone, je fis faire halte, et, en présence de l'édile et des deux habitants de la ville qui avaient été volés, disaient-ils, par les soldats, je fis faire devant eux, sans que personne eût pu être informé d'avance, la visite de chaque sac, de chaque giberne; je fis déployer les capotes, etc. Rien ne fut trouvé, personne ne fut reconnu, et du moins fut-il avéré que personne n'emportait rien digne d'être réclamé. Cette visite inattendue et les ordres donnés la veille produisirent un tel effet que l'expédition se termina avec le plus grand ordre, et que partout les habitants applaudirent à la discipline des troupes.

Successivement Cascia, Norcia (i), Visso furent désarmés comme l'avait été Monteleone. Enfin, le 7 septembre, je terminai l'opération à Trevi, et, le 8, je rentrai à Spoleto, ayant non seulement assuré la soumission de

(1) A Norcia, oq me donna un bal, que de Irès jolies femmes embellirent de leur présence.

toute cette partie de l'État romain, mais encore ayant organisé un service d'espionnage capable de m'informer exactement de tout ce qui se préparait dans les Abruzzes, et surtout ayant recueilli des nouvelles d'une haute importance sur ce qui se passait dans le royaume de Napies. Ces nouvelles, je me hâtai de les transmettre au général Macdonald à Rome, en même temps qu'au général C... à Perugia.

A mon retour à Spoleto, j'eus la satisfaction de recevoir du préfet les compliments les plus flatteurs; toutes les municipalités, avec lesquelles, par parenthèse» il n'avait été question d'aucun c gâteau d'amandes » , avaient écrit pour se louer des troupes et de leur chef; les patriotes avaient écrit de même pour se féliciter des résultats, qui, outre un désarmement nécessaire et l'acquittement de tout ce qui était dû, avaient produit le bon effet d'assurer l'exécution de beaucoup d'ordres arriérés et de rassurer le peuple sur nos intentions.

Bf ais ce qui ne laissa pas de me concilier l'opinion pendant cette expédition, ce furent mes attentions et ma solli citude pour les couvents de femmes; ainsi, dès que j'arrivais dans une ville où se trouvait un de ces couvents, et il s'en trouvait dans presque toutes, j'envoyais une sauvegarde à la supérieure et je lui écrivais que j'irais le lendemain, à dix heures, afin de savoir par moi-même si elle n'avait aucune plainte ou réclamation à faire. J'ajoutais que je serais heureux de m'édifier par le spectacle de sa piété, et, comme marque de confiance, j'ajoutais que, si cela ne dérangeait rien, j'accepterais au couvent une tasse de chocolat.

A l'heure dite, j'arrivais suivi par le plus vieux et le plus sage des officiers de ma colonne; j'étais reçu par la supérieure, qui, à la tête de ses religieuses, s'empressait de m'offrir ses actions de grâces. Conduit dans la meil-

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