‹ Mémoires du général CluseretChapitre 18 sur 26 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

La situation des armées en préftuoe. — Rapport à la Commune.

— La sortie du 2 arrii. — Le mont Valérien auï Versaillai»,

— Arrestatiou du commandant Ferrai. — Maniredte du Comité Central. — Le Rapport de Mao-Mahoa. — ^ Les forces de l'armée de Vereaille».

Ma première pensée avait été de former une petite armée mobile, de prendre l'offensive au Sud et d'opérer autour de Versailles, coupant les voies-ferrées et m'appuyant sur l'insurrection des provinces avec lesquelles je venais de faire connaissance dans l'hiver de 70-71. Je les savais pleines de bonne volonté, mais encore sous l'impression de l'étreinte impériale, timorées pour ne rien dire de plus. Un point d'appui armé et l'insurrection gagnait comme une traînée de poudre

dans le midi, dont la Ligue eût immédiatement formé la base d'une assemblée constituante.

Mais, après l'affaire du 3 avril, après avoir été k même d'apprécier le peu de solidité de la Garde Nationale, sans cavalerie et sans artillerie, il ne fallait plus songer à ce projet d'offensive.

Je me résignai donc à la défensive. Une crainte venait s'ajouter à toutes les incertitudes d'une situation qui fourmillait d'inconnus,

Que feraient les Prussiens î — Etaient-ils, comme le faisaient sonner bien haut les amis de Versailles d'accord avec les ruraux. Allaient-ils livrer les forte de la rive droite et afîamer Paris? — Dans ce cas, toute résistance était impossible.

Le mouvement des troupes de Versailles dans la presqu'île de Gennevilliers semblait indiquer une tendance à se rapprocher de S^inl-Denis pour l'occuper. Le S avril, vingt-quatre heures après mon installation, j'adressai le rapport suivant aux membres de la Commission executive;

Citoyens,

Depuis moQ entrée en fonctions, j'ai cherché à me rendre un catupte exact de la situation militaire tant au point de vue de ce qui motive une agression que rien ne justifle qu'à celui de ses résultats.

Lo motif paraît être, en première ligne, d'eifrayer la population, en second lieu de nous faire dépenser en pure

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MÉMOIHGS DU GlilNÉRAL CLUSERET 139

perle, nos munitions, enfin de masquer un mouvement sur notri droite poui' occuper les forts ds ta rive droite.

Jusqu'à ce jour, l'espoir coupable de l'ennemi a été frustré, aes tentatives ont été repousséea.

La population est restée calme et digne et si nos munitions ont été gaspillées par des soldats trop jeunes, ils acquièrent, chaque jour, par la pratique du feu, le sangfroid indispensable à la guerre.

Quant au troisième point, il dépend plus des Prussiens que de nous. Néanmoins, nous veillons.

Au point de vue de l'action, elle se résume ainsi : soldats excellents, oRîciers mêlés, les uns très bons et les autres très mauvais. Beaui'oup d'élan, assez peu de fermeté. Quand les Compagnies de guerre seront formées et dégagées de l'élément sédentaire, on aura une troupe d'élite dont l'effectif dépassera 100,000 hommes. Je ne saurais trop recommander aux gardes de porter toute leur attention sur îe choix de leurs chefs.

Actuellement les positions respectives des deux troupes peuvent se résumer ainsi: les Prussiens de Versailles occupent les positions de leurs congénères d'Outre-Rhin. Nous occupons les tranchées, les Montlineaux, la gare de Glamart.

En somme notre position est celle de gens qui, forts de leurs droits, attendent patiemment qu'on vienne les attaquer, se contentant de se défendre.

Des actes d'héroïsme se sont accomplis. A ce sujet je proposerai S la Commune de vouloir bien faire don au lOl"» bataillon d'une mitrailleuse qu'il a enlevée aus Prussiens de Versailles avec son caisson et deux autres pièces d'artilierie.

Que chaque bataillon tienne à honneur d'imiter le 101' et bientôt l'artillerie de la Commune de Paris sera une des plus belles et des mieux servies.

Je saisis cette occasion de rendre un public hommage & la justesse du tir de nos artilleurs.

En terminant, citoyens, je pense que si nos troupes

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conservent leur sang-froîd et ménageât leurs munitions, l'ennemi se fatiguera avant noua. Il ne restera alors, de sa folie et criminelle tentative que les veuvea et les orphelins, le souvenir et le mépria pour une action atroce.

Le Délégué à la Guerre, Général G. Glusebit.

Afin de concenlrer tous les moyens d'action, j'avais donné asile, au ministère de la guerre.aux deux Comités centraux de la Garde Nationale, celui de l'artillerie et celui de l'infanterie.

J'aimais mieux les avoir sous la main que de les voir faire une opposition sourde à la Commune dans les faubourgs et, par suite, affaiblir la défense. Réduits au rôle qui leur convenait, celui de maintenir le bon esprit dont était animée la Garde Nationale, mais ne se mêlant en rien des affaires de ta guerre auxquelles ils ne comprenaient rien, ils rendaient des services efficaces et je dois dire que je n'eus que de bons rapports avec ces deuï Comités.

Ces bons rapports cessèrent pourtant à l'occasion de l'arrestation du commandant Ferrât dans les conditions suivantes.

Ferrât était un ivrogne qui ne dégrisait pas. Partout il portait le trouble et était un objet de scandale public. Son général, Eudes, l'avait condamné à la prison et j'ayais approuvé ; mais Eudes n'osait le faire arrÊter. Sur ces entrefaites, il eut l'audace de quitter son postt, Issy, et de venir sans permission au Ministère où siégeait le Comité Central, dont il faisait par-

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lie. Il se croyait sacré. Averti de sa présence, je descendis au rez-de-chausaée, où siégeait le Comité, pour l'arrêter, puisque personne n'osait le faire. Au moment où j'entrais, Ferrât filait par une autre porte et allait se cacher dans une autre chambre occupée par dea membres du Comité d'artillerie.

A ma demande : « Où est Ferrât ? » les membres du Comité répondirent: « Nous l'ignorons »

Tout dans la réponse et dans l'attitude indiquait le mécontentement de mon intrusion. Mais je n'avais pas le temps de m'occuper de savoir si le Comité ëtait content ou non. Je suivis le chemin indiqué par la porte ouverte, et trouvai Ferrât caché sous un lit. Après l'avoir tiré par une botte et remis sur ses jambes, je le confiai aux hommes de garde qui l'emmenèrent au Cherche-Midi.

Le soir même, le Comité Central, indigné, quittait le Ministère de la Guerre.

Indigné ! c'était à la surface, au fond, il était terrifié croyant que j'allais appliquer ce système à d'autres membres. En cela ils se trompaient. Quelque honteuee que fût la conduite de Perrat, si ses excentricités n'avaient pas dépassé les Umites du Comité Central, je ne m'en serais nullement mêlé, c'était affaire à ses membres de se respecter entre eux. Mais Ferrât, comme commandant d'un bataillon aux avant-postes était simplement un commandant comme les autres, relevant de ses chefs militaires.

Le Comité Central n'était nullement animé d'un mauvais esprit ; mais sous l'empire de craintes malheureusement partagées par la Commune et excité

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I4â MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLUSERET

par Ferrât, Laceord et ArnoW, se croyant beaucoup plus apte que moi à diriger la guerre, il n'eut pas ie courage de faire son devoir qui ee bornait à être mon braa droit.

C'était surtout l'administration à laquelle ils tenaient; ce n'était pas dangereux et c'était plus attrayant. Deplus, voyant leurs généraux s'étaler dans les palais, ils pouvaient se dire avec une justice parfaite: a Pourquoi pas nous aussi bien qu'eux? »

Afin de conserver le prestige du Comité Central, je lui fis publier plusieurs arrêtés que j'approuvai. Il en futde même avec la Commission executive qui publia, sous forme de décrets plusieurs arrêtes que j'avais envoyés du Ministère à l'imprimerie pour publication. Elle y mit quelquefois du sien, ce qui leur fita quelque peu de l'homogéniété militaire primitive. Comme la Commune s'adressait à des gens qui n'étaient pas plus militaires qu'elle, le mal n'e'tait pas grand et passa inaperçu. — Tout au moinB,je l'espère.

Quelquefois, le Comité Central, croyant bien faire, me mettait dans une position très fausse, en publiant, à mon insu, des ordres comme le suivant:

V Considérant que dans les circonstances actuelles, il « importe, surtout au point de vue militaire, de voir à la CI tête des légions des officiers supérieurs fiyant des con- « naissances reconuues :

« Dans les arroudissemenls qui n'en sont pas pourvus, « le chef de légion sera nommé provisoirement par le " délégué à la guerre et sanctionné par le Comité Can- (I Irai. »

Cet ordre qui, certainement, partait d'un excellent

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MÉMOIRKS DU GÉNÉRAL CLUSEBIÎT )43

esprit et prouvait que le Comité Central avait confiance en moi, était simplement impraticable ; 1° parce que je ne connaissais personne capable, au point de vue militaire, de remplir ces fonctions ; 2° parce qu'il était absolument illégal d'enlever au suffrage sa responsabilité pour me la mettre sur le dos. — Ce ne fut pas le Beul inconvénient de cet ordre intempestif; il eut, en outre, l'inconvénient grave, de me prendre un temps précieux pour répondre à toutes les demandes des députations qui affluaient au ministère. Ce n'était plus seulement des chefs de légion, mais des chefs de bataillon qu'on venait me demander. 1! m'aurait fallu tenir un assortiment complet d'offlciers supérieurs pour la Garde Nationale, ce qui était bien loin d'être possible.

Dans le Comité Central se trouvait un espritremuant, ambitieux, capable et furieux, de n'avoir pas été éiu membre de la Commune, Ecrivain de mérite, il était îe porte-plume du Comité sur lequel i! exerçait une influence incontestable ; il se nommait Moreau;je le pris avec moi et lui confiai ia formation d'un bureau spécial de police et d'informations. C'était lui qui était chargé de donner aux correspondants des journaux étrangers communication de toutes les nouvelles. J'ajoute que, m'inspirant des habitudes ai larges de la presse américaine, je ne cachai rien de ce qui était transmis au ministère. Les seules choses que je gardassent pour moi seul, étaient les affaires relatives à l'organisation. Quant à celles relatives aux négociations avec les Allemands, je ne les communiquai qu'à la Commission executive et encore sous le sceau du

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secret. Obligé de donner certains éclaircissements dans la dernière séance delà Commune, par suite de la mauvaise foi de la Commission executive, j'ai exigé que les sténographes s'abstinssent de prendre des notes pendant cette partie de la séance.

Je suivrai, dans mon récit, te Journal Officiel de la Commune et le rapport de Mac-Mabon, comme poinls de repère. Le voici :

Sur les opérations de l'armée de Versailles depuis le U Avril, époque de sa formation, jusqu'où 28 mai.

G Avril.

L'armée destinée à. laire le siège de Paria a été créée par décret du chef du pouvoir exécutif du 6 Avril.

Lors de sa formation, elle comprenait; l'armée de Versailles proprement dite, composée de trois corps d'armée, BOUS les ordres du maréchal de Mao-Mahon, et l'armée de réserve eous les ordres du général Viooy.

Les 1"' et 2» corps, ainsi que l'armée de réserve, comptaient chacun trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie légère ; deux batteries d'artillerie et une compagnie du génie étaient attachées à ciiaque division, deux batteries à balles et 2 batteries de 12 formaient la réserve d'artillerie de chacun de ces corps.

Le 3" corps, entièrement composé de cavalerie, comprenait trois divisions, à chacune desquelles était attachée une batterie à cheval.

La réserve générale de l'armée comprenait dix batteries et deux compagnies du génie.

L'armée, ainsi constituée, est placée, pour les opérations du aiége, sous le ce ui mandement en chef du maréchal elle romraence ses opérations le 11 Avril.

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A ce moment, Paria et les forts du Sud étaient au pouvoir de l'insurreotion ; seul le mont Valérieti restait entre no9 mains. Les troupes réunies à Versaîllea, sous les ordres du générai Vinoy, avaient occupé dans les premiers jours d'Avril, les positions ds Châtillon, Clamart, Meudon, Sèvres et Saint-Clond, ainsi que celles de Gourbevoie et de la tcte du pont de Neuilly, sur la rive droite.

II Avril.

Telles étaient les positions respectives, lorsque le H Avril, le maréchal de Mao-Mahon, commandant en chef, indique a chacun des corps les emplacements à occuper et les dispositions à prendre.

Le 2' corps sous les ordres du général de Ci s sey, est chargé des attaques de droite; il ^'établit h Châtillon, Plessis-Pîquet, villa Coublay, et dans les villages en arrière sur la Bièvre.

Le 1" corps, sous le coramaTidement du généra! Ladmirault, est chargé des attaques de gauche, La division de Maud'huy occupe Gourbevoie et la tête du pont de Neuilly ; la division Montaudon, Rueil et Nanterre , la division Grenier campe à ViHeneuve-L'Etang.

La division occupant Covrbevoieellalête du pont de Neuilly devait être relevée tous Us quatre jours par l'une des deux autres divisions du corps.

L'armée de réserve, commandé par le général Vicoy, fournit deuï divisions en première ligne : l'une d'elles occupe Clamart, Meudon ctBelIevue; l'autre, Sèvres et Saint- Cloud : une troisième reste en réserve à Versailles.

Le 3^ corps, sous les ordres du général du Barail, est chargé de couvrir l'armée sur la droite. IL doit occuper Juvisy, Lonjumeau, Palaiseau et Verrières, poussant ses avant-postes en avant de la route de Versailles h Choisy-le- Roy.

Le plan d'attaque consistait à s'emparer du Point-du- Jour. L'enceinte baslionnée au sud de Paris, depuis la porte

Maillot jusqu'à la porte de Gentilly, se développe sur deux longues lignes droites, et n'offre en réalité qu'un saillant abordable, le Point-du-Jour ; mais, couvert en avanl par le fort d'Issy, il était nécessaire de s'emparer de ce forl avant de commencerles travaux d'approche vers l'enceinte. Par suite, le 2" corps (général de Ciasey) doit s'avancer en cheminant vers le fort d'Issy, pendant que le 1" corps (général Ladmirault) s'établira fortement à gaucbe et s'emparera de toute la rive gauche de la Seine jusqu'à Asniè-

la Avril.

Dès le \2 avril, le corps de Cissey commence les travaux de tranchée et l'établissement de nouvelles batteries sur le plateau de ChStillon ; le général Charlemagne, commandant labrigade de cavalerie du 2" corps, fait couper, à hauteur de Juvisy, le chemin de fer d'Orléans et la ligne télégraphique, et intercepte ainsi toute communication entre Paris et le sud.

Le corps Ladmirault gagne, dès le premier jour, du terrain en avant de Neuilly et s'empare du village de Colombes. Le 14 Avril, les maisons occupées par les insurgés au nord de Courbevoie sont attaquées, la redoute de Genne-

que devant le château de Bécon, dont la possesaion est importante, afin de permettre l'établissement de batteries destinées à combattre celles de Clîchy et d'Asnières.

H AvrU.

Le 17, ie château de Bécon est brillament enlevé par le 3Ô« de Marche (colonel Lefèbre) ; le parc est mis en état de défense, et des batteries sont immédiatement construites. Le lendemain, le 36% continuant son mouvement en avant, déloge les insurgés de toutes les maisons qui bordent la route d'Asnières et s'empare de la gare, où il s'établit solidement.

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLrSERKT 147

Le village de Bois-Colombes est en même temps enlevé par le 1" régiment de gendarmerie (colonel Grémeljn), secondé par un liataillon du 12' de marche (brigade E'radier.)

Par suite de cas coups do main, l'insurrection se trouve définitivement confinée sur la rive droite dans celte partie de nos attaques, et le corps Ladmirault reste dès lors sur la défensive, ai ce n'est pour s'emparer, dans Neuiliy, de quelques flots de maisons nécessaires à la protection de notre ligne de défense.

A la droite, le corps de Cissey s'avance vers le fort d'Issy, , en établissant des parallèles entre Clara an et Châtillon. Les insurgés prononcent journellemûnt contre nos tranchées des mouvements ofi'enaifs qui sont vigoureusement repous-

Les travaux de tranchée, et la construction d'une série de batteries établies sui- les crËtes à Chètilîoa, Meudon et Bellevue, absorbent la période du 11 au 25 Avril, signalée seulement par l'occupation de Bagneux, enlevé aux insurgés le 20, et mis en état de défense.

Pendant ce temps, les 4"et 5" corps d'armée sont créés par décision du 23 Avril, et comprennent chacun deux divisions formées principalement d'éléments rentrant des prisons de l'enn'emi. Ils sont placés sous le commandement des généraux Douay et Clinchant, et doiventprochainement prendre part aux travaux de siège.

35 Avril.

Le 25, les batteries des attaques de droite ouvrent leur feu; les batteries de Breteuil, de Brimborion, de Meudon, de Châtillon et du Moulin-de-Pierre couvrent le fort d'Issj de leurs obus, et la batterie entre Bagneux et Châtillon tire sur le fort de Vanves, Ces deux torts, puissamment armés répondent vigoureusement, ainsi que l'enceinte et le Pointdu-Jour. Une carrière, près du cimetière d'Issy, est enlevée aux insurgés, et une traiichÉe est creusée le long de la route de Clamart aux Moulinaux, pour dominer ce dernier village.

I GÉNÉHAL CLUSÈRET

3 Avril.

A ce moment, le projet «rt arrêté île pniirsiiiTre les travaux d'approche, à droite et à gauche du fort d'issy, afin de le dérober sur deux eûtes et de l'iBoler autant que possible. Dans ce but, il est nécessaire de s'emparer du village des Moulineauï, poste avancé des insurgés, qui inquiète nos approches. Cette opération est esécutéc, dans la soirée du 26, par des troupes du 35' etdu IIO» de ligne [division Paron), du corps Vinoy,

Le village des Moulineaux, attaqué avec vigueur, est vaillamment enlevé. Les journées des 27 et 28 sont consacrées à s'y fortifler, en même lemps qu'une seconde parallèle est établie entre les Moulineaux et le chemin dit ia Voie-Verte, i 300 mètres environ des glacis du fort. Dea cheminements sont poussés en même temps en avant, dans la direction de la gare de Clamart.

L'occupation des Moulineaux nous permet de déboucher sur les positions que les Insurgés possèdent encore à l'ouest du fort, tant sur le plateau, au cimetière, que sur les pentes, dans le parc, en avant du village d'issy.

Ces positions sont fortement retranchées par l'ennemi, qui s'abrite derrière des épaolements, des maisons et des mura crénelés, dirigeant aur nos troupes une fusillade in.

Le 29, dans la soirée, le cimetière, les tranchées et le parc d'issy sont élevés par le concours de trois colonnes composées de bataillons des brigades Derroja, Berthe et Puturel.

L'uclion préparée par une violente canonnade, cet menée aveu vigueur ; le cimetière est enlevé à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil ;lestranchécs qui relient le cimetière au parc, abordées avec élan, tombent en notre pouvoir; pendant que les troupes de la brigade Paturel s'emparent

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vaillamment de formidahbles barricades armées de mitrailleuses, et pénètrent dans le parc d'Iesy, où elles refoulent les insurgés.

Nos pertes sont minimes ; l'ennemi a un grand nombre de tués et laisse entre nos mains un certain nombre de pri- Bonniers ei8 pièces d'artillerie.

A la même heure, une reconnaissance, vigoureusement exécutée par deux compagnies du 70' de marche, s'empare de la Terme de Bonamy, située à 500 mêlres du fort de Vanvea, lue 30 insurgés et lait 75 prisonniers.

Afin de profiter de la panique éprouvée par les insurgés dans la nuit du 29 Avril, à la suite de la prise du cimetière et du parc d'issy, un parlementaire est envoyé au fort d'Issy, dans la soirée du 30, pour sommer la garnison de

sauve semble les rendre accessibles aux propositions; mais, la nuit arrivant, le parlementaire est obligé de rentrer dans nos lignes.

Dans la matinée du 1"" mai, la sommation de rendre le fort est renouvelée; mais, pendant la nuit, les insurgés avaient regu du renfort avec le prétendu général Eudes, qui avait pris le commandement du fort, et qui refuse toute proposition de se rendre.

LeB travaux du siège et le tir des batierles, un moment suspendus, sont immédiatement repris.

Afm d'aborder le fort par la droite et par la gaucbe, les troupes de la l'« division de l'armée de réserve (général Faron) exécutent deuK attaques vigoureuses: l'une sur la gare de Clamart et l'autre sur le chHeau d'Issy. Ces deux mouvements, opérés avec beaucoup de sang froid et d'entrain par Je 22' bataillon de chasseurs, le 35b et le 42» de ligne, réussissent complètement sans grandes pertes relativement à celles des insurgés.

Les positions conquises donnent la posaibilitéd'inquiéter l'entrée du fort, le château est immédiatement relié avec les

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travaux en arrière; toutefois le feu convergent des forts d'Isay et de Vanves et des maisons on avant empêche l'occupation définitive de la gare.

Ce rapport, Jusqu'au 29 avril, est plus que concis. Du 2 au 11 avril, période pendant laquelle ont eut Heu les plus violentes attaques deMac-Mûhon et de ses généraux contre les forts, il garde le silence et ne le rompt qu'une fois par cl par là, du 11 au 25 avril.

Il s'est pourtant livré de rudes combats pendant ces vingt-trois jours. On peut même dire qu'on s'est battu nuit et jour. Mais l'avantage étant de notre côté, le silence devait être gardé par Versailles: toute vérité n'est pas bonne àdire. En revanche, à partir du 29 avril, le maréchal devient plus eommunicatif. 1! triomphe, et sa verve ne tarit plus, après le 22 mai. C'est qu'alors, désemparée, sans gouvernail et faisant eau de toutes parts, la Commune sombre sous voiles, laissant à cet écumeur de terre, avec ses mille épaves, une proie facile sur laquelle il s'acharne et dépense ce que Sedan lui alaissé de valeur inassouvie.

11 m'appartient, à moi, son adversaire du 3 au 30 avril, de réparer cette lacune.

D'après îe rapport, qui est officiel, l'armée rurale se composait, le C avril, de 9 divisions d'infanterie ayant

18 batteries d'artillerie,

8 batteries de mitrailleuses, 8 batteries de 12 de réserve.

Trois brigades de cavalerie légère étaient attachées à ces 9 divisions d'infanteries.

Il y avait en outre, trois divisious de cavalerie avec

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3 batteries à cheval. Pourquoi faire? ceci est le secret du général Thiers.

La réserve générale de l'artillerie était de tO batte-

Le tout formait environ 90,000 hommes et 47 batteries de campagne ou 282 pièces, sans compter, bien entendu, l'artillerie de position.

J'ai dit ce que j'avais à opposer à cette masse. Deux mauvaises batteries, 3 escadrons et une force organisée d'infanterie qui, si elle était de 41,500 hommes le 30 avril, le 6 était nulîe.

Dès le premier avril, les troupes de Versailles semblèrent vouloir prendre l'ofTensive. Une reconnaissance fut poussée par des chasseurs à pied jusqu'au Point-du- Jour. Une autre eut lieu du côté de Bois-Colombes et aussi de Puteaus. Vers le Bas-Meudon et dans les bois, une forte colonne d'infanterie, précédée de cavalerie, avait pris position — GaUifet, m'assure-t-on, s'était avancé jusqu'au fort de Vanves. — De tout ce mouvement, le résultat avait été : quelques gendarmes tués et quelques gardes nationaux blessés.

LES VEUSAILLAIS PREKNEMÏ L'OFFENSIVE

IjS surprise de Courbevoie. — Manœuvre renouvelée des Prussiens. — Les fanfarouiiadcs de ta presse. — L'stUtude de Bergeret. — Les atrocités versaillaiBea. — Massacres de blessés et de prisonniers. — La tactique de Thiers.

Le 2, les 119% 218° et 93« bataillons de Garde Nationale furent attaqués, à 10 heures du malin, au rondpoint de Courbevoie. Surpris, ils prirent la fuite et se rallièrent vers la porte Maillot. Ce n'était évidemment qu'une reconnaisance ; aussi les gardes nationaux purent-ils réoccuper, avec les renforts qui partirent de la place, les positions évacuées.

C'est, du moins, ce qu'on m'affirma dans la soirée et c'est à ce sujel que parut cette grotesque dépêche ;

Paris, 2 avril 1871, S 30 h. du soir.

Place à Commission Executive. ^Bergeret lui-même est à Neiiilly. D'après rapport !e feu de l'ennemi o cessiî. Esprit des troupes excellent, soldats de ligne arrivent tous el déclarent que, sauf les ofiiciers supérieurs, personne ne veut se battre. Colonel de gendarmerie tué.

Le Colonel Chef <F état-major, Henri.

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MÉMOIRES nu GÉNÉRAL CLUSERBT 153

J'ai dit que, me promenant, ce malin-là aux Champs- Elysées, j'avais été en simple curieux m'assijrer des fuils sur les lieux. Voici ce que je vis et entendis.

Les Gardes Nationaux fuyaient, évidemment pris de panique, parmi eux quelques hommes du 14,' de ligne, pria ou égarés, déclarant qu'ils n'y comprenaient rien. Ou les avait emmenés en promenade militaire ; puis, des coups de fusil : ils ne savaient pas ce que cela voulait dire.

Néanmoins l'ensemble des dires des Gardes Nationaux me porte à croire que leur surprise fut principalement due à tine manœuvre déloyale, empruntée aux Prussiens ; l 'avant-garde, composée de gendarmes, se serait avancée la crosse en l'air, puis, arrivée auprès des gardes-nalionauï venant pour fraterniser, aurait immédiatement fait feu. Cette mauvaise action n'a rien de surprenant delà part de gendarmes, mais ce qui et.t étonnant, c'est que des Gardes-Nationaux parisiens, devant connaître le caractère des policiers de l'Empire, se soient laissés prendre à une manœuvre aussi gros- Bière.

Cette triste échauffourrée servit de préîexte à tous les braillards pour crier v à Versailles ! » Le Cri du Peuple terminait son premier Paris intitulé « En route » par ceKe rodomontade puérile:

(1 11 n'y a plus à hésiter. Ils ont osé attaquer Paris. Bien 1 que ce soir le drapeau communal flotte sur Versailles. En route I »

C'est avec de semblables gasconnades qu'on gagne de !a popularité et qu'on perd les meilleures causes.

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154 HËMOltlBa DD OËNÉRAL CLUSERET

Le peuple croit que ceux qai parlent ainsi en savent plus long que lui et ont préparé les moyens de réussir. Il se lance vivement en avant et revient plus vivement en arrière, s'aperçoit qu'on le trompe et se décourage. Quand viennent ensuite les hommes sérieux qui, eux, se rendent compte de la situation, savent ce qui est possible et burnent là leurs efforts, les braillards continuent à faire blanc de leur épée, accusant de pu- Billanimité ou d'incapacité ceux qui ont le tort de savoir et !a conscience de préférer le devoir à la popularité. Et comme le peuple souffre et a le droit d'être pressé, il ee montre impatient, rageur, injuste, met en suspicion ceux-là seuls qui l'aiment sincèrement, use tour à tour les empiriques bruyants et finit par succomber, là où, avec plus d'esprit de méthode, il pouvait et devait triompher.

Ce qu'il y a de triste en pareille matière, c'est que cela a été, est, et sera toujours. L'expérience n'y peut rien. Le peuple veut être trompé.

Partout, on battit la générale, Kt, pour une escarraouche sans importance on mit tout le monde sens dessus dessous, usant avant l'action l'énergie populaire et jouant le jeu de Versailles.

En même temps, on trompait le peuple par des avis de cette nature : « 11 y a deux jours, une forte recon- » naissance du 2° louaves, envoyée de Versailles jus- « qu'aux portes de Paris, est entrée dans nos murs u aux cria de Vive la République! Vive la Commvne de Paris / a Le lendemain, c'était !e tour d'une compagnie de chasseurs à pied. Inutile d'ajouter qu'il n'y avait rien de vrai.

Cette journée du 2 avril me fit frissonner, en voyant l'ignorance de toute cette masse armée, spécialement celle des hommes qui s'intitulaient généraux. En comparant les aspirations ambitieuses qui surgissaient de toutes parts, avec la disproportion des ressources en hommes, je fus frappé d'épouvante. Si je n'avais consulté que mon goût personnel, j'aurais quitté Paris le soir même. Mais le sentiment du devoir me retint. Je pensai qu'il fallait à toute force utiliser les ressources en matériel que la victoire du 18 Mars avait mises dans les mains du peuple, et le sauver de lui-même en mettant un peu d'ordre et de prudence dans l'action. Le triomphe de l'indépendance communale était le plus cher de mes vœux.

J'acceptai donc le Ministère de la Guerre, que j'avais refusé jusqu'alors. J'ai dit comment j'arrivai trop tard pour empêcher la catastrophe, résultat de l'outrecuidance du triumvirat militaire de la Commune. J'ai dit le gâchis, l'anarchie qui s'en suivit et la nécessité où je fus de tout réorganiser.

A la suite de la déroute du 3 avril, le même esprit charlatanesque qui avait trompé la population et l'avait lancée dans la burlesque expédition contre Versailles, dénatura les faits et cacha les résultats.

La Commission executive publia l'avis suivant:

<' La réaction monarchique est saos pitié. Hier, elle .attaquait Neuilly, aujourd'hui Issy, Vanves etChatiHon.

« Heureusement que, prévenues à temps, nos troupes ont Il opposé une offensive vigoureuse et repoussé l'ennemi sur « toute la ligne,

156 HÉMOtRES DCJ GËUÉHAL

«Elles ont rejeté l'ennemi sur lea hauteurs de Meudon et M poussé une pointe hardie jusqu'à Bougival.

« Le 3 aïril 1871.

11 La Commiision Executive:

11 Bergbret ; Eudes ; Doval , Lbfbançais ; Pyat ; Tmdos ; Vaillant. »

C'était absolument faux. L'attaque était venue uniquement des trois membres de la Commission executive, Bergerel, Eudes et Duval, La pointe hardie sur Bougival était due à la stupide initiative de Bergeret qui, malgré mes ordres, avait été donner tête baissée dans le piège tendu par Versailles, piège où tant de braves gens, entr'autres Flourens, laissèrent la vie. Le fait est que les troupes de Versailles attendaient tranquillement que les gardes nationaux se fussent bien enferrés entre le Mont-Valérien et Bougival pour agir. Alors commença une véritable conduite de Grenoble. La plaine était jonchée des malheureux gardes-nationaux exposés sans défense possible à un feu meurtrier.

On aurait dû fusiller Bergeret pour ce fait. Il fit raconter dans les journaux qu'il avait eu deux chevaux tués sous lui. Ce qui était faux, puisqu'il était en fiacre. Et le peuple, toujours bon, oublia, en faveur des deux chevaux tués, les gardes nationaux sacrifiés !

Du reste, les journaux communiers, à l'instar de la littérature impériale, n'étaient plus qu'un pot-pourri de potins, de racontars, de réclames de toute espèce. On perdait de vue la grandeur du but pour ne s'occuper que de la « petite bête ». Ainsi le Cri du Peuple ajou-

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MÉMOIRES DO GÉNÉRAL CLDSEBET iSI

tait aax deux chevaux tués sous Bergeret l'héroïsme de M"" Eudes combattant à c6lé de son mari. La femme d'Eudes ne quitta pas la chambre de salin bleu au Ministère de la guerre, je l'affirme de visu. Mais cela faisait bien dans le peuple, surtout pour la popularité du

En revanche, un journal bien informé annonçait que le Mont-Valérien n'était pas à nous, comme on avait eu tort de le dire, mais qu'il s'était engagé à ne pas tirer sur les barricades. Or, il ne faisait que cela depuis 36 heures.

Il y eut des atrocités commises parles Versaillais. Duval, fusillé par ordre de Vinoy, mourut en héros. Le commandant Henry, frère du chef d'état-major de Bergeret, fut tué sous le Mont-Valérien.

Le général d'Aurelles de Paladine en bourgeois, une badine à la main, cinglait le bras d'un malheureux fédéré percé d'une balle et, comme la douleur lui arrachait un cri, un de ces ignobles argousins légués par l'Empire lui envoya une.bourrade en criant : « Veux-tu te laire, animal ; c'est encore trop d'honneur pour loi d'être touché par M. le général de Paladines. »

Les prostituées du grand homme se montrèrent plus féroces encore; l'une d'elles introduisait avec joie le bout de son ombrelle dans la plaie béante d'un garde national pour l'élargir.

Enfants du peuple, souvenei-vous 1 N'oubliez jamais, non pour imiter ces bêtes féroces, mais pour les mettre dans l'impuissance de nuire.

Un semblable échec criait au peuple : Méfie-toi des empiriques ; sois prudent. Et si le peuple manquait de

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l'intelligence nécessaire pour comprendre la morale à tirer de semblable leçon; c'était à ses organes de le lui faire comprendre ; eh bien, voilà ce qu'écrivait le Cri du Peuple, le 7 avril :

tf Jamais on n'avait vu de chefs pareils : chefs inconnus, sortis des entrailles du peuple. Qu'importait la prise de cette redoute, la conquête de ce champ, l'occupation de ce coteau ?

« Il s'agissait de montrer que le peuple savait sans « plan, sans discipline, faire face aux stratégistes et aux « hommes d'Etat »

Et cela juste au moment où la démonstration contraire venait d'être faite de la façon la plus éclatante comme la plus humiliante. Jamais le peuple ne s'était révélé si incapable, ou plutôt pour la première fois le peuple de Paris, inférieur à itii-mfime, épuisé par vingt années d'empire et par les privations du premier siège, n'avait rien su tirer des entrailles de la Révolution. II était impuissant à la féconder, et elle produisait des Bergereta : un fœtus au lieu d'un général ; tout était là.

Il est vrai de dire que, du côté de Versailles, les généraux de profession, véritables généraux de carton, ne surent pas profiter de leurs victoires. S'ils avaient voulu charger sur Issy, ils massacraient 30.000 hommes agglomérés comme un troupeau de moutons, sans chefs, démoralisés et hors d'état d'opposer la moindre résistance. Mais leur instruction et leur courage ne dépassant pas la tradition des bureaux arabes personnifiée dans Doineau ; faire de l'énergie à froid en assassinant sans danger ; ils apphquèrent celte tradition aux Gar-

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HÉMOIRES DU GÉNÉRAI, CtUSKRET 159

des Nationaux comme ils l'avaient appliquée aux Arabes ; au lieu de charger sur l'incûiinu, ils massacrèrent les prisonniers et firent tirer sur les ambulances, sous prétexte que la Commune n'avait pas reconnu la Convenlion de Genève. Elle faisait mieux que la reconnaître, elle l'appliquait.

Il est juste de constater que si le peuple se montra incapable, il justifia une fois de plus sa vieille réputation de bravoure et de générosité en prenant des canons et soignant fraternellement les prisonniers et les blessés ennemis.

Qu'on en cite un seul maltraité par la Commune.

Et pourtant que de provocations à de cruelles représailles !

A Courbevoie, M. Baratte donne asile à deux gardes nationaux blessés. Cinq sergents de ville, pour ce fait, assassinent M. Baratte, sa femme, ses deux filles et les deux gardes nationaux, probablement pour ne pas laisser de témoins d'un attentat plus lâche encore.

J"ai vu à Asnières des gendarmes tuer dans sa boutique, sans provocation aucune, un charbonnier et casser le bras de son fils qui se jetait entre les assassins et son père pour le protéger.

Et pourtant, ce charbonnier n'était nullement communier ; mais il était travailleur, crime suffisant pour mériter la mort.

Quand je pense à ce qu'il a fallu de provocations et d'outrages sans nom pour amener le peuple à laisser consommer le meurtre des otages, je me demande comment on a pu si lestement lui faire endosser la responsabilité de cet acte isolé, à lui qui a donné des preuves

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fli éclatantes de son inépuisable bonté. Non, mille fois non, les auteurs vrais sont des agents versaiHais déguisés en peuple. /ife/eci( cui prodest. Qai bénéficiait en cette afTaire? Le peuple? Non, Versailles, ses ennemis.

M. de Montant, agent officiel de M. Thiers, s'est vanté d'avoir été l'instigateur de cette affaire et, pour corroborer son dire, j'ajoute que, personnellement, j'ai eu en mains les preuves écrites que, des la fin d avril, Thiers avait envoyé à Pans un personnel nombreux d'agents et de repris de justice poar fdire le coup. Ces pièces, je les ai remises à la Sûreté générale et c'est sur ce fait spécial que je m'appuyai pour demander l'élargissement de l'arcbevêque, comme aussi pour composer la garde de Mazas exclusivement de gardes nationaux pères de familles et sobres.

A la suite du désastre du 3 avril, le pont de Neuilly abandonné par Bergeret, tomba au pouvoir des VersaiHais. Le colonel Boorgoin y perdît la vie.

On m'a reproché la perte du pont de Neuilly fort injustement. Ce fut même un des chefs d'accusation de la Commission executive contre moi. Mais le pont était perdu avant que je n'eusse pris effectivement la direction des opérations. Ce fut Bergeret qui le perdit, ainsi que l'établit sa leltre à la Commission executive, datée du 5 et insérée le 6 à l'Officiel.

Le plateau de Châtillon était au pouvoir des Veraaillais dès le 4. Il avait été pris par le subterfuge prussien dont j'ai déjà parlé. Un bataillon d'infanterie s'avancja, pendant la lutte, la crosse en l'air. Les gardes nationaux, confiants, se laissèrent approcher et à cent

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MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLU9ERET J6I

pas, reçurent le feu des Versailiais. On prétend, pour l'hoPtieur des troupes de ligne que c'étaient des sergents de ville habillés en troupiers. Pour moi qui connais les Iroupea françaises, le fait ne mérite pas même d'être éclairci ; les soldats de 7 ans ne valent pas mieux que les sergents de ville, recrutés dans leurs rangs. 1500 prisonniers furent faits. Le général Pelle, qui commandait pour Versailles promit la vie sauve. Comme l'escorte ramenait ses prisonniers à Versailles, elle rencontra Vinoy, avec son état-major, qui arrivait selon sa coutume, après la bataille. N'ayant pu être brave, il était naturel qu'il fût féroce ; c'est ainsi qu'au mépris des engagements pris par le général Pellé, il fit fusilier sous ses yeux Duval, son chef d'état-major et un autre commandant.

Pour ce fait brillant, auquel le gouvernement voulut s'associer, M. Thiers rendit le décret suivant, cinq jours après :

Les ministres de la justice et de la guerre entendus ; considérant les anciens services de M. le général de division Vinoy et les services récents pendant et depuis le siège de Paris.

Le général de division Vinoy est nommé grand chancelier de la Légion d'honneur.

A. Thiers.

Le mimsb-e de ia justice. Le ministre de la guerre,

DUFADRE. IjEFLO.

Qu'avait à faire la justice en pareille matière î

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