LE SIEGE DE NEUILLY
Marche en avant des ftdËrés. — Nouvelles balteries eu ligne.
— MalidreeseB à l'intérienr. — Vefmorel méconDU. ■— BêUses des plumitifs. — Abus des projeetilee. — Dombrowski à l'œuvre. — Renforts à Versailles. — Le rôle de la cavalerie.
— Prolongatioa de la lutte. — Nos pertes au 16 avril.
Le 16, je reçus le rapport suivant de Dombrowski,
Quartier Général de Netiilly au Citoyen Général, Ministre de la Guerre.
16 avril, 3 heures.
ic Le aiègc de Neuilly avance; noua occupons tout un a nouveau quartier; nous avons emporté à barricadea et ■ même, sur l'une d'elles, pria un. drapeau aux zouavea (i pontificaux ot un drapeau de l'infanterie de ligne.
M L'esprit des troupes est bon ; la Garde Nationale l'ait « des progrès et montre beaucoup d'entrain.
« Le eomntandant de ta Place de Paris " J. DoMBnowSTîE.
Do plus, JB reçus le rapport suivant :
" Pris deux drapeaux, ais zouaves pontilicaux, lesquels (I se servent de projectiles explosiblea et de balles « mâchéet. »
HÉMOIRES DU GÉNÉRAI CtTTSERET 231
Il vint, en outre, en personne, me confirmer que les zouaves pontificaux prenaient part au combat et, pour preuve, envoyait à la Commune, par un officier blessé dans le combat, un drapeau pontifical pris à l'attaque de l'église de Neuilly. Il avait, en outre, des prisonniers en uniforme de louaves pontificaux. Il est vrai qu'il y avait aussi un drapeau américain. Y avait-il des Américains du côté de Tcrsailles? Dombrowski, en vrai gascon du Nord, me contait-il unegasconnade? Les deux hypothèses sont également admissibles. Dombrowski m'envoya un jour, ainsi qu'S plusieurs membres de la Commune, uu magnifique jambon. Ce jambon provenait du magasin des gendarmes, enlevé d'assaut, etc., etc.; à quelques jours de là, je recevais du propriétaire des jambons une facture non acquittée.mais qui demandait à i'ôtre. Lesdits jambons provenaient tout simplement du magasin de l'auteur de la facture, on les lui avait pris. Rien de plus. Que j'en ai vues de ces gasconnades dans l'armée d'Afrique ! Quant aux Américains, je ne serais nullement étonné que quelques fils de Skodies ou crevés américains soient venus se ranger côte à côte avec leurs congénères français.
N'ayant pas encore été mis en éveil par la facture des jambons, je crus fermement à la présence des pontificaux et rien ne me dit que ce ne soit pas vrai, car les Versaillaia seuls démentent le fait. En conséquence j'adressai à la Commue le rapport suivant :
Rapport du Délégué de ta Guerre à la Commune de Paris.
Il LeszfraavesponUfloaux sont définitivement entrés enlîgne «;avec les gendarmes et les sergents de villo.C'ôiait leur place
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232 MÉMOIRES Dr GÉNÉRAL CLUSBBET
naturelle et ils Auraient dû l'occuper depuis longtemps. Ils ont été ceraés dans l'église de Neuilly oii i! y a eu lutte acharnée et combat corps à corps.
Le c tûjen Leullié, au milieu d'une plaia de mitraille et d ob s a planté le drapeau de la Commune Bur le sommet de 1 Egl se.
Cet enfant mer te des louanges. Il sera un homme, ■ L'énergie indomptable de nos braves citoyens rend la « position Intenable pour les Versaillais. >• Paris, le 16 avril 1871.
Le Délégué à la Guerre, Clusëret.
Pendant ce temps, suivant la ligne que je m'étais tracée, de remplacer aulant qu'il était en mon pouvoir les hommes par des machines, j'élevai trois nouvelles batteries au Point-du-Jour à Auteuil et à la Muette.
Du côté de Versailles tout allait bien, mais du côté de Paris, il n'en était pas de même,
La préfecture de police ne fonctionnant plus, ou fonctionnant à tort et à travers, me causait plus de soucis que Mac-Mahon.
Raoul nigault jouait à la police au lieu d'en faire, mettait tout sens dessus dessous et désaffectionnait petit à petit le monde timoré qui faisait notre appoint. Il était facile de s'en apercevoir par la différence du nombre des votants au 26 mars et au 16 avril,,, on arrêtait les prêtres, fermait les églises, prenait tel ou tel otage au hasard, on réquisitionnait, ou perquisitionnait, le tout à propos de boites. Ma défense en devenait très difficile, tant au point de vue de la Garde Nationale qu'on mettait sur les dents avant de combattre, qu'à celui des effectifs qui diminuaient par le dé-
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MÉMOIRES nu GÉNÉRAL CLUBERET 233
goût d'une cause qui ceesait d'être celle de la Liberté. J'interdis à la Garde Nationale de servir plus longtemps de jouet à ces farceurs par les ordres suivants :
n Le Délégué à la guerre prévient le public que toute M réquisition faite sans un ordte écrit et revêtu du timbre « de la Délégation de la Guerre, est illégale.
i< Eu conséquence, il ne eera pas fait droit aux récla- " mations qui seront présentées sans le bon de réquisition i< régulier.
» La Garde Nationale est invitée à préler main- forte pour « arrêter tout individu qui chercherait à faire des réquisi « tion sans mandat régulier. »
G. Cluseret.
« Le Délégué à la Guerre apprend que des officiers des " posteg ou des gardes naiionaus "portent atteinte à la li- " berté individuelle en arrêtant arbitrairement, saos man- « dat régulier, dans les domiciles particuliers, dans les ' lieux publics, sur la voie publique, des citoyens sus- « pecta à plus ou moins bon droit.
.1 En attendant que la Commune ait pris à cet égard des " mesures définitives, le Délégué à la Guerre rappelle aux
gardes nalionaus qu'ils ne peuvent faire d'arrestations et
1 intervenir dans l'ouverture et la fermeture des lieux « publics qu'en vertu d'ordres réguliers émanant de l'au- V torité compétente.
" Toute infraction au présent avis sera déférée au conseil « de guerre, »
G. Cluseret.
L'autorité compétente c'était moi ; et pour îe prouver je fis arrêter immédiatement le commissaire ou l'agent qui avait donné l'ordre aux gardes nationaux de fermei' Saint-Roch et d'arrêter le curé. Un grand jeune homme barbu, se disant commissaire et s'appeler
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Moussu OU Lemoiissu, étant venu réclamer, porteur d'un ordre de Rigault je lui répondis que si lui ou Rigault me gênaient dans ma défense, j'arrêterais l'un et l'autre sans plus de façon.
Ils se le tint pour dit et se retira. Mais à quoi cela servait-il? Je ne pouvais être au four et au moulin. Tout entier à ma défense et à mon organisation, je n'avais pas le temps de m'occuperde la police générale. J'avais proposé Vermorel qui eût admirablement rempli les fonctions ; mais il il était de mode de s'en méfier. Du reste, il suffisait de s'élever tant soit peu audessus du niveau intellectuel des phraseurs de quartier, — et Dieu sait s'il est possible d'être au-dessous, — ■ pour être suspect.
Pauvre Vermorel, ils l'ont vu à l'œuvre. Puisse son exemple ne pas être perdu pour le peuple et lui apprendre à être un peu plus circonspect! Il a acclamé Gambetta, Jules Simon, Jules Pavre, a-t-il eu de plus cruels ennemis?
11 a traité Vermorel de mouchard et Rochefort, avec sa légèreté habituelle, s'est fait l'écho de cette calomnie, comme, au 5 septembre, il m'accusait d'être un fauteur de guerre civile et, au 31 octobre, Pyat d'être un traître pour avoir annoncé la capitulation de Metz dont lui, Uochefort, lui avait donné la nouvelle '.
Cependant Rochefort n'est pas un méchant homme,
'Aujourd'hui toujours aussi léger Ho chef orl a pris la succès si ou de DéroulÈde qu'il baSuuait Daguères.lleaueuse Boulanger qui soupe et iujuf le grassiËremeal ce pauvre JulTria qui ne soupe pas. Au dfineuraût toujours marquis, avec cette différence que les marquis d'autrefois u'écrivaut pas n'avaieut pas besoin de sabre pour tailler leur plume.
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loin de là ; il a une qualité aussi précieuse que rare, celle de pardonner aux autres le mal qu'il leur a fait. Je suis sûr qu'il ne m'en veut pas plus qu'à Pyal ou à Vermorel, Chose peu commune, car généralement nous en voulons plus ans autres de nos torts que des leurs.
Vermorel, mouchard, lui quia payé ses convictions de sa vie ! J'ai vu son dossier à la préfecture de police et j'ai eu tout le temps de le compulser. Rien de tant Boi peu suspect et c'était, parmi nous, l'un des plus filés.
Travailleurs, un peu moins de précipitation, d'engouement, et un peu plus de réflexion dans vos jugements sur les hommes qui se dévouent à la défense de vos intérêts. Ne faites pas i\ d'eux et ne dites pas comme l'Italie : L'italia farà da se. fas plue qu'elle vous n'êtes encore à même de vous passer du dévouement d'hommes auxquels l'instruction ou l'expérience pratique ont donné une valeur que vous n'avez pas encore pu acquérir. Surveillez-les, servez-vous-en, tenez-les à l'écart; mais ne les calomniez, pas.
Vermorel essaya de mettre un peu d'ordre dans le désordre causé par la police. Protot lui-même, alors très jeune, comprit la nécessité de réformer la police, mais le premier, seul, eut l'énergie d'attaquer la bête dans son antre.
La Commune fit bien des lois, dont Protot, son Ministre de la justice, devait assurer l'exéciition, mais il ne le put, ou ne le sut. En sorte que !a préfecture de police, Etat dans l'Etat, continuait à faire de son caprice la loi suprême de Paris.
Exemple : toute arrestation devait être signalée au
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Ministre de la justice dans les 24 heuresel dans les 48 il devait être statué sursa validité. Cette loi, une des plus beUee faites par la Commune, ne futjamais exécutée. J'en sais quelque clioae. Comme j'en parlais plus tard à Pratof , il me répondit : « Eh I mon cher, vous « savez bien qu'on ne fait des décrets qne pour les vio- M 1er. » Je crois qu'aujourd'hui Protot pense et agirait tout autrement. Le malheur de la Commune fut son extrême jeunesse.
Le Cri du Peuple continuait son travail de désorganisation par la réclame individuelle, sans souci de la vérité et du salut public. Un certain Verlet, commandant du 192' bataillon on ne sait pourquoi, puisqu'il était journaliste et rien de plus, écrivait à Yallcs :
« Mon cher Vallès,
11 Le 193e, qai n passé trois jours et trois nuits sur les " barricades do Neuilly, a obtenu vingt-quatre heures de " repos. J'en profite pour vous donner mon opinion sur la " position qui nous est faite aux avant-postes.
" Auparavant, permettez-moi de saluer une dernière fois " les braves qui sont tombés pour la défense de la Repu - « blique et de la Commune.
" Mon bataillon a été, en effet, cruellement éprouvé. Les " gardes Fourkge, Champ, Soumillon, Pondruel, Parent, ' le caporal Dclcourf, âgé de 18 ans, les sergents Hichard 11 et Francort, ont été tués. Les gardes IlegnauU, Montel, 11 Lâchais, Bourgoin, Hurel. Leacombes, Dutheîlle, Marées, « Fridart, Roger, Maillard, le capitaine Cominat, le capi- « taine adjudant-major Goury, ont été blessés. Quelques- 1 uns d'entr'euK, je le crains, succomberont, malgré les « soins empressés qui leur ont été prodigués.
(1 Je tiens à signaler et à remercier publiquement les • majors Gougnou et de la Vallette, l'aidejdu <92% Roger,
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y qui, h l'ambulance de Neuilly, se dévouent nuit et jour " au pansement des blessés.
.( Ils sont, du reste, parfaitement secondés par la vivanu dière des Vengeurs de Paris, qui a relevé clle-mÈme plu- « sieurs gardes tombés au pied des barricades.
u Notez encore la citojenne Goulain, vivandifre du 192», « qui se fait bénir par les victimes de cet épouvantable (( guerre d'avant-postes, et qui a ramené au feu quelques <t gardes du 35s bataillon, saisis d'une panique intempes- « tivii.
( Tout le monde d'ailleurs fait à Neuilly son devoir à m plg IDmb Idtl g
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« L'ennemi assaasinail nos soldats, abandonnés sans y cartouches, sans vÈtements.
M On recommence la guerre à la Trocbu.
t Au lieu de démolir les maisons à coups de canon, il
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238 KÉKOIHES DU I^ÉMJUAL GLUSEHET
■ fant les prendre à la baïonnette, lléaultM.t : des hommes « tnés sans profit.
V On n'a pas une seule bombe à pétrole I
« Au point qu'avant-hier, on de mes camarades a dû « mettre le feu à une maison atvc des allumettes, lorsqu'il « eût été avantageux de la l'aire sauter.
<.' Pour moi, qui n'ai jamai's aimé les dictatures mili- " taires, je bondis de rage lorsque je voîa un Ministre « rendre des décrets alors qu'il devrait agir,
'■■ Que cela soit bien entendu, car il y va du salut de « Paris et de la République.
" Sans munitions, nos concitoyens seront inutilement mas- « sacrés.
« Et si la Commune a conscience de son mandat, elle « reprendra la direction des opérations militaires, qu'elle " a comprumijcs en les confiant à des mains incapables. »
On ne pourrait pas, je le crois, cîler un second cas de semblable licence lolérCe par un gouvernement quelconque vis-à-vis du dépositaire de son autorité militaire en face de l'ennemi. Ni Garibaldi, ni Lincoln, ni aucune des juntes insurrectionnelles de l'Amérique du Sud n'eussent toléré semblable mépris des nécessités les plus élém.entaires de la guerre. Gomment demander aux hommes le sacrifice, le dévouement, l'abnégation nécessaires à la victoire, quand leurs officiers crient par dessus les loits : n Celui qui nous commande vous « el moi est un âne ou un Imître ? » Lu fùl-il que le silence en public serait encore une mesure de salut public et si M. Verlet, homme très expérimenté dans les choses de la guerre, croyait ce qu'il disait, son devoir était d'adresser ses observations à la Commune di-
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reclement et de lui demander une enquête but ma conduite. O'eatdéjà une monslruosilé qu'un mince chef de bataillon se fasse l'accusateur de son chef suprême devantle gouvernement ; cependant, tenant compte de l'état révolutionnaire et des milieux, passe encore, mais au moins il n'y a pas scandale public, ni découragement semé dans les rangs et le gouvernement a les moyens d'apprécier. Car on peut admettre que, malgré leur grande expérience et leur savoir approfondi, les Veriets peuvent, comme tout le monde, se tromper, par hasard.
Or, ce Vf rlet était un des plus acharnés à se plaindre de ce qu'on ne relevait pas assez souvent les hataifions de tranchée, ce qui signifiait simplement : (( Jeprcfère les boulevards et le café de Madrid à la tranchée. » J'ai été vingt fois m'enquérir, par moimême, de l'état des esprits à cet égard. Et toujours j'ai trouvé la même chose : officiers, grognons proportionnellement à leur médiocrité militaire, soldats dévoués et ne se plaignant que peu ou pas. Quand ils se plaignaient, on pouvait être sûr que le commandant était un li'errat ou un Verlet,
En revanche la masse était de l'avis du brave Chaasaing, adjudant de tranchées aux Moulineaux poste le plus exposé de tous, qui terminait ainsi une rectification adressée au journal de M. Verlet :
" Je vous prie, citoyen rédacteur, de relaler ces faits Cl dans votre journal, car, malgré les souflruLices que nos Cl hommes endurent, nous ne deraandoDS pas à être relevés « des tranchées, que nos braves gardent avec le plus grand « courage, i
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240 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL CLUSEfiBT
Oui, ils tea gardaient avec courage I Oui, ils enduraient de grandes privations et couraient de grands dangersl Et ce n'était pas pour trois jours, comme M. Veriet, mais pour quinze jours au minimum que les braves dÉfenseurs des Moulineaux relaient à la trancliée.
Les attaques ne discontinuaient pas contre les forts du centre et contre Neuilly, Voici le rapport de la nuit du 18 au 19 avril.
IS avril, II h. Boir Asûièrea.
Guerre à Commune.
K Rapport du Colonel Okoloivitz déclarant journée salia- M aante aous tous les rapports ; s'est maintenu dans '1 Asnières à la tète du pont et n'a pas coupé le pont de « bateaux. «
Le chef d'état-rnajor.
Rapport du 18 au 19 avril
Jux citoyens membres de la Commission executive.
,< Crtoyens,
« La nuit a été très tranquille ; nos forts ont échangé de « rares coups de canon avec l'ennemi; nos avant-postes ont << tiré à peine quelques coups de fusil.
■ Une reconnaissance, sortie dans la soirée d'hier du lort de Vanves, a rencontré une patrouille versaillaise ; elle « l'a attaquée et mise en fuite, mais deux francs-tireurs ont « été tués. Une autre reconnaissance partie du Moulin » Laquet, a constaté la préience de quelques éclaireurs 11 ennemis à la Croix-Blanche, à ThJais et à Villejuif
Il Aux environs do l'Hay, un détachement du 98" bataillon « a mis en déroute un peloton de cavalerie et lui a tué 11 deux hommes et un cheval.
i< Le commandant de la redoute des Hautes-Bruyères me
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MÉMOlltES DU GÉNÉRAL CLUSEHËT 241
u signale la présence d'un grand nombre de gendarmes, u de fantassins et de chasseurs aux alentours de cette posili tion. »
Par ordre ; Le colonel, chej d'élal-major des forls du. Sud : La Gecilia.
Rossel) que j'avais envoyé faire une inspection du matériel et des magasins des forts, revint en me disant
— ce que je savais bien — qu'on gaspillait les munitions. Au seul fort de Vanves il m'assura qu'on avait tiré 16,000 coups, ce qui me mettait dans des colères bleues. Il n'y a pas d'avare pour soigner son trésor comme moi, mes hommes et mon matériel. C'est ma caisse, après tout. Ce rapport de Rossel me détermina à publier l'ordre du jour suivant:
" II se fait depuis quelque temps une consommation « excessive de projectiles dans les forts ; celui de Vanvea « en a consommé à lui seul 16,000, Outre l'inconvénient de K brûler inutilement da la poudre, de dépenser en pure II perte l'argent du peuple et de faire naître l'inquiétude « dans les esprits, cette pratique prouve plus d'entraînea ment que de sang-froid,
11 Le Déléguéà la Guerre prévient les gardes natiouauxet • le commandant du fort qn'ô l'aveair il ne sera plus fait " droit aux demandes de munitions au delà du nombre de « coups alloués à chaque fort pour sa défense. » Paris, 19 avril.
Le Délégué à la Guerre, Cluheret.
Cet ordre donna lieu à de vives réclamations de la part des artilleurs du fort de Vanves et de son com-
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242 MÉMOIRES DU GÉNÉKAL CLUSBRET
mandant. Ils prétendirent qu'il y avait exagération. Le fait est que la somme totale des projectiles délivrés par les arsenaux au fort n'atteignait pas ce chiffre. Mais il pouvait y en avoir dans la poudrière du fort. Si j'avais connu à celle époque le peu de franchise de Rossel, j'aurais vérilié moi-même au lieu de m'en rapporter à son dire.
Ce même jour, j'adressai à la Commission exÉcutive la dépêche suivante :
19 avril, 4 heures.
H Nous sommes attaqués sur toute la ligne.
J'avais reçu dans la matinée le rapport suivant de Dombrowski:
" Aujourd'hui à l'aube nous étions attaqués par de Portes « colonnes de ligne et nos postes avancés, trompés par les n signaux amicaus les lignards, ont été surpris. Mais j'ai « pu promptement rétablir le combat. ■
Dombrowski,
A 4 h. 13 je recevais de Dombrowski le rapport sui-
l'aris, 19 avril, 4 b, lu soir.
L< Après un sanglant combat, nous avons repris nos positions. No^ troupes, porlées en avant sur notre aile « gauche, s'emparèrent d'un magasin d'approvisionnements B de l'eanemi, daas lequel nous avons trouvé soixanteg ntaf loanea^ux contenant du Jambon, du fromage et du « lard.
" Le combat continue avec i»charnement ; l'arlillerie ce ennemie, placée sur la hauteur de Courbevoie, nous u couvre de projectiles et de mitraille, mais malgré la viva- « cité de ses feus, notre côté droit exécute, en ce moment,
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Il un muuvement dans le but d'envelopper les troupes de B ligne qui se sont engagées trop en avant. 11 mefautoinq « bataillons de troupes fraîches, dewx mille hommes au '1 moins, parce que lea feux ennemis sont considérables. »
DOMBROWSK.!.
A 5 heures 21 minutes, j'adressai celle seconde dépAclie
" Bonnes nouvelles d'Asnières et de Montrouge. Ennemi B repousse. »
En fait, l'attaque générale, furieuse, dont on nous menaçait depuis longtemps, dont on avait faîl tant de flafla, qu'on avait annoncée au général Fabrice, lequel avdiL di^ conseiller officieusement à toutes les Légations d'abandonner Paria, venait d'avoir lieu,
" Parturieni montes, nascitur ridiculus mus. « Ce sont les fameux jambons dont j'ai parlé plus haut dont il s'agit dans ce rapport de Dombrowski. C'était lui qui avait également inspiré la lettre de Verlet. Devant moi, Dombrowski conservait toute la déférence et le respect que le subordonné doit à son supérieur. U savait bien que pour un chef de son importance, je ne me serais pas servi des moyens ordinaires et que je lui aurais brùlé la cervelle s'il avait bronché. lUais en sousmain il faisait agir, envoyait des rapports directement à la Commune. Je le mis aux arrêts pour ce fait. Alors c'était une erreur de l'ordonnance qui se trompait d'hôtel et portait à l'Hôtel de Ville ce qui était destiné au Ministère de la Guerre. C'était lui qui faisait dire par ses Varlets, et iJ n'y en avait pas qu'un, qu'on lui refusait des renforts, ce qui était faux. Chaque fois que
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344 UÉMOtBES DU GËXI^RAL CLOSERET
Donûbrowski me demanda des renforts, je les lui ai envoyés, à l'exceplion d'une seule fois, où il voulait 4,500 hommes pour (enter un coup stupide. Il voulait aller par le fossé du bois de Boulogne prendre le parc de Neuilly par le quai. Je savais que toutes les maisons bordant la Seine étaient bourrées de troupes, que les murs et les maisons étaient crénelés. Mes 4,500 hommes auraient fondu comme beurre au soleil.
Dombrowski faisait en outre réclamer par ses polonais — qui n'ont jamais douté de rien — et ils étaient nombreux, le commandement en chef. Pauvre homme! Qu'en eût-il fait ? Quand, cédant à la pression de l'opinion , j'élargis son commandement et loi conflai toute la rive gauche, il ne pouvait seulement, de son quartier général, situé à la Muette, embrasser la porte de Saint-Cloud. Il ignorait que le 64' avait abandonné cette position et quand il l'apprit, perdit la tête et ne sut rien faire pour empêcher les Versaillais, que Ducatel ne pouvait déterminer à enfoncer une porte ouverte, d'avancer,
Il faut d'autres organisations que celle de Dombrowski pourfaire des généraux enchef.Peut-étre, par la suite, eùl-il pu faire un bon divisionnaire, mais un commandant en chef 1 Sa cervelle n'avait pas les proportions voulues!
Quant au peuple, un colonel de zouaves sera longtemps encore pour lui le type du général en chef. De Napoléon, ce qu'il a le mieux retenu, c'est le pontd'Arcole où il n'était pas.
Le 23 avril l'assemblée rurale, furieuse de ne pouvoir
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MÉMOIRES DO Gf.NÉRAL CtUSEHET 245
entamer la défense de Paris, créa deux nouveaux corps d'armée, les 4' et 5',
Ces corps étaient spécialement composés des débris de la garde impériale et de l'armée du Rhin. C'était l'appoint fourni par Guillaume à Thiers contre la République : lo divisions d'infanterie représentant au bas mot 100,000 hommes et 7i batteries d'artillerie de campagne, sans compter les innombrables pièces de position , allaient entrer en ligne contre nos 41 ,500 hommes et nos deux batteries de campagne (alors 30,000 hommes seulement ; je ne compte pas les sédentaires qui ne pouvaient être employés à l'extérieur). Je laisse de côté la cavalerie, de nul effet en dehors du service d'éclaireurs et, dans l'espèce, ce service était complètement sans objet.
Quand j'écrivais, en i 868, dans mon livre a Armée et démocratie », cette vérité que ie rôle de la cavalerie comme élément tactique était fini, on ne voulut pas me croire, on en fit des gorges chaudes, mais les faits ne tardèrent pas à me donner raison.
Qn'est-il advenu des cuirassiers de Reischoffen? Le voici : les cuirassiers de France pour la plupart Alsaciens, reçurent de leur général l'ordre inepte de charger.
Héroïques, grands, plus encore par le cœur que par la taille, ces géants du peuple se ruèrent, avalanche d'acier, sur un carré de feu.
Erreur contre erreur, charge contre sens. Carré contre sens.
Du choc de ces deux aveuglements, la fumée dissipée, voici ce qui restait :
246 MlilMOIREfl DU GÉNÉRAL CLUSERËT
Le carré intact ; au centre un immense cui soua-officier, le casque troué, !a cuirasse faussée, le sabre ciÉgoullant de sang.
— tlendez-vous ! lui crie le commandant du carré. Ce qu'il allait faire quand une brute à têle carrée l'abattit d'un coup de fusil.
Sur la face attaquée des monceaux de cadavres ; au loin des chevaux avec ou sans cavaliers fuyant éperdus.
En les voyant charger, notre vieil ennemi, le teuton Guillaume, ne put s'empêcher de crier : Ah ! les braves gens I
Oui, braves, maisbéVes aussi.
Toujours les lions aux ordres d'un âne.
L'avertissement que je donnais en 1868 n'était pas une vaine discussion théorique. C'était le résultat de mon expérience pratique. Six ans auparavant j'avais détruit en une heure et sans carrés, les deux troupes de cavalerie les meilleures sans comparaison que j'ai rencontrées dans ma longue carrière. Et j'ai vu la cavalerie anglaise à Balaklava, la cavalerie allemande en 1870 et la cavalerie russe en 1878 '.
Mères françaises, réfléchissez mûrement ù ces choses et faifcs des vœux pour que cette fois encore, ma voix ne suit pas : Vos: damans in deserto, car si nous n'avons plus d'Alsaciens, nous avons encore des dragons et des cuirassiers, gens â faire charger et, par conB(''quent, à fiiire tuer.
Le rôle de la cavalerie élaut iouL autre, tout autre devrait cire son recrutement et sou instruction.
' Ajouté ré
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Le rû!e du cavalier moderne est celui de scout et celui de la cavalerie est d'être a scouling parly. Ce n'est pas le Prussien que nous avons à copier, c'est l'Américain, plagié et mal plagié par l'Allemand en J870.
Qu'est-ce qu'un Scotitl Un œil et une intelligence montés sur quatre pattes afin de voir de plus haut et plus vite, partant, mieux.
Seulement pour ce rôle il faut être avant tout Smart, c'est-à-dire intelligent, actif, avoir bon pied, bon œil, l'imagination fertile en expédients et le moral à la hautfiur des circonstances quelles qu'elles soient. La cervelle seule doit peser et un cheval peut en porter beaucoup, mais ce qu'il ne pourrait porter indifféremmenl, c'est un poids de 300, de 200 ou de îbO livres.
Donc, tout au rebours de ce qui se fait actuellement, les grands, gros, bétes, à la cavalerie qui charge et dont le maximum d'effet est représenté par la masse multipliée par la vitesse, il faut donner les minces, nerveux, à mine futée à la cavalerie de l'avenir chargée d'éclairer et non de charger.
Les Allemands ont entrevu la vérité, dévoilée par nous en 1862, mais leurs uhlans sont une bien pâle copie de mes anciens scouls.
En France, rien, absolument rien n'a été tenté. Et si demain une nouvelle invasion mettait au clair le sabre de la cavalerie, on verrait les Gallifets prendre de jolis airs de gentilshommes, affecter de mettre leurs gants avant de charger, commander la charge, faire tuer leurs hommes, eux peut-être, ce qui ne serait pas grand dommage — et un public tdïoC battre des mains 1 Vous croyez peut-être que le peuple français a tiré un ensei-
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248 MÉMOIRES DU GÉNÉHAl CLUSERET
gnement salutaire de Ta catastrophe de ReischoEfen? Erreur complète. Le peuple n'a retenu qu'une chose: la pose dramatique du grand cuirassier pénélranL dans le carré. Pour cette pose, il esït prêt à charger de nouveau.
Et peut-il en être autrement dans un pays où toute liberté est conspuée et toute autorité vénérée? Qu'estce que la force brutale sinon l'image de l'autoritÉ et qu'est l'intelligence sinon celle de la liberlé ?
Pénétrez dans un mess d'officiers de cavalerie et alors seulement vous pourrez av Ir une idée des bas-fonds ineondahles, de l'alrnphie intellectaelle. On les appelle; n hommes de cheval. » Il y a deux mots de trop.
Qu'on me pardonne celle digression ; elle n'est pas inutile.
Je reviens à l'effectif des forces en présence. J'ai dit l'immense déploiement de celles de Mac-Mahon, Je n'en fus nullement troublé.
Les hommes qui n'ont pas une grande expérience pratique du métier accordent généralement trop d'importance au nombre. Cette importance est proportionnelle à l'échiquier. Un générai habile peut toujours paralyser, au moins dans de très fortes proportions, l'effet du nombre.
Dans l'eepècc que me faisait le nombre? Mac-Mahon, une fois les abords pris, et je savais bien ne pouvoir les défendre indéfiniment, ne pouvait plus agir que par des tètes de colonnes ; les miennes valaient mieux que les siennes. Il pouvait, il est vrai, les renouveler plus souvent que moi, mais cet avantage était bien compensé par les dangers et charges inhérents aux grandes
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masses immobilisées. Il n'y a pas de camps p qui n'engendrent la fermentation militaire, d'où se dégagent l'indiscipline et la démoralisation. En Crimée l'indiscipline des meilleures troupes était incroyable. Je me rappelle avoir été forcé d'attacher des tiommes aux gabions en face du Mamelon Vert pour dompter l'insubordination. Quand Pellissier fil donner l'assaut il n'était que temps. S'iln'ertt pas réussi, les troupes se fussent débandées et on aurait eu le spectacle le plus écœurant. Il faut pour sauver ia discipline et le moral des troupes en campagne, les tenir toujours en mouvement. Là était le danger pour l'armée versaillaise. Et là aussi était une des causes du système adopté par moi. Opposer des têtes de colonne, multiplier les obstacles matériels et ménageries hommes.
Pour la Garde Nationale l'inconvénient n'était plus le même ; relevé du service aux avant-postes le garde national rentrait dans la famille et y faisait peau neuve. 11 puisait là de nouvelles forces morales et loin de m'affaiblir le temps me fortiflait. Or, tout ce que je voulais, je l'ai dit, c'était gagner du temps pour forcer ia France à intervenir entre Versailles et Paris, ce qui ne pouvait manquer el nous assurait gain de cause.
J'ai souvent réfléchi à la disproportion des forces françaises et allemandes au début de la guerre de 1870. Si, au lieu d'agir avec la présomption qui caractérise les généraux français, on eût agi avec toute la circonspection qu'imposait la différence des effectifs, il est très probable qu'on eût pu gagner le temps suffisant pour organiser la France militairement.
Il suffisait de faire la part du feu et d'occuper forle-
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menl les défilés, n'offrant que des tètes de colonne et reianœuvrant sans cesse derrière elles, surtout avec des colonnes volantes. Les Vosges et les Ardennes étaient adinirableinent adaptées à ce genre de guerre.
Mais, «vec le caractère français qui ne doute de rien et professe sur tout, on aurait probablement traité le général assez patriote et assez habile pour adopter une semblable tactique comme la Commune m'a traité.
Le 20 avril. Je fis paraître l'ordre du jour suivant :
Le général Fudeg e=t nommé Inspecteur Céneral des fnrts de la rive gauche de !a fc me
tn congequencp il aura dtoit d inspente le rutériel ainsi que le personnel de se faire tendre compte de tout ce ju a trait au ser\ice et représentera le Délègue à la Il Guerre auprès dei commandant dps fort'f
1 n remplaçant tudesj espéiais mettie fin a I anarchie au j^àchis ans nom dont l&sy élaitle fojei Rossel me Lonaeilla fortemtnt de le lemf lacet par le colonel Woetzcl commandant la 13"" ou 14" Légion II s'appuyait sur ce que cette Légion était une de» mieux, tenues. J'eus grand tortde l'écouter et de ne pas mettre immédiatement La Cecilia à la place d'Eudes. Uossel n'avait aucune connaissance des hommes et quand parfoie il tombait juste, comme avec Mayer, la jalousie lui faisait démolir ce qu'il avait contribué à édifier. 11 avait lu haine instinctive de toute capacité.
Woclzel ne fit pas mieux qu'Eudes au point de vue disciplinaire, et peut-être moins au point de vue militoire. Comme son prédécesseur il était très brave et fut tué par l'ennemi.
Aussitôt qu'Eudes eut quitté son commandement il
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me fallut le pourvoir d'un palais. L'Elysée avait ses préférences, mais je le forçai de se contenter de la Légion d'honneur.
Le peuple se eonlenlail bien de tn tranclic'^ oii d'inie mansarde.
Le 21 avril, nouvelle atLaque.
J'adresse à la Commune le rapport suivant ;
1 21 avril, 5 h. du soir. »
Il La position de Neuiliy a été ce matin fortement n canonnée par le Mont Valérien et les batteries da rofld- II point de Courbevoie.
ti Celle d'Asnières, fortement attaquée par des colonnes n précédées de nombreux tirailleurs, résiste avec succès.
(c Nos batteries élevées sur le viaduc d'Asnières et les B points adjacents ripostent et obligent l'ennemi à ee re- 11 plier en désordre,
B En ce moment l'ennemi continue sa retraite sur tous V les points ".
Le Délégué à la Guerre,
G. CtUSERET.
'> 2i avril, il L.15 m. soir. ■> Même au même :
« Une attaque sur Montrouge. L'ennemi repoussé sur t Bagneux, avons eu 7 blessés. »
Tous ces eombuts, à partirdu 2 avril jusqu'au 10 nous avaient coulé sept-cent vingt-huit blessés, pas un de plus. L'offlciel des 21 et 22 avril contient les noms de chacun d'eux. Si j'avais écouté les criailleries des Verlets et satisfait aux deinandesdes mille petits crevés militaires qui tous voulaient avoir des renforts dont ils étaient incapables de tirer parti, j'aurais facilement pu
multiplier ce chiffre par 10 et par 20, comme i'ont fait Ilossel etDelescluze.
Je demande aux parents des gardes nationaux ce qu'ils préfèrent du système Verlet ou du système Glu- Beret.