‹ Mémoires du général CluseretChapitre 22 sur 26 · ROSSEL · texte numérisé non relu

ROSSEL

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Pendanlque je faisais face à tout el que tout marchait aussi bien qu'on pouvait le désirer, le Cri du Peuple commençait sa campagne contre moi.

Voici l'article qu'il insérait dans son n' (in 13 avril:

" Le Ministère de la Guerre. »

n lin de nos araia, de la véracité et de la loyauté duquel (' nous sommes sûrs, noua fait connaiire un fsit três-fçrave :

" Le chef du 138' bataillon, chargé parle commandant « du fort dP ITontrouge à aller demander des canons ans (. bureauï de la guerre, aurait etp brutalement éconduit, « malEçré la jusiifîcation complèle de l'urgence de sa de- • mande

.< Ce fait ne serait malheiireu'<ement pas isolc-

n 11 faut, paraît il, en\ojer dix estafettes aux bureaux de t la guerre pour obtenir un bataillon de renforts ou pour ï faire relever les bataillons fati,;ue<i

• Ain^i, cb(!=!p incrojablp, le fort de Montroiige qui est «aujouidbui, malgrp tout, en état de repousser n'importe ic quelle attaque, ne 1 était nullement il y a trois jours, et " une note que nous en recevons, noie dont nous certifions « Vexattttude, nous avoue que si le fort de Montrouge avait ic été attaqué, il y a 3 jours, nous aurions été battus à plate «couture .. Les hommes, éreintés et trop peu nombreux, « n'auraient pu tenir dis minutes. »

» La note ajoute qu'avec 15,000 hommes on chasserait " certainement les Veisaillais de Meudou et de Chatillon-.. « et que, vu le peu d hommes qui était là bas, dès le com- " moncement,îl nous a fallu assister, l'arme au pied, à l'oc- " eupalion de ces deux positions importantes oii mainte- « nant l'ennemi se fortifie d'une manière inquiétante,

» Or, il y a dans Pan», quantité de canons inoccupés.

u Autre oubli tout aussi grave ;

« Les VenoeMrj de La /i^pwtiî'îw sont tous d'anciens francs- « tireurs.

1 Au nombre de douze cents, ils composent un véritable

222 MÉMOIRES DU GÉNI^iflAI CLUSEREr

« corpa d'élile, plein de patriotisme, et capable de rendre « à toul instant des services signalés, « Or, ces citoyens ont été obligés d'assister en simples

• spectateurs à la formidable attaque dirigée le il avril, " contre les forts du Sud.

" Ils n'avaiisnt ni armes ni munitions.

« A l'heure actuelle, un soldat dece corps vient nous dire, M avec un douloureux désappointement que nîlui,ni ses ca- K marades n'ont encore de cartouches.

B Hier encore, nous recevions d a citoyen Doby, nie ries c< BatignoUes, 13, une communication dont nous détachons « ces lignes aignificaUvesL Je reviens du Ministère de la u Guerre, ofi je suis allé pour l'armement de nos francs- « tireurs duÔD» bataillon. nepuis3 srimaines que je cours " et que je fais des démarches impossibles, je ne puis ar- « river à obtenir le nécessaite pour trois cents gaillards " qui, à eux seuls, valent un bataillon.

« Tout ceci est grave, très grave et il est plus que jamais u indispenBable que ces attermoiements, ces hésitations " cessant de suite, devant la terrible situation qui nous est « faite.

y Car il faut plus que jamais triompher.

11 Nous faisons donc un nouvel et plus pressant appel au (I patriûtieme des membres de la Commune.

« Le citoyen Cluseret, délégué Ma guerre peut avoir récr-

• ganisé les bureaux du Ministère, y Et en cela il a fait son devoir.

« Mais cette réorganisation ne suffît pas... Ce senties " services actifs du Ministère qui lui a été conflô qu'il faut Il réorganiser activement, énergiquement, intelligemment,

Le général Cluseret a pris su r ses épaules un lourd far-

11 Mais il l'a pris. [1 faut donc qu'il agisse. Cl Noua le disons sans cesse: de l'énergie, de l'activité! (I Le temps presse, 11 Sncore une fois, que la Commune veille ! "

Casimir Bouis.

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Les Vengeurs de la République, que M. Bouis garantissait étaient en grande partie vendus à Versailles et, gens très indisciplinée, communiquaient leur indiscipline aux gardes nationaux ; mais ce qui coupe court aux réclamations du citoyen Bouis, c'est que la Commune seule avait le droit d'annuler son décret qai m'interdisait d'organiser, armer et employer tout autre corps que la r.arde Nationale. Et si le citoyen Bouis, avant de tremper sa plume dans l'encre et de salir du papier, eût seulement assemblé deux idées à la suite l'une de l'autre, il aurait vu que le droit qu'il reconnaissait au Ministre delà Ciuerre d'organiser, armer el employer tel corps qu'il eût voulu, lui eût simplement conféré la dictature militaire. Il n'avait qu'à choisir ses Éléments et, ci un jour donné, les lancer sur l'Hôtel de Ville. En lui refusanl ce droit, la Commune agit sagement ; en le lui conférant, Bouis dit une bêtise et en l'attaquant légèrement, au moment où il recoiinïdt luimême l'énorme responsabilité qui lui incombait, il commît une mauvaise action.

Etait-ce bien le moment de faire du zèle, de la réclame, sur le dos du Ministre de la Guerre, la plus forte incarnation militaire de la défense de Paris, d'amoindrir son autorité et par suite, venir indirectement en aide aux Versaillais ?

Si cbaque chef de bataillon, chaque capitaine ou chaque garde, tous gens aussi inexpérimentés les uns que les autres se fussent arrogé le droit de venir, selon leur caprice, entretenir le Ministre de la Guerre de leurs idées particulières el le plus souvent de leurs billevesées et eussent rencontré dans une presse malveillante

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224 MBHOtBES DU GÉNÉRAL CLUSERET

un écho bienveillant, comment l'homme à la tête des affaires militaires eût-il trouvé le temps de s'en occuper et comment eût-il pu répondre à chacun et satisfaire tout le monde?

Ce queréclamaient lecomnaandant du 138' et celui de Monlrouge, cent autres le réclamaient également. Chaque petit galonné n'ouvrait la bouche que pour vanter sa valeur, s'attribuer une importance extrême, enfler outre mesure les dangers courus et conclure in- Tariablement ainsi : « Envoyez des renforts et de l'artillerie, w

Je traitais tout cela avec un souverain dédain. Mes successeurs ont cru devoir agir autrement et soigner leur popularité. Qu'en est-il résulté î Les dernières ressources de la défense, gaspillées aux avant-postes, sont tombées au pouvoir de l'ennemi avec les travaux avancés et quand il est entré dans Paris, il l'a trouvé sans défense. Car, pour moi, ce n'est pas une défense que ce qui s'est passé du 21 au 28 mai. Si la défense intérieure de Paris eût été organisée, jamais les Versaiilais n'en seraient sortis.

Seul juge en pareille matière, je n'admettais d'autre intermédiaire que le général commandant et défendais expressément qu'on fît même attention à toute demande échappant à la filière hiérarchique. Dix ans je serais resté, dix ans les choses se seraient passées ainsi. MM. Bouis, Verlet et consorts ont contribué à mon éloignemcnt. Qu'ils se félicitent du résultat et que le peuple les en remercie.

^ Quant à l'armement, la meilleure réponse à leur donner, c'est qu'il n'y 'avait'pas d'armes et les munici-

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palités le savaient mieux que moi, puisqu'elles délenftieril celles que pouvait rendre le désarmement des réfraclaires.

Dans la nuit du 1-4 au io une attaque plus terrible que les précédentes, sous le rapport de la durée, eul lieu contre le fort de Vanves. Les rapports suivants diront les faits.

Ministère de la Guerre.

« L'attaque aététrès vive cette nuit. Elle s'est portée prin- « cipalement sur le fort de Vanves qui a soutenu cinq at- « laques consécutives ; ce malin on voyait encore lesvoitu- 1 tures d'ambulanue enlevant les morts et les blessés des V assaillants.

« Lf, 86e bataillon mérite d'Être porté à l'ordre du jour pour sa belle conduite.

" Le commandant Ledrux m'est également signalé par le (I citoyen Rudes pour sa belle dérense du fort de Vanves.

« A Neuilly, le combat continue pied à pied, ebaque mai- « son nécessitant un siège. J'ai donné l'ordre d'agir som- « mairement etde saborder les maisons; j'ai en outre en- <t voyé des engins de destruction suffisanls pour achever * cotte besogne difficile.

<t l.e gouvernemtnt de Versailles renouvelle pour la se- . Il conde foisses vaines rodomontades et parle de vingt-quatre II heures pour nous rendre.

« Dans la bouche des gens habitués à capituler, ce lan- « gage n'a rien de surprenant.

n Travailleurs, que la poudre leur porte votre réponse. II En somme la situation est bonne ; elle sera excellente « après l'organisation complète des bataillons de guerre. » Clusbret.

5 h. 50 m. matin; Général Eudes, lssii,à Minisire de la Guerre

ei Commission Exéculive.

« Tout semble fini, La nuit a été terrible ; la bataille a

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3i6 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLUSERET

« duré depuis dix heures du soir. C'est la fort de Vanves " qui a supporté l'attaque la plus violente. Les royalistes ont <i fait des perles énormes. Sur toute la ligne ils sont re- « poussés- C'est une victoire à iEscrire sur le drapeau de la 11 Commune; nos fédérés sont des héros. Je vous demande 11 de les mettre tous à l'ordre du jour; mais nous devons

I une mention spéciale au citoyen Ledrux, gouverneur du « fort de Vanves.

11 Je vous adresserai un rapport détaillé quand tous les « renseignements me seront parvenus. »

11 Le Cénér-al commandant les forts du sud :

Eudes.

Rapport dit 14 au 15.

" Une reconnaissance exécutée par le tieutenanl Luchot, « du 185^, caserne au fort de Bicêtre, a constaté qu'un déu tachement composé d'une vingtaine d'horamesà cheval a « traverse sans s'arrêter le village de la lîelle-Epine. De « plus, le lieutenant Luchot a pu s'assurer que le petit-Bi- • cétre et l'Hay sont occupés par des troupes en nombre 1' assez considérable.

H D'après les renseignements qui nous parviennent de

II différents côtés, Bouig-!a-Reine, Sceaux et la Croix de 11 Berny, seraient les points où se concentrent en ce mo- " ment les forces de Versailles.

c Hier soir, vers neuf heures, l'ennemi a attaqué sur <i toute la ligne, niais en dirigeant plus spécialement ses Il efforts sur Vanves. La fusillade et la canonnade se main- » tinrent vigoureusement de part et d'autre jusqu'à deux 11 heures et demie du matin. A ce moment les Versaillais se Il replièrent ; mais â quatre heures ils reparurent précédés «parleurs voitures d'ambulance. S'îmaginant qu'ils reve- 11 naient tout simplement pour ramasser leursmorts et leurs 11 nombreux blessés, nos gardes nationaux, avec la généro- " site dont ils ont toujours donné tant de preuves, les lais- 1 sèrent approcher jusqu'à 200 mètres. Soudain, des rangs

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i< lie l'ennemi partit une effroyable fusillade et le bruit des ic mitrailleuses, accompagné dea feus de toutes leurs bâtit teries établies à Chatillou et sur Brimborion.

■ ftevenus bientôt de leur surprise, nos braves gardes na- ■ tionaux répondent par un feu deâplus vifs àoeluîde l'en- H nemi; les canons des forts et nos mitrailleuses se mst- " lent de la partie et ces efforts combinés ne lardent pas h, t mettre en déroute les Versaillais qui, à 5 heures du matin, « fuient dans toutes les directions, laissant le terrain semé « d"uû bon nombre de cadavres,

<. Ce sont surtout les 182" et 163* à l'aile gauche, le 86» . et k llOo à l'aile droite qui ont le plus vaillamment souu tenu le choc de l'ennemi.

" L'artillerie du fort de Vanves, sous la direction de son " énei^iquc commandant Ledrux, a principalement contri- K hué, par la justesse de son tir, au succès que nous venons " de remporter. Des éloges sont également dus aux ar- « tiUeurs des forts d'ivry et de la redoute des Hautes- M Bruyères. »

Le colonel d'état-major,

N. La CECaLiA.

Lo général commandant, Edues.

Rapport du 14 au 15.

H A huit heures et demie, attaque violente sur toute la li ligne. Les Versaillais viennent à cent mètres de notre « barricade (route do Chàtillon) avec une mitrailleuse. Le « )82» les reprend par un feu nourri qui n dû leur infliger « des perles siîrieuses et les a forcés à la retraite.

i< Lelft^.dansla tranchée (aile fçauche) soutient la barriucade. Le l'eu dure une heure et demie et s'arrête.

<t Cinq fois de suite l'attaque a été renouvelée du mèma H c&té ; cinq fois elle a été repoussée, malgré la pluie et le a vent. L'action s'arrête avec le jour.

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228 MËMOIREB DU GË^ËRAL

« L'artillerie a bien fait son devoir et mitraille l'ennemi « avec acharnement.

B Les fractions de bataillon présentes au fort ont eu une •I attitude magiiifique, La pluie n'a pas arrÉté leur feu et il t a fallu retenir les hommes qui voulaient se mettre à la y poursuite de l'ennemi.

« Le 86" bataillon a tenu d'une façon surprenante après (' quatre nuits de tranchées, 11 a étésouteau par le HO», sur

• la droite, {côté d'Issy.)

« Aujourd'hui ces bataillons, fatigués, mouillés, remplis li de fange et de gloire, ont besoin de repos, — 11 serait « urgent de faire relever les 86* et 163= qui, depuis huit " jours, sont en marche et aux tranchées.

■ Sept heures du matin. — Tout est calme ;7 blessés au i< 86^, sans gravité, — Ce matin, les Versaillais ont ramassé " leurs mocts et blessés. Par un sentiment d'humanité

• qu'ils ne méritent guère, les bataillons des tranchées ont « resséleur fou. Mais les chouans, payant ainsi le tribut y de la reconnaissance, tirèrent sur nos tranchées et !e feu Il recommença avec ténacité jusqu'au jour.

li Je vous prie, général, de constater, dans les rapports Ci que ce n'est pas le fort d'ïssy qui est attaqué chaquejour. .1— Depuis cinq jours des attaques sans nombre ont été n dirigées sur le fort de Vanves. Les troupes placées sous

• mes ordres réclament cette rectification qui est une juste I' récompense des services qu'elles ont rendus à la grande " cause qu'elles défendent avec tant de courage et de dé- .1 vouement. »

e Vanvea, 15 arril 1371. »

Le commandant du Fort, Leorux-

C'est ici le lieu de dire un mot de la flolîlle. Défi tes premiers jours, j'avais réarmé la flotiUe. Malheureusement, je n'avais que très peu de matelots.

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Beaucoup en portaient le costume, mais peu en avaient le droit.

Durassier, le premier que je mis à la tête de cette organisation, était un charlatan ; son successeur, un ivrogne.

Letappy, que j'ai mis à la marine, annexe de la guerre, ne fut pas beaucoup plus heureux. Lullier vint me trouver à plusieurs reprises pour obtenir le commandeinent. Comme capacité on ne pouvait désirer mieux. Je l'aurais volontiers employé mais la Commune n'en voulait à aucun pris. En sorte que les pauvres canonnières ne furent jamais commandées. Elles firent néanmoins un service appréciable et concoururent efficacement à la défense des forts. Les marins qui les montaient à la fin étaient de bons et braves matelots qui, sous le pavillon de la Commune, soutinrent bravement la réputation traditionnelle des marins français.

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