BOMBARDEMENT DE PARIS
Récit d'un journal versaillais. ~ Massacre d'ionucents. — Le» officiers d'Afrii^ue. — Souvenirs de Crimée. — Mac-Mahou contre Dorabrowslii. — Tableau de Paris- — Les zouaves poDtificaui, — Prise du château de Bétton. — Aux avant-pos-
Versailles, croyant effrayer Paris, continuait à le bomtiarder, faisant force victinaes et surtout causant de grands dégâts. Voici deux passages du Siècle du 10 et da 11 avril, qui donnent une idée des effets produits :
<[ Un des premiers obus Jaacés le matin a l'clate sur i< les fortilicatlons mêmes, où il tua cinq gardes nationaux i< dont un capitaine. C'est la plus horrible de toutes les « guerres la guerre civile ; mais ce qui exaspère la popuialion, c'est la quantité de projectiles qui tombent âani la i< ville, bien au-delà des remparts. »
t Deus de ces boulets ont touché l'Arc-de- Triomphe, « plusieurs autres ont éolaié sur l'avenue de la Grande- « Armée ; un autre encore tombe à l'unsçlc dt, la\enue 1, d'iéna, où une mare de sang témoigne des ravages qu'iî
<' y a causés. Plusieurs sont tombés dans l'espace compris « entre l'avenue d'EyJau et les Ternes ; un autre est arrivé n dans !a cour de l'ambassade ottomane dont toutes les
vitres sont brisées, et tandis que noua êurivons ces H lignes, quatre formidables détonations qui se font « entendre h courts intervalles rappellent que nous ne i< sommes pas positivement à t'abri.
K En somme, le quartier de ^Etoile est particvlièremenl
1 cribli'. Une houlangéreaété tuée ce matin dans sa boutique ; u une foule de cheminées voient en éclats ; plusieurs " maisons portent aux angles de larges échancrures et sur . l'avenue do la Grande-Arraée le bitume est broyé en « mille endroits par la gréie de fer qui tombe à chaque « instant ; partout on entend le cri de Gare la bombe I
(I V,a traversant l'aveaue Uhrioh par le quartier Beaujon, « (iri bruit formidable comme celui de la foudre qui tombe « se fait entendre derrière no'is et au même instant nous « entendons siffler à nos oreilles un éclat qui va tomber à H quelques mètres plus loin.
K Cinq minutes après un autre projectile décapite un n candélabre, tombe prés de l'Arc-de-Triomphe et l'un de Il ses éclats troue la poitrine d'un passant qui tombe fou-
"Non seulement Neuilly a souffert du bomhardemcnt,mais " il y a plusieurs victimes parmi les habitants ; des femmes Cl et des enfants ont été atteints dans différents quartiers ; « qiYolquos-una ont été tués sur place.
" Les doUi's à mitraille continuent d'éclater en l'air. La <t projeetion des balles s'étend dans un raf/on considérable...
Il 11 est midi. Un obus, partant du Mont-Valérien passe ■ au travers d'un lampadaire et, décrivant sa courbe, a atteint la porte du boulanger pâtissier formant, au « numéro 4'i, l'angle de la rue des Aocacias et de l'avenue <i de la Grande-Armée, II pénètre dans l'arrière-boutique <i où le boulanger, M. Champion, déjeunait aveo sa « famille.
((^Immédiatement après l'explosion, les voisins se pré-
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« cipitent vera la maison et s'arrêtent sur le seuil, aveuglés n parla poussière et la fumée.
« Ils s'avancent à travers des débris de toute sorte vers «l'arri ère-boutique. Un affreus spectacle s'olîre àleurayeux : « M.Champion se débattait dam les ctmvulsiom de Pagonie;sa « femme avait la jambe gauche emportée. Deux autres pcr- V sonnes, nous assure-l-on, étaient gravement atteintes
•< Une femme du peuple apporte à dîner à son mari, qui
I est de service. L'un et l'autre s'établissent au coin de y l'avenue Joséphine. Au moment où ils mangeaient la i< soupe, ua obus tue le mari, emporte une joue à la femme (c et blesse quatre autres spectateurs
.< A quatre heures et demie, deux mitrailleuses blindées .. tournent par l'avenue de la Grande Aririce ; mais du (I pont de Courbevoie, ofi l'on observe au moyen d'une 1. longue-vue tout ce qui se passe dans l'avenue, on les a
II aperçues. Des éclairs sillonnent l'air et, quelques secon-
■ des après, deux obuséclatent au pied de l'Arc- de- Trio m-
■ pbe.
• Les mitrailleuses étaient passées ; mais un curieux,qai • se trouvait sur la route, a Été atteint par un éclat qui l'a a. transpercé de part en part; on l'a transporté àson domicile, ic rue Notre-Dame de Nazareth.
(Siècle, iO avril.j
,< La zone comprise autre l'avenue des Ternes, l'avenue « d'Eylavi et la section haute du quartier des Champa-Ely- M sées continue à fitre le point de mire des artilleurs ver- « saillais ; aussi, sur tout cet espace, on ne rencontre que u maisons entamées, décombres sur les rues et trottoirs 11 portant des traces d'explosion.
11 Au n" 5 de la rue Rude, une bombe perce le mur de Cl clôture, pénètre dans la maison à travers les clôtures sé- 11 paratives et éclate dans un appartement dont le proprié- B taire est à la campagne; impossible donc de constater a les dégâts.
u Avenue Uhrich, dans l'hôtel qu'habitait,ia princesse de
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" Beaufremont, un projectile entre par lea toits, perfore les • plafonds et fait dos ravages énormes...
a Dans ua hôtel voisin un obus crève un mur de flanc, " parcourt une partie des pièces et éclate près de l'éourie « où étaient trois chevaux, rendus fous, mais qui n'ont pas .( été touchés. On estime à 30,000 francs les dégâts occaic siennes là en quelques secondes ; les tentures sont litté- « raie ment hachées elles meubles en raieltes....
" Dans la rue Vernet, une seule maison a reçu huit pro- !< jectiles à courlsintervalles et l'angle de l'avenue de l'Aima " a été forteonent ébréché.
H Sur le rond-point de l'Etoile, la plupart des hûtela de Il gauche ont été également touchés ; celui qu'hahitele t" " secrétaire de la Légation Américaine a sa grille de clû- II lure tordue et la balustrade de son perron brisée en plu- " sieurs endroits. L'hôtel voisin qu'habite un prince dont « nous ignorons la nationalité porte aussi des traces pro- « fondes et l'ambassade ottomane a reçu de nouvelles at- " teintes. L'attaché militaire de Turquie, qui y réside cd " l'ahsence du chef delà Légation, est allé fiVersailles pro- <( tester contre le bombardement.
(Siècle, U avril).
< La rue Rude est littéralement jonchée de débris ; les (. toits des maisons sont effondrés, les toits des cheminées c( abattus. C'est la rue qui, jusqu'à présent a le plus souf- <■ ferl du bombardement.
« Dans l'avenue des Ternes un marchand a reçu une ™ balle dans la cuisse.
<i Noua rencontrons le docteur Duval, En deus jours il a n reçu à son ambulance, avenue du Roule 32, 75 blessés et 1 17 morts. «
[Idem,) 13 avril,
B Une scène des plus aiTreuBCs s'est passée dans la terrible nuit d'avant-hier aux Ternes.
« Dans une petite rue, prèsdit château, au sixième étage
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MÉMOIBKS DU GÉNÉRAL CIUSEIIET 195
« d'unemaison, setrouvait une mère de famille et trois petits enfants, La mèro et les enfants veillaient un pauvre et ■ cher malade, le père qui depuis quelques semaines était <i atteint d'une maladie grave.
« A ce moment, la canonnade éclatait dans toute sa fuc( reur. Les coups terribles qui retentissaient trois ou qua- 1. tre fois par minute causaient le plus grand eifroi k cette li malheureuse famille.
" Les enfanta, glacés d'épouvante, s'étaient réfugiésdans u les bras de leur mère. Soudain, un bruit sinistre se fait 11 entendre; un obus crève la toiture de la maison, effondre « le plafond et vient éclater au milieu de la chambre. La « mère tombe comme foudroyée et deux des enfants sont Util iéralement êcharpés. »
Et c'est au début de la lutte que ces fusillades sommaires de prisonniers, cet achèvement sauvage de blessés, cet emploi de projectiles prohibés par les con- ■ventions internation aie s, le bombardement infâme de quartiers de Paria en dehors des lignes d'opération se produisaient au mépris de toutes les lois ordinaires de de la guerre.
Tous ces fails honteux à la charge des "Versaîllais, constatés par des témoins aussi irrécusables qu'ils sont nombreux, n'ont pas même l'excuse des horreurs et de la sombre colère des derniers jours de la lutte, horreurs et colère qui seraient au moins en partie une explication de l'inutile exécution des otages.
La larme accordée par le Siècle aux 30,000 fr. de dégâts occasionnés en une seconde est tout à fait nature. C'est le bourgeois pris sur le fait et peint par luimême. Les ventres troués, les tête^ cassées, c'est triste. Mais le dégât dans la propriété ! là est le point sensible où gîl le cœur du bourgeois. Le pétrole l'a bien plus
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196 UÉHOISBS DIT GÉNÉRAL CLUSERST
touché que le massacre des otages. Quelle Innovation dans la politique plébéienne? Et si le vent s'en mêlait 1 où irions-nous '?
Voyez-vous les éléments déchaînés combattant pour le peuple 1
« Vers Neuilly les insurgés canonnent, dea remparts de « Maillot, notre tête dupont deNeuiJly, et le générai Wo III, « un de nos plus vigoureux officiers, a fait une sortie con- ■ tre la maison de droite et de gauche et il a fait subir aux (I insurgés des pertes considérables. »
Les pertes considérables sont expliquées par un officier versaillais qui a écrit l'histoire de la guerre contre la Commune et dit que le général Wolff massacra tout ce qu'il trouva dans les dites maisons.
Cette action est un dea exemples les plus complets de l'école africaine. C'est une réminiscence du système Pélîssier inauguré aux grottes du Dahara.
A cette époque la France entière, j'entends la France officielle et bourgeoise, celle qui règne aujourd'hui, jeta un immense cri de réprobation contre cet acte de froide férocité ; il eut pour écho l'assentiment de l'humanité toute entière,
En effet, il s'agissait de quelques centaines de malheureux arabes acculés dans une caverne dont on boucha l'entrée et dans laquelle on les enfuma. Ici, il s'agit de quelques centaines de pères de famille français, mais travailleurs, coupables d'avoir combattu pour conquérir leur indépendance et celle do leurs enfants, ces marnes hommes, à trente années de distance, li-
"ajouter le phosphore et le sulfure de brûlant aussi bien dau3 l'eau qu'à l'air.
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MÉMOIBKS DU GÉNÉHAL CLUSEFET !97
vrent, par la vois de leur incarnation présidentielle le fait à tous les fonctionnaires de la République comme un acte glorieux et digne de leur admiration, disant ainsi au monde hfibété de tant de cynisme : désormais la moralité d'un acte ne réside pas dans l'acte lui-même, mais dans la qualité de lavictîme. Enfumer des Arabes, c'est crime ; égorger des Français, pères de famille, c'est action glorieuse, pourvu que lesdits Français soient travailleurs.
Heureusement pour l'humanité, le monde a protesté et levé les épaules de pitié ou détourné les yeux avec dégoût de ces pleutres, triste expression officielle de ce qui fut jadis la grande nation.
Ce 'Wolff, que je connais beaucoup, car il fut mon camarade de promotion, sort des bureaux arabes où il a fait son avancement. Dire qu'un officier a fait son avancement dans les bureaux arabes, c'est tout dire. Ils sont trois comme cela dans l'armée, tous trois mes camarades d'école : Wolff, Chanzy et Lacrelelle, Tous trois pauvres comme Job au début, sortant, ie premier et le dernier, de la Flèche où ils étaient boursiers ; aujourd'hui fort riches et achetant, comme le sous-licu' tenant de la Dame-Blanche, des châteaux sur leurs éco-
En 1831, lors de l'expédition contre les Beni-Raten, la colonne d'attaque fut formée des turcos du colonel Rose, qui commandait, et d'une compagnie de chasseurs à pied en tête de colonne. Cette compagnie fit toute la besogne et essuya toutes les perles ; le reste de la colonne ne perdit pas un homme. Ce qui s'explique par la disposition des lieux ; il s'agissait d'enlever des
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198 MÉMOIRES DU GÉNÉRÂT. CLUaBBET
villages dans lesquels on ne pouvait déboucher que par des eheinins creux donnant accès à deux hommes de front. La tête de colonne seule était exposée. Je commandais la compagnie de chasseurs et Wolff un des bataillons de turcos. Je fus proposé pour officier de la Légion d'honneur ' et WolfTnommé.Et cela seconçoit; j'avais fait la besogne, c'est vrai, mais j'étais républicain, Wolff n'avait rien eu à faire c'est non moins certain, mais il sortait des bureaux arabes; or, aux bureaux arabes, non-seulement on faisait ses affaires, mais encore et surtout eeUes des généraux. Demandez h Ghanzy et à Montauban, dit Palîkao, pour qui et pour quoi Doineau a fait assassiner l'agha des Beni-Snoiiss. J'ai été au bureau arabe de Tlcmcen sous les ordres de Chanzy, alors capitaine et de son successeur Doineau. Je me hâte d'ajouter : peu de temps ; je ne tiens pas à passer pour un de ces gens ; cependant, assez pour les avoir vus à l'œuvre et connaître le fourbi, comme dit le troupier. Où Doineau avait-il puisé les 30,000 fr. en or qu'on trouva sur lui? Là où les généraux puîsaieni, eux, par cent mille,
Wolff, Chanzy, Laeretelle avec Brincourt, qui ne sort pas des bureaux arabes, lui, sont les quatre plusjeunes généraux, de l'armée. Voilà la fine-fleur de l'avenir, — Français capables de loger deux idées dans votre cervelle et de les coordonner, tirez la conclusion et voyez ce que de tels commandants vous résen-cnt dans l'ave-
le n" I était Foucaut, aide de
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nir: services immondes, bassesse et réclame: courant le steeple-chase à la faveur, avec plat-ventre arrivant premier. Voilà ce que vous avez en à opposer anx Prussiens et ce que vous auriez encore à leur opposer en cas de revanche'.
Et l'on s'étonne de la défaite et plus que jamais nous sommes revenus au vieux cliché bourgeois « notre brave, notre vaillnrle armée )>,et j'entends Prud'homme s'écrier : « il insulte notre brave général Wolff à peine remis de sa blessure de Woertz. »
Je ne me paie pas de cette monnaie et sais ce que valent les blessures de généraux. Elles constatent la présence et le hasard, rien de plus. L'officier général choisit sa place et le plus souvent c'est en voulant se défiler qu'il est pincé. Tout autre est le cas du soldai ou de l'officier, ceux-là ne choisissent pas leur place et quand ils sont blessés c'est en accomplissant modestement et bravement leur devoir. Tr6s rares sont les occasions où un général de division expose volontairement sa personne. 11 ne m'en vient qu'un exemple à la mémoire, celui du brave génc'raî Brunet se mettant simplement, l'épée, à I4 main, à la tête du 4° chasseur à pied, têle de colonne, à l'assaut du Mamelon Vert. Je commandais alors la 4^ compagnie de ce bataillon et je vois encore ce brave homme qui ressemblait plus à un bonnetier de la rue Saint-Denis qu'à un mihtaire, nous électrisant par son exempte. Mais son compte ne fut paBlong à régler. Il reçut 7 balles et laissa deux
' Je ferai.voir un jour la valeur Traie de la légende militaire ds Cbanz; i l'armée de la Loire. Pure invention gsmbetti»le.
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200 MÉMOIRES 1)0 aÉNÉRAL CLUSBBET
orphelines. Celui-là ne sortait pas des bureaux arabes'.
Je réponds que a'il eût été k la place de Wolff ou Gallifet en 1871, il n'eût massacre personne et se fit bien battu quoique contre nous.
En ce qui me concerne, j'ai été blessé comme lieutenant, comme capitaine, comme commandant, comme colonel ; jamais comme jçétiéral.
La vérité sur l'atTairc de Ncuilly n'est pas dans la e de Thiers, mais dans la mienne.
.< Une attaque trôs vive a eu lieu hier soir sur toute la ligne, h deux reprises différentas. Partout elle a été re-
"Legénéral Dombrowski est à lOD métrés du pont de ooillj.
' Ce fut du reste une des plue chaudes affaires à laquelle j'ai assisté.
Le mamelon ^ect pris par nous avait élé repria parles Prusses, il s'agissait de le reprendre.
A S heures le 4"" bataillon reçut l'ordre de se masser en tête de la eoloDue d'assaiii de la manière soi van te : Eu tCte le commandant, tout derrière les offlcîers, derrière eui les choBscurs en bloc cotnaie la phalange macéclonienoe.Devant tout, le séaénéral de division Brunel et derrière lui son état-major, le tout à pied sabre nu clair.
C'était superbi!.
A 5 U. 20 minutes l'affaire était taite.nous iTious pris le mamelon ïert et sauti^ eu plus, mais le Jégat était grand. Sur 1335 hommes il en restait 390. Snr 22 otdciers il en restait 5 et encore moi, l'un de ces 5, j'avais une balle dans la jambe.
Ma compaguie.la i^'.dont l'effectif dépassait 200 hommes était réduite à 8 hommes et de tout le cadre il restait un caporal et moi.
Tous n'étaient pas morts, mais tous étaient hors de combat. Baucoup dêpiotés par l'explosion.
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MÉMOIRES nu GÉNÉRAL CLUSERET 201
il Ce village a dû être repria maison par maison'. Nos Il pertes dans la journée sont deo blessés et 2 tués, n n L'ennemi tient mal. »
Le Ministre de la Guerre.
Cette dépêche était du 14, Cela prouve en outre, que les dépêches officielles de Versailles, datées du 6, annonçant que le gouvernement était maître de la position, étaient fausses quoique officielles. J'ajoute que le fameux exploit du général Wolff sur les deux maisons de droite et de gauche du pont de Neuilly n'est jamais parvenu à ma connaissance que sous la forme suivante:
« Nous avons été obligé d'évacuer les maisons aux « aliords du pont trop exposées au feu de l'ennemi. » Cela ne prouve rien, même dans mon esprit. Subjudice lis est. Et je laisse à chacun le soin d'adopter la version conforme à ses vues. Le plan de Mac-Mahon, exposé par lui-même, consistait: « à établir fortement le premier corps commandé par Ladniirault sur la rive gauche de la Seine, » J'ai dit moi que mon plan consistait au contraire à n'avoir sur la rive gauche que des grand'gardes. Je suis encore à me demander ce que Mac-Mahon attendait de sa rive gauche. 11 l'eut, et facilement, car je ne la lui ai jamais disputée sérieusement. Qu'en a-t-il fait ? Cette rive gauche n'avait pour moi de valeur qu'autant que j'aurais été en mesure de prendre l'offensive. 11 faUait que Mac-Mahon eut bien peu de coup-d'œil pour ne pas s'apercevoir que j'avais renoncé à l'offensive dès le premier jour. Et si j'avais été en me-
' Naturellement je ne pouTais compter les cloa de M. WolC dan» les maisons panicutiËr
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sure de prendre l'offensive, ce n'aurait pas été de ce côté, où je n'avais rien à craindre ni à espérer, mais bien sur le plateau de Châtillon, dont la possession était seule de nature à empêcher les travaux d'approche sans lesquels on ne puuvait entrer dans Paris.
Je sais bien que plus loin Mac-Mahon, imitant le renard de la fable, dit : ii par suite de ce coup de main n rinsurreclion se trouve déflnitivement confinée sur V la rive droite, dans cette partie de nos attaques et le " corps Ladmirault reste dès lors sur la défensive, si « ce n'est pour s'emparer, dans Neuilly de quelques H ilôls de maisons nécessaires à la protection de notre « ligne de défense. » // restait donc sur la défensive !
La vérité est que Mac-Mahon n'a cessé de faire faire des efforts, aussi vigoureux que le comportait la vigueur de ses troupes, contre Neuilly, et que Dombrowski, avec ses 1,^00 hommes a toujours résisté à Ladmirault à la tète de ?es trois divisions représentant 20 ou 25,000 combattants, lesquels n'étaient pas encore suffisants, car l'Agence Reuter télégraphiait de Cologne, le 13 avril ;
« On renvoie les troupes françaises en France aussi " promptement que possible.
« On a soin de choisir, pour les faire partir, ceux gui ju- « renl jidétité au gouvernement français et acceptent du ser- 1 vice à VersailUs.
u Les hommes sont en bonne santé etbien chaussés. Us (1 partent d'ici à raison d'environ un millier par jour. »
Je crois que cette dépêche en dit plus que tout ce que je pourrais écriresur la résistance sérieuse offerte par la défen?e à l'attaque et sur les craintes de M. Thiers.
Pendant ce temps, le bombardement de Paris conli-
nuail et le Progrès de Lyon, journal peu communier, s'exprimait ainsi :
" Par ma fui, c'est plus beau que le 2 Décembre, et Can- (I robert, le capitulard de Metz, qui se trouve à Versailles, " va pâlir de se voir dépassé, car qu'est-ce que la fusillade « du boulevard Hontmartre, le 2 décembre, auprès de ce gui se i< passe depuis un mois autour de Paris, coupable de vou- « loir ees franchises municipales et de ne plus vouloir des il mouchards de l'empire?
K On connaît enfln le nom au brave officier, pour parler i< le langage de M. Thiers qui commande au Mont Valérien, « c'est le colonel Lccbner.
« Ce brave officier a envoyé des bombes et des obus qui K ont détruit des quartiers au-delà de la ligne de défense, .1 en tuant ptttsde SOO pei-sonnes inoflensives,dont la moitié se II compose de femmes et d'enfants.
« Ce brave ofQcier continue toujours à bombarder avec le brave général Vinoy, capitulard de Paris, qui a fait fu- » siller le général Duval et pas mal de gardes nationaux, " et avec la brave général de Gallifet, capitulard de Metz, " qui après avoir fait fusiller, do son côté, je ne sais com- " bien de gardes nationaux, avait, de son autorité privée, « édicté uu bando, déguisé sous le nom d'arrêté, pour con- « tinuer, en les régularisanl, ces exécutions sommaires. On " peut dire que le brave colonel Lochner se trouve au preci mier rang parmi les braves officiera d'une des plus belles 11 armées que la France ait jamais eues, comme dit 11 M. TMers. »
[Progrès de Lyott, 22 avril, lettre d'tm bourgeois de Paris,, du i6.) Ce même bourgeois ajoutait :
11 Les troupes qui attaquent Paris agissent pour la pîu- II part avec passivité, sauf certains corps, comme les gen- 11 darmes, les sergents de ville, les zouaves pontificaux et « les volontaires vendéens et bretons. »
204 HËUOIRES DC GÉNÉRAL CLL'3KBET
On a nié que ces derniers eussent jamais été employés par Versailles ; c'est possible comme corpa,mais comme individus, il yena eus évidemment puisqu'on en a fait prisonniers et qu'on m'en a envoyésj'ai en outre reçu une bannière ou drapeau aux armes pontificales.
La bannière pouvait être apocryphe ; soit. — Mais les prisonniers se seraient donc déguisés pour courir à une mort plus certaine? C'est peu logique. Dans ma pensée, il a dû y avoir, au commencement, des groupes de volontaires qu'on aura retirés ensuite.
Je me hâte d'ajouter que nul de ces prisonniers ne fut molesté. 11 en fut de mcme des gendarmes pris dans nos hgnes, déguisés, en blouse; j'avais certes bien le droit de les faire fusiller, je n'en ai jamais usé, ma cause était au-dessus de semblables moyens.
H Dea ofliciera de l'état-mftjor du général Dombrowski " et de la garde- nationale sont venus apporter à l'Hôtel de n Vide, deux drapeaux pris sur les Versaitlais à Neuilly.
" Le premier de ces drapeaux est de couleur verte et porte la croix vendéenne ; le second est composé des trois cou- " leurs, disposées en forme de cioix.
" Le drapeau vendéen, arboré sur une habitation, a élé « enlevé dans un élan commun par les officiers et gardes . du 210= bataillon.
« Le second drapeau versaillaia planté sur une barricade !■ a été pris par le citoyen Letelloo fjean Félis) garde à la « troisième compagnie de marche du il'i« bataillon de la (( garde nationale.
Il Ce n'est qu'avec peineque ce citoyen s'est séparé de son ic glorieux trophée et s'est décidé à le laisser partir pour ,. l'Hetel de Ville.
■ La Commission executive a transmis aux délégués de « ces braves bataillons les félicitations de la Commune. ■> {Journal Officiel de la Commune.)
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MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLirSERET 205
Je reprends le récit de mon bourgeois ;
« Quant aux cliefs, à partir des colonels, ils y apportaient H ds la frénésie.
" En voyant le soin qu'ils mettent à maintenir une dis- « cipline rigoureuse on fait de tristes réflcsions sur ce qu'ils s laissaient à faire à cet égard quand nous étions en face .'des Prussiens,
i< On fusille à présent un soldat qui hésite.
" Pendant le siège de Paris nous avons vu des zouaves et « des soldats d'infanterie fu.vards, à Châtillon, ayant aban- « donné leur poste devant l'ennemi sans tirer un coup de « fusil, d'abord condamnés à mort, puis graciés par le gouver- « nement de la Défense Nationale, sans que les généraux qui B s'acharnent aujourd'hui avectantde passion contre Paris lissent la moindre observation. Oo semblait voir avec joie .< l'armée se démoraliser.
{Progrès de Lyon, 2t avril, lellred'un bourgeoisde Paris, du 19.)
(' Le 17, le château de Bécon est brillamment enlevé par
• le 36^ de marche. Le lendemain, le 36= continuant son « mouvement en avant déloge les insurgés de toutes les " maisons qui bordent la route d'Asnières et s'empare de i< la gare où il s'élablit solidement.
Cl Le village de Bois-Coïonibea est en même temps eulevé « par le i" régiment de gendarmes secondé par un bail taillon du 72' de marche. »
[Rapport de Mac-Maiion.) Thiers, de son côté, envoyait les deux télégrammes suivants aux préfets:
Chef du Pouvoir Exécutif à Préfets.. . :
Il Nouveaux suceès de nos troupBS,cB matin, toujours dans le
• but de garantir notre position de C.ourbevoie contre les « feux de la Porte-Maillot et du village d'Asnières,
» Le régiment des gendarmes, sous les ordres du brave <i colonel GrémeliD, a enlevé le village de Colombes, s'est
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â06 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLlfSRRET
ic eaauite porté au-delà et a repoussé lea inaurgés an loin, <t en leur faiaaat essuyer des pertea sensibles en morts ou i< prisonniers. »
A. Thiers, (Versailles, 18 atril 4 h. 30 soir.)
Chef du Pouvoir exécutif à Préfets... :
« Asoières a été emporté ce malin. Nos soldats soue la " conduite du général Montaudon, qui se multiplie dans "Des circonstances, se sont jetés sur la position, malgré le " feu de l'enceinte eil'onl emportée avec une vigueur ckic traordinaire.
ce L'ennemi a fait des pertes énormes et ne peut plus in- « commoder notre établissement île Courbevoie. "
Vereaillei, ISavril 1871, 7 h. du eoir.
On se demandera ce que le village de Colombes, occupé par un poste d'infanterie, commandé par un capitaine, sans artillerie, situé en plaine, à plus d'une lieue de Courbevoie, pouvait faire contre tout un corps d'armée muni de plus de 60 bouches à feu, Groslard, un vieux sergent qui commandait celte grand'-garde, ou plutôt, en terme du métier, ce poste détaché, se retira tranquillement, comme c'était la consigne, en tiraillant et ne perdit personne ou presque personne, Voilà les exploits des Versaiilais I Le brave Groslard, sans s'émouvoir, avait fait face au régiment de gendarmes commandé parle 6raye(?) Grémelin qui avait dû être soutenu par un bataillon du 72' de marcbe!
Quant au château de Bécon, dont ne parle pas M. Thiers et qui était certainement d'une certaine importance pour les Versaiilais, parce qu'il nous prenait en écharpe, il ne fut même pas défendu n'étant pas occupé. Non que je n'en eusse bonne envie, mais l'occu-
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«ÉMOrHES DU GÉNÉRAL ClUSERET 207
pation de Bécon nécessitait toute une série de travaux et d'opérations hors de mes moyens el qui, en définitive, m'auraient coûté plus de monde que le château, au pouvoir de l'ennemi, ne m'en a coûté.
En elTet, le château occupé, il fallait le relier à Asnières, puis occuper fortement ce village. Car toute la colline offre les mêmes avantages de lir que le château lui-même ; on pouvait établir une redoute, plus près ou plus loin, qui aurait rendu les mêmes sen'îces et qu'il eût fallu enlever. On pouvait couper la garnison qu'il eftl fallu dégager. Enfin jl fallait occuper tout Asnières. plus difficile à tenir que Neuilly et qui m'eût coûté plus de monde. En somme les perles eussent dépassé le profit. C'est pourquoi, je me contentai d'éclairer la rive gauche et de n'occuper que la rive droite. Dans toute opération militaire, j'agis comme un banquier dans une opération financière. — Combien puisje dépenser ? Quel profit retirerais-je de la dépense ? Si l'opération se solde en déficit, je m'en abstiens, et par intérêt et par humanité. Un juif ne se sépare pas avec plus de peine d'un de ses écus rognés que je ne quitte un de mes compagnons d'armes tué. Et si le fait arrive par ma faute, je ressens alors une de ces angoisses que ceux qui me liront ne comprendront pas, car il faut y avoir passé pour me comprendre.
L'occupation de Bécon, Asnières et Colombes se soldant en déficit, j'y renonçai.
La prise de Bécon, ni occupé, par conséquent ni défendu, valut au jeune colonel Augereau le grade de général pour valeur exceptionnelle. Très esceptioiinelle ! Si son grand-père revenait au monde, comme il serait
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scandalisé de semblables promotiona! «Ce n'est pas a ainsi que nous enlevions nos grades sous la première, « dirait-ii ; ce n'était pas des châteaux vides que nous « prenions alors, »
Ce que je viens de dire répond au passage du rapport de Mac-Mahon relatif au château de Bécon et à la plaine de Gennevilliers. Au sujet de la prise d'Asnlères voici la vérité.
Ce matin-là, j'étais parti, en compagnie de Rosselly- MoUet, mon chef du génie, de Rossel, mon chef d'étatmajor, et de Borge!!a, chef d'escadron d'artillerie, pour déterminer l'emplacement d'une batterie destinée à battre la presqu'île de Gennevilliers. Après avoir déterminé l'emplacement à Clichy, je me dirigeai à pied vers Asnières, en longeant la Seine.
Arrivé en face de ce village, je trouvai quelques centaines de gardes nationaux ayant fui péle-méle dans les rues de Chchy. Ces gardes nationaux, sous les ordres du frère de Dombrowski, venaient de se laisser surprendre à Asnières par des gendarmes, disaient-ils, et au lieu de prendre leurs fusils, avaient pris leurs jambes à leur cou.
Bécon faisait un feu terrible sur le village et balayait le quai. Je me rappelle encore les coups de balai de ces mitrailleuses. Le plus pressé était de remédier à l'enfilade du quai et au feu de mousqueterie qui pouvait, dirigé des maisons d'Asnicres, m'cmpêcher d'occuper la rive droite en paix.
J'établis immédiatement une batterie sur le quai, à 50 mètres à gauche du pont de bateaux. Quant au pont du chemin de de fer, il était, ainsi que le quai à
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MÉMOIRBB nu GÉNÉRAI CLUSERËT 209
sa gauche, balayé par mes wagons blindés qui me rendirent de grands services.
Exposés à un feu conslant, ces wagons blindés résistèrent très bien. Il n'y en eut qu'un, si j'ai bonne mémoire, qui fut pénétré. J'engage fortement ceux qui les utiliseront à l'avenir, à en augmenter la capacité. Les artilleurs se plaignaient beaucoup du manque d espace. Il est incontestable qu'il y a là le germe d'un nouvel élément de force lactique.
Ces mesures prises, je fis appel aux hommes de bonne volonté pour reprendre Asnières. Une centaine s'offrirent. Je me mis à leur tête et, les mains dans les poches, en civil, ayant à ma gauche Rossel également en civil, nous repassâmes tranquillement le pont et repriraei Asnières d'où avaient filé plus vite qu'ils n'étaient entrés les braves Versaiilais.
Je fis occuper la station par Rossel et j'allai moimême placer les avant-postes sur la route de Colombes.
J'appris alors dans le village ce qui s'était passé. Conformément à leur louable habitude, les gardes nationaux dormaient, buvaient, jouaient ou mangeaient, ne se gardant nullement. Les dormeurs furent égorgés.
Pendant leur courte apparition dans Asnières les gendarmes commirent des atrocités. J'ai parlé de ce pauvrecharbonnier tue chez lui dans sa boutique sans provocation aucune, pendant qu'il travaillait et uniquement par soif de tuer. Son fils, voulant lui faire un rempart de son corps, reçut un coup de feu à bout portant qui lui cassa le bras. Je me rencontrai sur le seuil de celte misérable cabane avec le vicaire d' Asnières, tout aussi indigné que nous. Tuer les fcdére's endormis et 13'
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210 MÉMOIEIES DU GËNÉHAI. CLUSERET
sans défense, au lieu de les faire prisonniers, paëse encore. Mais assassiner à domicile un pauvre travailleur uniquement parce qu'il n'est pas bourgeois, prouve surabondamment quel était le seul mobile des Veraaillais : guerre à la blouse, symbole du travail.
Aussitôt mes batteries en état, je donnai ordre de saborder toutes les maisons du quai et celles qui pouvaient être occupées par l'ennemi. Ce qui fut fait. L'occupation d'AsniÈres n'était plus dès lors possible ni pour les fédérés, ni pour les Versaillais. On n'a qu'à jeter un coup d'œii sur les maisons du quai pour apprécier la véracité de M. Mac-Mahon, quand il dit qu'il fit fortement occuper les maisons de la route d'Asnières.
Oii est la route d'Asnièresà Bécon? n'est-ce pas lequai?
Le nombre des tuésfutdedix et celui des blessés de 33,
Voilà les pertes énormes signalées par M. Thiers à la province I
Tous ces mouvements dans la presqu'île de Gennevilliers m'inquiétaient ; non au point de vue exposé par Tiiiers et Mac-Mahon, mais bien à celui exprimé dans mon rapport à la Commission executive, le 5 avril: manquer un mouvement sur notre droite pour occuper les forts de la rive droite.
Le /"ïmes lui-même croyait à un accord entre le général Fabrice et Thiers. L'Emancipation en parle en ces termes :
" Jg a'avais pas encore compris le mouvement des féJérés sur Asnièrea ; une lignii du Times me révèle tout,
•• a. Mac-llalion était d'accord aiiec le général Fabrice: il j avait l'autorisation de pénétrer avec un corps d'armée •.' sur k baode de terrain qui longe les remparts et qui
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MÉMOIRES DU OtnÉRA.!: CLUSER6T 31t
• s'étend entre Paris et la zone neutralisée par la capitu- « lation. Par contre les Prussiens avaient déclaré qu'ils « armeraient leurs lignes pour empêcher les belligérants < de dépasser les limites tracées par le traité.
• Gra.ce à cette entente, le maréchal Mac-Mahon en " tournant Asniêres, Clichy, Genneviliiers, pouvait placfr " un corps d'armée en face de la porte Saînt-Ouen.
« Si les fédérés avaient voulu repousser les assaillants, I' leurs boulets auraientpénétré dans les lignes prussiennes a et cette violation de la Convention eût entraîné l'inter- « vention prussienne. »
La batterie que j'établis à Clichy, jointe au peu de succès des attaques sur le centre et surtout à l'ordre qui régnait dans Paris, changea les dispositions des Prussiens qui, commençant à nous prendre au sérieux, jugèrent à propos d'observer la neutralité et de s'en expliquer avec moi, comme je ie dirai plus loin.
Toutes mes communications avec les Aliemands se faisaient par Rossel. C'était lui que j'envoyais au quartier général chaque fois qu'une réclamation relative à à la neutralité, ou toute autre question, nécessitait un échange d'explications. Je dois dire qu'il y mit beaucoup d'urbanité, de convenance et que cette prussophobie dont on parle tant ne s'est jamais manifestée à ma connaissance, ainsi que le prouve l'affaire des chevaux Galitzin dont j'ai parlé.
C'est vers cette époque que sur les instances réitérées de Beslay, parlant au nom de la première Commission executive j'écrivis au général en chef des armées allemandes pour lui offrir le paiement des 300 millions que Versailles ne pouvait payer et pour ouvrir des négociations à cet égard.
ATTAQUE DE VANVBS ET D'ISST
Ceui qui faisaient lenr devoir. — Un contre quinze. — Ordre du jour dit délégué à la guerre. — Rapport de Eudes. — La batterie du Trocadéro, — Obus de carton. — Inspection dea forts, — Les criailleries du « Cri du Peuple. » — L'anarchie s'annoDce. — Reconnaissance sur Bicétre. — La ûotille de la Coniitune.
Au centre, les affaires de la Commune marchaient bien dans un sens et mal dans l'aiilre. Une partie dea hommes se battait bien, mais l'indiscipline paralysait leurs succès. I! n'y avait pas de commandement. Eudes payait de sa peraonne, mais le dernier des gardes nationaux le regardait ajuste raison comme son égal. Il n'avaitaucune autorité morale, et chacun faisait ce qu'il voulait. Hélas, ce que trois sur cinq voulaient, c'était nocer. Ferrât menait le branle. En vain Eudes constatait des réquisitions personnelles illicites de la part de ce dernier ; en vain il essayait de mettre un peu d'ordre, de faire sortir les gardes nationaux entassés dans les cabarets ou les couvents pour les répartir
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dans la tranchée et les forts. Sur 10,000 hommes (etfeclif) que j'envoyai pourles trois forts d'Issy, Vanves et Montrouge, il n'y en avait pas plus de 3,000 qui iissent honnêtement leur devoir. Ce sont ces 3,000 hommes vraiment dignes de leur cause qui soutinrent ie choc du corps d'armée de Cissey, fort de trois divisions, renforcé de deux divisions du corps de réserve de Vinoy, c'est à-dire de près de -43,000 hommes soutenus par 90 bouches à feu de campagne, sans compter l'artillerie de position. .Mortier h Dantiz faisait inscrire sur ses drapeauit ; n Un contre dis. » Les braves de la Commune pouvaient mettre sur le leur : n Un contre quinze ! »
Il est des choses qui ne sont visibles que pour l'homme du métier. Eudes réclamait sans cesse des renforts. Il se plaignait à qui voulait l'entendre que je ne lui fournissais pas le nombre d'iiommes nécessaire. Je lui prouvai, non seulement chiffres en main, maïs en y allant moi-même, qu'il y avait plus de 10,000 hommes, chiffre tiîplo de celui nécessaire, qu'il n'en employait pas le tiers ; que la différence était pelotonnée à droite et à gauche, se dérobant au service et s'esquivant pour rentrer un à un dans Paris. Il ne voyait rien, ne comprenait rien, ou plutôt, ne voyait et ne comprenait qu'une chose, c'est qu'au moment de l'action, il y avait des lacunes dans le service de tranchées.
Il était de ceux qui s'imaginent qu'on naît général et que les circonstances en improvisent. L'étude, la discipline, la méthode, l'esprit de suite : balançoires militaires, On veut faire de nous des soldats, disaient les officiers, el nous ne voulons pas être militaires. Ce
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214 MÉMOIfiBS DU GÉNÉHAL CLUSERET
qu'ils ne voulaient pas, c'était d'être obligés par la Cour roartiale à faire trouer leur poitrine avant celle de leurs hommes.
Celle remarque ne s'adresse pas, bien entendu, à ceux t|iTi seront toujours bravement expoFés, comme Eudes, Lisbonne, Maihieu, Ledrus et autres.
Lisbonne est une figure à part dans le personnel milîtairede la Commune. 11 était acteur de profession, avait, je crois, quelque peu servi aux zouaves et conservé de sa profession deux, choses: un bagout inépuisable et une mise en scène permanente. Qui ne se souvient de Lisbonne, caracolant sur son cheval arabe, vêtu, mi-partie en garde-national et mi-partie en je ne sais quoi du grenadier de Sambre-et-Meuse? D'une bravoure hors ligne et tout entier à sa besogne, Lisbonne ne produisit pas grand chose, ses hommes lui refusant toute autorité morcle, je crois, par suite de sa profession ; mais pour un brave, c'est un brave.
Mac-Mahon s'exprime ainsi sur cette partie de ses opérations :
i< A droite le corps de Cissay s'avance vers la fort d'issy « en établissant des parallèles entre Glamarl et Châtilion. " Les insurgés prononcent journellement contre nos li tranchées des mouvements offensifs qui sont vigoureu- » sèment repoussés. »
La main de La Cecilia commençait à se faire sentir.non qu'il pût obtenir plus qu'Eudes au point de vue disciplinaire, mais il avait plus de méthode. Le U et le 13 avril, Mac-Mahon mit tout en œuvre pour s'emparer de Vanves et d'Issy, La dépense en projectiles fut con-
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MÉMOIHES du GfiNÉHAL CLUSERET 21b
sidérable eU'émoi dans Paria 1res grand. Ce epeclaele ne manquait pas d'une certaine grandeur. La nuit gtant fort obscure, vraie nuit de malfaiteurs, !e Qamboiement des détonations et leur répercussion empruntaient à l'obscurité un mystère sinistre qui avait son côté dramatique. Mais ce fui le seul effet produit.
Le 12 au matin, j'adressai àla Commission executive la dépêche suivante :
.1 L'ennemi, profitant de l'obscurité de la nuit dernière, " a démasqué toutes ses batteries et tenté une attaque de « vive force sur les postes du Sud-Ouest. /( a été repoussé « honteusement. »
n Nos perles s'élèvent à deux blessés et un tué. n (seuls M chiffres connus jusqu'à présent,)
. Dans celte attaque de nuit, opération toujours difficile « à repousser pour des troupes jeunes, il n'y a pas eu un « seul moment d'hésitation. Les enfants de Paris se sont M conduits en braves. Je porte à l'ordre du jour les 208" et n 179» bataillons pour leur entrain >,.
G. Glusbhet.
A six heures du matin, l'ennemi qui ne voulait pas reconnaître la Gonvenlion de Genève vis-à-vis de nous, fut obligé de hisser son pavillon, tant le nombre des morts et des blessés était considérable.
Inutile d'ajouter que le pavillon fut respecté et cela pendant que d'un autre côté, nos ambulances revenaient k vide,!' ennemi tirant sur elles el les empêchant d'aller relever nos blessés.
Ah ! qu'il a fallu qu'on lui en fasse, je le répète, à ce peuple si hon, si généreux, pour le pousser aux tristes exlrémilés des 24, 25 et 26 mai 1
âl6 MÉMOrilES ÏIV aÉNÉRAl CLDSERËT ,
L'attaque du ^'6 est ainsi rapportée par Eudes ; 11 L'attaque aduré jusqu'à 11 heures ; fusillade vive d'abord " sur toute la ligne depuia Issy jusqu'à Uagneus, aux il avant-postes. Quarante minutes après elle cesse et laisse " la place à un combat d'artillerie, L'ennemi tire de Meu- " don, d'une batterie établie en arrière du moulin de 11 Pierre et de trois batteries de Ghâtillon.
«Une viïe canonnade a régné sur toute la ligne pendant Il uns heure. Je m'attends à une attaque en règle pour 11 2 ou 3 h. du matin.
11 Issy et ses lignes sont bien gardés.
Le Général Commandant les forts du Sud.
E. EunES.
Ce rapport est très remarquable par sa simplicilé et sa netteté. Il dénote une certaine aptitude militaire, si on se reporte à l'âge et à l'in expérience de son auteur. Eudes eût certainement fait quelque chose par la suite. Maïs quelle organisation, si riche qu'elle soit, pourrait se développer dans de semblables condition? Ne rien savoir, ne rien pouvoir apprendre et se trouver à la tête de masses indisciplinées, non organisées et sans autorité morale personnelle I
C'est à cette époque, que je fis établir une balterie de 24 au Trocadéro, destinée à inquiéter les réserves réunies au Mont-Valérien, et nullement à le battre en brèche comme od me l'a fait dire. A quoi m'ei'il servi une brèche, puisque je n'avais pas de troupes à envoyer à l'assaut ?
Voici le rapport Iransmis au nom du Ministère de la Guerre à la Commune, mais qui était fait sur les rapports des 24 heures par un simple officier d'état-major. 11 suffit de le lire pour voir que je ne l'ai pas écrit.
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Aux membres de la Commune.
Il Nuit calme, excepté à Neuilly, où le général Dom- 11 browski continue d'avancer pied à pied.
" Deux drapeaux, dont l'un pontifical, sont tombés entre « nos mains, ainsi qu'un guidon abandonné dans l'île de 11 la grande Jatte.
1 L'ennemi a fait un mouvement sur notre droite et » semble menacer Aanières, La quantité de gabions qu'il . a emportés indique qu'il e?t loin d'être rassuré.
« La brèche du Monl-Va!érii' % est déjà très-appréciable. »
Ce dernier paragraphe est le rapport du chef d'escadron d'artillerie qui commandait au Trocadéro, comme îe paragraphe précédent est celui du directeur de l'observatoire de la Muette.
Du reste, je nfie souviens que, le dernier paragraphe ayant attiré mon attention, je fus vérifier moi-même ce qu'il pouvait renfermer d'exactitude; le résultat de mon inspection, tant à l'Observatoire qu'au Trocadéro, fat qu'il y avait des trous dans la toiture des casernes.
Cette batterie, du reste, tirait sur les casernes et cherchait à fouiller les terrains situés en arrière. Si les projectiles sont souvent restés en chemin, la faute en est au général Trochu qui m'a laissé plus de gargousses de sable ou de charges avariées, que de charges en bon état. D'où une irrégularité effrayante dans le tir. Les Prussiens de "Versailles ont ainsi bénéficié des précautions humanitaires prises par le gouvernement de la trahison nationale en faveur de leurs congénères d'Outre-fthin. J'ai eu soin de faire constater le fait officiellement.
2!8 MÉMOIRES DU GÉMÉfiAL CLCSEHET
li est probable que les artilleurs du Mont-Valérien nous répondaient avec des projectiles de même ualure et de même provenance, car ils arrivaient à des écarte ridicules.
Ainsi les projectiles tombaient d'Auleuil à la Muette, le premier jour ; le deuxième, pas un ne dépassa les fortifications. Les explosions avaient lieu à 3 et 4 cents mètres de distance. Le troisième, je notai les explosions suivantes, à la suite l'une de l'autre: 1", rue de l'Assomption ; 2', 15 boulevard Montmorency ; 3' et 4', derrière la caserne de l'Octroi; 6°, au pied de la villa Mont^ morency ; ~', porte d'Auteuii. Il y a entre ces différentes explosions des écarts qui atteignent Sûô mètres. Nos artilleurs disaient : « Ils sont ivres !» ; on en disait probablement autant de l'autre côté. La vérité est que d'un côté comme de l'autre, c'était le gouvernement de la trahison nationale qui approvisionnait, — J'appelle l'attention de mes concitoyens sur ce fait, car il prouve d'une manière péremptoire la trahison du gouvernement de la destruction nationale, préférant la défaite à la victoire, le Prussien au peuple français pour assurer SCS liainescorame pour tranquilliser ses peurs, fournisant à la fiardc Nationale ainsi qu'à l'armée des projectiles illusoires.
On a aussi méchamment rapporté que, sans égards pour les morts, je faisais tirer sur le cimetière de Suresne, où est le tombeau de ma famille. La vérité est qu'il est tombé deux obus dans le cimetière et pour le motif indiqué plus haut.
Rassuré jusqu'à un certain point sur l'organisation dont Hayerà'ûccapait avec activité et succès, mon at-
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MÉMOIliES DU GÉNÉRAL CLUSEBET 219
tention était alors spécialement dirigée sur la mise en état de défense des remparts, Toutes les anciennes pièces étaient de nouveau sur leurs afVûts et je faisais amener de l'Est à l'Ouest des pièces devenues inutiles par suite de la neutralité des Prussifiiia.
Ces piÈcea, au cas où l'artillerie ennemie serait parvenue û injurier sensiblemenl le revêtement en maçonnerie, pouvaient être facilement portées en arrière du chemin de Ceinture, toujours h courte distance du rempart et servir h armer la seconde ligne de défense.
Mais il n'y avait aucune crainte sérieuse de ce côté, malgré le calibre et le nombre des pièces dont disposait Versailles; tout le monde a été à même de juger le peu d'effet produit sur l'enceinte.
Le seul effet appréciable du tir ennemi se produisait dans Paris.
Le 13, la situation est à peu près résumée dans les deux rapports suivants :
Aux Membres de la Commune.
« Je reviens d'inspecter les forts du Sud et généralement « la ligne de défense de Montrouge à la Muette. Mon im- " pression est très favorable, Les attaques d'hier et d'avact- V hier, faites avec un grand nombre d'hommes de la part Il de l'ennemi, ont été repousaées si facilement et avec si " peu de perle, qu'elles doivent inspirer une entière con- " Qunce dans l'avenir. La batterie de 24, au Trocadéro, u a parfaitement porté dans les bâtiments du Mont-Valé- « rien. C'était tout ce dont nous voulions nous assurer pour " le moment.
B J'attire l'attention de la Commune sur la bonne tenue H des troupes et sur l'ordre exceptionnel qui règne au «Point du Jour. Hommes et choses sont en bon ordre et
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220 MÉMOIRES OU GÉNÉRAL CLUSBRBr
(i dénotent de la part du commandant de l'énergie, de l'ac- " tivité et de la compétence.
« Vanves et Montrouge sont en bon état. Du cOté de « l'ennemi, même disposition d'artillerie quedu temps des « Prusaiena. Quant àleuriafanterie, elle est peu nombreuse M et sans grande consistance.
« Quand le moment sera venu, j'ai tout lieu de croire « quo la résistance des Versaillais ne sera pas au-deasus » de nos efforts.
M Paris, 13 avril i8TI. n
Le Délégué à la Guerre, G. Gluseret.
« On s'est battu toute la journée dans Neuilly.
V Les troupea de la Commune ont conservé une attitude ■ offensive.
« Des renforts d'artillerie ont été envoyés pour conserver M le terrain conquis.
« Neuilly est attaqué et défendu pied à pied.
nA Asnières la lutte est moins caractérisée.
« Du côté des forts du Sud, la joarnée s'est passée sans « incident notable b. notre connaissance.
« Le général Eudes se préoccupe vivement de la nuit « prochaine ; les dispositions de l'ennemi semblent pré- « sager une attaque.
« Les renforts sont dirigés pour la nuit dans les direc- « lions attaquées.
« Le moral des troupes est remarquable,
I Les progrès de l'organisation permettent de diminuer « peu à peu les fatigues excessives que l'on était contraint « d'exiger d'elles. »
Le chef d'étal-mo-ior,