LA DUCHESSE DE BÉTHUNE
femme, ce monstre lui fit une scène exécrable sur le Soût qu'elle avait pour la musique; il déclara qu'aucuns maîtres ne seraient reçus chez lui et signifia qu'il entendait qu'aucun piano ne se rouvrit pour elle ou qa*elle chantât quoi que ce pût être; puis, pour qu'elle ne pût se méprendre sur ce que ses ordres avaient d'absolu, il brisa le piano qu'elle possédait, l'un des plus parfaits qui existassent alors, et mit en lambeaux toute la musique. Qu'on juge de l'effet de cet affreux début sur une personne belle, douce, craintive et si loin sans doute de s'attendre à de semblables procédés ! La suite ne fut pour elle que trop digne des premiers moments : ni ses grâces, ni son esprit, ni ses vertus n'adoucirent son sort. Elle n'eut de répit ni pendant sa grossesse, ni durant ses couches, dans lesquelles elle mit au monde une fille, qui par miracle arriva à terme. Son martyre dura deux ans, au bout desquels le ciel prit pitié d'elle et la délivra ; mais ce qui acheva de la caractériser* ce lurent les soins que, avec un inconcevable dévouement, elle prodigua à son mari jusqu'aux derniers moments. On conçoit si j'étais ému de la revoir; elle me rappelait, avec les premières années que j'avais passées à Paris, ma mère et ma sœur dont elle était estimée et aimée; elle me rappelait aussi les heureux sentiments qu'elle m'avait inspirés, alors que par sa fortune et par ses espérances elle excitait autour d'elle tant d'envie et d'admiration. Mais elle n'était plus que l'ombre d'ellemême. Bien que treize années seulement, ajoutées à ses dix-sept ans d'alors, la laissassent encore jeune, sa santé avait été détruite pour toujours. Une fois encore je lui entendis faire de la musique, et je ne fus pas moins touché de sa complaisance qu'enchanté de son talent. Elle n'en fit cependant qu'un moment; les forces lui manquèrent, et elle fut obligée de cesser. Ruinée par