LES GÉNÉRAUX FÉDÉRÉS
La position de Neuilly el le Bois de Boulogne, — Arrivée de Dombrowfki. — Incapacité de Uergeret. — Le relÈvemeut des troupes an ligne. — Néceesité de l' organisation. — Okolowitz à l'iiile droite. — Le colonel Laporle à la Muette. — Eudes sa centre. — La Céciiia, chef d'état- major. — Wrobleiky à l'aile gauche. — La Garde Nationale en rase campagne.
La position de Chatillon et celle du Mont-Valérien constituaient les deux clefs de la première enceinte de Paris. Le pont de Neuilly n'avait pas grande importance, car avec les forces et les ressources dont disposait Versailles, Paria n'ayant ni artillerie de campagne, ni troupes organisées à lui opposer, il m'était difficile pour ne pas dire impossible d'empêcher un passage de la Seine de vive force entre SuresnesetPuteaux, ce qui du reste n'était pas nécessaire, puisque les ponts de Sèvres et de Sain t-Cloud étaient à l'ennemi; et que, par ces deux ponts, il pouvait quand il voulait déboucher. Mais autre chose était de laisser passer la rivière ou laisser occuper le bois de Boulogne, Dans ce bois nous étions
>dbyGOOgIC
sur notre terrain et là les gardes nationaux soutenus par des mitrailleuses, avaient l'avantage sur les mauvaises troupes de Versailles qui cessaient d'être sous la protection de leur artillerie à longue portée. Aussi, exerçai-je une surveillance toute particulière sur ce mouvement. Malheureusement mon successeur n'y comprit rien et laissa occuper ie bois sans seulement avoir l'air de s'en apercevoir. li iît plus: il fitarrèter le colonel Laporte que j'avais chargé de surveiller cet important mouvement. La Gommoue, si chatouilleuse à mon endroit, ne vit rien ou ne voulut rien voir. Je le demande Hu peuple: est-ce que cela n'a pas une forte ressemblance avec la trahison et l'ineptie?
Le commandement de la place restait aux mains de Bergeret. Eudes commandait à Issy. En réalité, le premier ne faisait que parader, manger et envoyer des bulletins à la Commune où, comme Ghangarnier, il disait; " Mandataires dii peuple, délibérez en paix ; je veiile et pare à tout. » Gomme il ne parait à rien du tout et entassait folies sur inepties; que, grâce à lui, la moitié de Neoilly était compromise, je le destituai et le remplaçai par Dombrowaki.
Dombrowski m'offrit, pour la première fois, ses services, le 2 avril, à l'Hôtel de Ville, avant que je n'acceptasse le Ministère de la Guerre, Je le reçus très froidement et j'eus tort. Mes motifs étaient : 1° la connaissance pratique que j'ai acquise des Polonais, dans les diverses insurrections auxquelles j'ai assisté ; je lésai vus ambitieux sans limites, peu scrupuleux, et se dévorant les uns les au très, accaparant des grades dont ils ne savaient que faire ; tel le vieux Milbitz sous lequel j'ai
>dbyG00glC
164 MÉMOIRES DO GÉNÉBAL CLUSEBET
servi en Italie ; 2' la répulsion ioatiiiclive que me fait éprouver tout solliciteur. C'est ainsi que j'opposai un refus formel aux sollicilations pressantes des membres les plus influents de la Commune en faveur de M. Lissagaray. Ils demandaient pour lui un commandement. Un commandement, pourquoi? Pourquoi lui, plutôt que le dernier des gardes nationaux?En quoi était-il plus qualifié pour commander que n'impoile qui, n'ayant jamais servi? Je trouvai ces sollicitations absolument impertinentes, coupables et outrageantes pour moi. Coupables, car, du moment qu'elles ne s'appuyaient pas sur une supériorité technique prouvée, cela revenait à dire: « Pour faire plaisir à ce Monsieur; pour satisfaire « son outrecuidante présomption, nous allons compro- « mettre l'existence des milliers de gardes nationaux « que nous vous prions de lui confier, »
Dans l'espèce, j'avais un autre grief contre M. Lissagaray : investi par M. Gambetta de hautes fonctions dans l'organisation désarmées de l'Ouest, je me rappelais et sa nullité et la fameuse dépêche où il réclamait le traitement impérial de ses fonctions — 40 ou 50.000 francs, — et cela au moment où la France en était réduite k l'emprunt Morgan. Je ne voyais pas en lui l'étoffe d'un républicain, encore moins celle d'un communier.
En revanche, il avait les instincts du policier. Le S septembre, au café de Madrid, il m'aborda sans me connaître et me dit: « Je sais où se cachent des bonapartistes importants, .allons les arrêter. » Je me contentai de lui répondre : « Je n'appartiens pas à la police et lui tournai les talons. » C'est la seule fois que je me
>dbyG00glC
Bois rencontré avec ce Monsieur et si l'on m'avait consulté pour utiliser ses aptitudes, j'aurais dit ; donoez-le à Uigault, mais moi, je ne sais qu'en faire.
Quelques jours après Uion installation, Pyat, Delescluze et d'autres membres de la Commune vinrent ra'entretenir de Dombrowski. J'avais chargé Roasel de prendre des informations. 11 me rapporta un tas d'ordures. Faussaire, traître, que sais-je? 11 y avaitbien peu de vices qu'il n'eût. Cela me mit de son côté. Je pensai qu'un homme vilipendé avec un tel acharnement devait avoir quelque valeur. Je poursuivis l'enquête et j'appris qu'il avait été officier régulier, qu'il sortait d'une école militaire et qu'il avait déjà pratiqué, ce qui volait mieux, car la théorie sans pratique signifie peu. Quant au courage personnel, tous tes Polonais sont braves.
J'étais donc en mesure de répondre favorablement à la démarche des membres de la Commune et je leur appris que j'avais résolu de remplacer Bergeret par Dombrowski; qu'il aurait des tiraillements pour commencer mais que je l'appuierais vigoureusement et que, s'il se montrait à la hauteur de sa position par son énergie et sa fermeté, i! lui serait facile de s'en rendre maître. Au surplus, pour lui donner plus de force, je fis faire sa nomination par la Commission executive, quoique cette nomination fût essentiellement de mon ressort et non du sien.
Le 6 avril, la Commission executive fit paraître le décret suivant :
Considérant que les grades de généraux sont incompatibles avec l'organisation démocratique de la Garde Nationale et ne sauraient <t être que temporaires ».
dbyGoogle
166 MÉMOIRES Dtr GÉNÉflAL CLUSBRET
Art. l". — Le grade de général est supprimé.
Art. 2. — Le citoyen Jeroslas Donibrowaki, commandant de la 12» légion, est nommé au commandement de la Place de Paris, en remplacement du citoyen Bergeret appelé à d'autres fonctions'.
Paris, ie 6 avril 1871.
La Commission Executive,
Co[jrnet;DelesC[.uze; FÉLIX PYAT;TRmo.'(; Ed. Vaillant ; Vermorbl,
Le premier article m'avait été inspiré par la vue de ce qui s'était passe dans la guerre d'Amérique. En comparant ces poules mouillées de généraux de l'empire, quittant l'alcôve et l'antichambre pour aller rendre leur épée aux Allemands avec ces rustiques généraux américains, quittant leurs fermes pour venir combattre, puis retournant à leurs bœufs, la victoire gagnée, j'en étais arrivé à cette conclusion que le système américain valait mieux que le système français, qu'il était plus économique et plus efficace.
Ce ne fut pas une petite affaire que de débarrrasser la commune de Bergeret ; non que par lui-même Bergeret fût quelque chose, mais ii y avait tout un nid de viveurs à la Place Vendôme. Tous farceurs, enchantés de bien vivre, monter à cheval, parader et ne rien faire. Ces gens formaient l'état-major de Bergeret et, senlant qu'ils devaient tomber avec lui, non seulement le défendaient, mais menaçaient d'un soulèvement de Betle-
r Bergeret ne fut
' Il y a évidemment
erreur
dfl date.
arrêté que le 7 au aoir.
Le 7,
il éUil ej
plue.
dbyGoogle
ville, si on touchait à leur amphytrion. Celte menace et l'attitiide ridicule de Bergeret à la revue du 7 déterminèrent mon action. Je me plaignis à la Commission executive qui envoya chercher Bergeret et l'arrêta le soir même.
Deux jours après, je formulais l'accusation devant la Commuas qui maintint l'arrestation. Mes griefs furent les suivants :
1° Avoir, malgré mes ordres, marché aor Versailles, le 3 avril ;
2° Avoir compromis la défense, par la perte du pont de Neuilly, d'une partie de Neuilly et avoir couvert le tout par des bulletins mensongers ;
'à° Avoir donné le mauvais exemple par une ostentation anti-républicaine;
i" Avoir proféré ou laissé proférer des menaces contre la Commune dans le cas ou on l'arrêterait.
J'insistai sur ce dernier point, suffisant à lui seul pour déterminer l'arrestation de tout homme qui pourrait, un seul moment, non pas soulever, mais seulement permettre d'agiter en son nom l'opinion.
Inutile d'ajouter que personne ne fit atlenlion il l'arrestation de Bergeret, Mais, si on le laissa se diriger tranquillement sur Mazas, son état-major n'accepta pas aussi facilement son successeur. On monta contre celuici une cabale qui nécessita de la part de la Commission executive la proclamation suivante k la 6arde-Nalionalc :
dbyGoogle
A ta Garde Nationale.
Citoyens,
Nous apprenons que certaines inquiéludes persistont, dans la Garde Nationale, au sujet du citoyen Dombrowski, nommé commandant de place.
On lui reproche d'être étranger et inconnu de la population parisienne.
En effet le citoyen Dombrowski est Polonais.
Il a été élu chef principal de la dernière insurrection polonaise et a tenu tête à l'armée russe pendant plusioura mois, (erreur.)
Il a été général sous les ordres de Garibaldi, qui l'estime tout particulièrement, (erreur.)
Dès qu'il devint commandant de l'armée des Vosges, le premier soin de Garibaldi tut de demander le concours du citoyen Dombrowski. (erreur.)
Trochu refusa de le laisser partir de Paris et le fit même incarcérer.
Le citoyen Dombrowski a également fait la guerre du Caucase, où il défendait, comme ici, l'indépendance d'une nation menacée par un ennemi implacable. » (erreur: il servait dans l'armée russe.)
Le citoyen Dombrowski est donc i n contestable in ent un homme de guerre et un soldat dévoué de la République Universelle.
la Commission Executive de la Commune.
Cette proclamation de la Commission executive est un tissu d'erreurs.
Dombrowski ne fut pas mis à la tête de l'insurrection polonaise.
Il ne fut pas général sous Garibnldi, ni ne prit part à la guerre. Il faisait partie des cadres de l'armée de Miroflowski qui aurait pris part à la guerre si la pais ne
l'avait terminée. Peut-être fut-il un des capitaines polonais que Milbilz, vers la fin de la campagne, avait auprès de lui, mais sans troupes. Cependant, je les connaissais tous et ne me rappelle nullement Dombrowski. Lui-même ne m'a jamais parlé de cette campagne comme y ayant pris part, ce qu'il n'eût pas manqué de faire sachant que j'y avais pris une part active.
Quant à la guerre du Caucase, c'est dans les rangs de l'armée russe, et non ailleurs, qu'il y prit part. Sauf ces erreurs le reste était vrai. Dombro^ki était Polonais.
Dombrowskîau physique était petit, maigre et blond. Ses traits, qui dénotaient la ruse et l'énergie étaient loin d'être beaux. Quant à la seconde de ces aptitudes il l'avait poussée aux dernières limites. Dans ma longue pratique d'hommes dont le métier était d'être énergique j'en ai peu rencontré d'aussi braves que lui.
Dombrowski, comme je l'ai dit, avait été nommé par moi au commandement de la place de Paris, mais cette situation convenant peu à ses aptitudes, il s'en affranchit vite, pour se consacrer tout entier à la défense de Neuilly et là il accomplit des merveilles. Avec 1333 hommes, maximum de l'effectifque je lui confiai, ayant reconnu que plus il avait d'hommes, moins il savait s'en servir, il tint en échec tout le 1" corps d'armée du général Ladmirault qui, de l'aveu même de Mac-Mahon, constaté dans son rapport officiel, renouvelait tous les quatre jours la division envoyée pour combattre à Neuilly. Or, une division, c'est au minimum 10.000 hommes. Pauvre armée française et pauvres généraux ! Si nous avions eu cette machine dans nos mains, comme
>dbyG00glC
nous eussions balayé les Prussiens, mais après avoir balayé les géne'rauK français !
Au bout de quelques jours, tranquille sur Neuilly, je n'y fis plus attention. Je savais qu'il ne serait jamais pria. Dombrowslii lui mCme, dans les derniers temps, s'en rapportait à ses lieutenants, entr'autres au brave colonel Fary le meilleur de ses Élèves, avec Mathieu. Je me contentai de commander, chaque fois çu'on le pouvait, 3,000 hommes, effectif nécessaire pour avoir i ,300 combattants. Malheureusement, ce n'élait pas tous les quatre jours comme les Versaillais que je pouvais renouveler cette poignée de braves gens. Us restaient 10, 12 et 15 jours aux avant-posles. A Issy ils demeurèrent 15 jours.
On me demandera pourquoi je ne pouvais relever plus souvent. La raison en est bien simple. 11 fallait, avant tout, créer une force organisée capable d'un service régulier, parce que la journée du 3 avril avait, comme je l'ai dît, désorganisé complètement la Garde Nationale. Je sais que les touche-à-tout de la presse, morveux qui, sortant dos bras de leur nourrice, acquièrent par le fait seul de tremper une plume dans l'encre la science universelle, et déraisonnent sur tout, ont prétendu qu'il existait une organisation de la Garde Nationale, mais cela n'était pas. Pas plus, que ce qu'insérait le Cri du Peuple du 1^' avril sous la signature Verlet.
« L'armée tout entière est acquise à notre cause ; elle « huit et méprise les capitulards. »
« Noua avons vu des compagnies entières dirigées sur « VerBaiilea marcher la crosse en l'air. Nous les avons
>dbyG00glC
MlSaOlHES DU GÉSÈFIAL CLUSBRET 171
« entendus crier: k Noub ne tirerons pas sur les Parisiens. » Et il terminait en disant :
H La province entière est avec la Commune. » Tout cela était faux, archi-faux et les évÉnements ne tardèrent pas à le prouver.
Ce syatÈme de tromper le peuple pour le servir, emprunté à nos ennemis, est détestable à tous les points de vue, sans parler de la morale, principe classé maintenant <i vieux jeu » ; au point de vue pratique, il décourage doublement lorsque la vérité se fait j our. Et toujours eile apparaît.
Incapable d'apprécier par lui-même les bienfaits d'une organisation méthodique et rationnelle sans laquelle les forces s'éparpillent en pure perte, le peuple gobe les pompeux clichés révolutionnaires et ne s'aperçoit pas que ce qui était vrai il y a 50 ans, avec les armes à âme lisse, ne l'est p!us avec les armes se chargeant parl.i culasse.
Il ne voit pas que les braillards réclamant la levée en masse et ceux qui la mettent à exécution, comme Gambetta, mettent le prolétaire exactement dans la même position que les Jacques armés de bâton vis-à-vis de leurs seigneurs armés de pied en cap ; môme chose en Irlande, en 1867, où les fénians, armés de leur shillelah attaquaient aussi bêtement qu'héroïquement les postes en pierre à créneaux ferrés, d'où les constables armées de rifles les abattaient commes des pigeons sans courir aucun risque.
L'organisation est la cuirasse du peuple. C'est cette cuirasse dont j'essayais de le couvrir pour rendre la partie égale entre lui et ses tourmenleurs.
172 MÉMOIfîES DU GË^ËBAL CIUSERET
En politiijue, le Comité Central l'en avait pourvu et il devait être à même d'en apprécier les bons offlcea. Mais celle organisation, au point de vue militaire, était totalement nulle. Bonne pour un coup de main, elle ne pouvait se préler à une action de longue haleine. J'étais donc obligé de réorganiser avant tout/ or, chaque fois que je prenais 3,000 hommes dans un arrondissement pour les envoyer qnelqae part' i^ l'instant même les réclamations surgissaient de tous côtés, et l'organisation interrompue me faisait entrevoir une perte de temps, plus préjudiciable à la défense que les plaintes fondées des pauvres diables, un peu sacrifiés, je le reconnais, mais après tout, sacrifiés pour la défense commune.
L'extrême droite de la défense confiée d'abord au frère de Dombrowski lui fut retirée pour être remise à Okolowitz qu'on a représenté à tort comme un Polonais. Okolowitz n'était pas plus Polonais que La Cecilîa n'étaii Italien. Tous les deuï étaient Français. Je donne cette explication uniquement comme renseignement et non comme apologie. Ils eussent été chinois ou marocains que cela m'eût été absolument indifférent. Les principes n'ont pas de patrie. Qui les adopte est digne de les servir. Et qui les sert loyalement est digne du respect de l'humanité, la grande patrie commune.
De celle-là nous sommes les chauvins ; chauvins liers, ombrageux, jaloux, toujours prêts au sacrifice, toujours prêts â la lutte pour l'établir grande et forte sur la base inébranlable des principes éternels de justice et de liberté.
D'Okolowitz, quo je connais fort peu, je ne dirai que ceci: d'une bravoure à toute épreuve il sut parfaite-
>dbyG00glC
MÉMOIRES DU GÉHÉRAL CLUSEBET 173
ment maintenir la position qui lui fut confiée et garder l'espace compriB entre Saint-Ouen et la droite de Dombrowski.
A la gauche de Dombrowski, i^e trouvait la porte Maillot qui combattait pour son compte. Là il n'y avait qu'une batterie d'artillerie, dite la Marseillaise, dont le capitaine s'appelait, je crois, Monteil — ne pas confondre avec le chef de légion — batterie héroïque, plus noire, plus bronzée que ses canons, recrutée je ne sais oii et offrant un salmigondis d'enfants, de vieillards, de marins, de civih, le tout mû par un triple lien: l'amour de la liberté, celui de leurs pièces avec lesquelles ils couchaient et le mépris de la mort. Pointeurs escellents.
J'avais plaisir à aller les voir et si j'avais eu des loisirs, je les aurais volontiers dépensés avec eux. J'ai toujours eu un faible pour tirailler. Cela tient probablement à l'arme dans laquelle j'ai servi. A Cross-Keys, je pointai le premier obusier qui coupa le mouvement de Jackson sur le centre, et quand je visite une batterie j'ai de grandes chances d'y pester une heure quand je n'ai que 10 minutes.à dépenser,
A la gauche de la Porte Maillot était le commandement de ia Muette qui allait jusqu'au Point-du-Jour, Ce commandement était exercé par un vieux colonel de la Garde Nationale du nom de Laporte. Ce vieux brave était très actif. C'était lui qui surveillait le mouvement de l'ennemi sur le bois de Boulogne. La nuit il se déguisait en buisson et, ainsi transformé en feuillage, explorait les rives de la Seine. II me tenait au courant et jamais ses rapports importants ne sortaient de mes 10'
>dbyG00glC
174 MÉMoraes du oéhéral chiskbet
mains. Jamais ils ne furent démentis et Laporte surveillant rennemi était lui-même surveillé. Plus tard, tonte la défense de droite du Point-duJour à Saint- Ouen, forma un seul commandement dont le titulaire fut Dombrowski. Jefus entraîné à prendre cette mesure par l'opinion publique qui, d'hostile était devenue enthousiaste pour ce général. Elle confondait comme toujours les qualités brillantes du général capable de commander une brigade, tout au plus une division, avec celles nécessaires à un général en chef. Dombrowski, comme général, embrassant un vaste commandement, était au-dessous de la médiocrité. Sa spécialité était de voir et de bien voir un point déterminé. Là, il était très brillant et très sûr. Du reste, son âge et son peu de services militaires ne lui permettaient pas d'avoir l'expérience nécessaire aux grands commandements. Il se fût vite formé, car la nature avait beaucoup fait pour loi.
Au centre, Eudes commandait.
Là était mon épine dans le pied.
Dès les premiers jours je lui donnai La Cecîlia comme chef d'état-major. Mais La Cecîlia, conciliant, méthodique, ne voulait rien briser et se consumait en efforts impuissants pour mettre de l'ordre dans l'infernal chaos que lui avait légué son général après la déroute du 3 avril. Plus tard, hélas! trop tard, La Cecilia prit le commandement du Centre. Jamais preuve fut plus convaincante de la nécessité d'avoir des hommes du métier ne s'offrit à l'observation. Les forts d'issy et de Vanvcs appuyés sur les villages du même nom, adossés eux-mêmes aux remparts et protégés par des tran-
>dbyG00glC
chées faites sous le premier siège, eonsUtuaient une position inattaquable. Les forts pouvaient être démantelés, les villages brûlés, mais pris, jamais. El cela devait demander plusieurs mois. Je prodiguai les hommes à cette partie de la défense, Eudos et son successeur, aprÈs lui Wctze) ne purent jamais les forcer à servir. — Les cabarets dUssy regorgeaient d'hommes hébétés par l'ivresse ; Ferrât était le type de cette espèce.
La défense du Centre nécessitait 3.800 hommes; mais, pour les avoir, j'étais obligé d'en commander plus de 10.000.
Si j'avais eu là un général à poigne, connaissant bien son métier et puisant dans cette connaissance l'autorité nécessaire à se faire obéir, ces 3.500 hommes eussent largement suffi et je pouvais, en prenant dans chaque arrondissement .une fraction de l'effectif, les renouveler tous les i jours, sans arrêter l'organisation ; mais 40.000 hommes pour garnir les cabarets d'Issy ! Impossible,
D'où nécessité, comme je viens de le dire, de ne relever que de loin en loin.
La 10° légion y resta 15 jours, ce qui fait que son organisation ne fut jamais complétée.
A gauche était Wroblowski, le meilleur des généraux de la Commune après Dombrowski et La Cecilia. De celui-là je n'eus pas à m'occuper. Il connaissait suffisamment son métier et quoique ayant moins de ressources encore que les autres, il parait à tout sans jamais m'importuner, comme ses collègues, de jérémiades inutiles, marque certaine de faiblesse dans le commandement. Un chef qui demande deux fois de suite des renforts est
pour moi jugé. Une seule fois Wroblowski me demanda de la cavaierie et il avait raison ; c'était le seul qui en eût besoin, mais je n'en avais pas et ne pus lui en envoyer.
Telle était la disposition des forces de la Commune quand les attaques de l'ennemi s'accentuèrent contre le centre. Nous allonsvoir ce qu'elles produisirent. Mais que le lecteur sache, une fois pour toutes, que dans les plus grands moments de crise, je n'employai jamais plus de 6,000 à 6,500 hommes pour la défense totale de Paris, de Saint-Denis à Gharenton. Mes réserves, plus nombreuses, ne furent jamais employées. Si elles marchèrent, la nuit de la grande attaque, contre Vanves et Issy, ce fut par simple mesure de précaution. Elles ne prirent pas part à l'action. Les militaires — j'entends ceux qui ont étudié — comprendront .mon système. Je commandais à des gardes nationaux, bons derrière une barricade, supportables pour enlever une position, déplorables en rase campagne, non pas par leur faute, mais par celle de leurs officiers. J'avais donc réduit ma défense à des têtes de colonne, paralysant ainsi la supériorité numérique de mon adversaire. Si je n'avais pas été arrêté, ou si j'avais eu des successeurs capables de me comprendre et de me continuer, j'aurais réduit de moitié le nombre des défenseurs de Paris en substituant les machines aux hommes, ce que j'étais en train de faire. Dans ce cas, 4,000 à 4,500 hommes pouvaient suffire à la défense totale. Je reviendrai sur ce sujet.