PHYSIONOMIE DE PARIS. M
de l'Empereur mettaient tous leurs soins à cacher rimminence du péril, et d'un autre côté, le souvenir de nos anciens aoeces et du bonheur de Napoléon rassurait les Parisiens.
La veille de la bataille de Paris, j'étais au spectacle, et dans le foyer ; un jeune homme dit tout haut qu'on tiraillait dans la plaine Saint-Denis. Je vis le moment où il serait assommé, car l'indignation qu'inspirait « ce mensonge > fut à son comble, et il se hâta bien vite d'ajouter qu'il l'avait entendu dire, mais qu'il n'en croyait rien; j'étais avec quelqu'im qui le connaissait, et il vint nous parler; il nous assura tout bas que sa nouvelle était vraie, et qu'il avait lui-même vu et entendu le feu.
J'en doutais pourtant encore; mais, dès le point du jour, le lendemain 30 mars, les tambours de la garde nationale qui battaient la générale dissipèrent tous les doutes à cet égard, et il fallut s'attendre à livrer bataille dans Paris, car je ne doutais pas que l'Empereur ne fût là pour nous défendre vr&c toute l'armée, et je savais bien qu'il aimerait mieux faire piller et brûler Paris que de consentir à une capitulation pour cette grande ville; je vis un moment après passer sous ma fenêtre, dans la rue de Caumartin, l'ex-roi Joseph Bonaparte qui se rendait à Montmartre (il n'aurait dû jamais régner qpie là), et un quart d'heure après, le duc de Feltre, ministre de la guerre, qui s'y rendait aussi avec empressement.
Quant à moi, lié par l'engagement que j'avais signé à Rostock, il ne m'était pas possible de prendre les armes, et je oe m'y sentais nullement disposé; je courus Paris pour vtwr quelles étaient les dispositions du peuple, et ce qu'il y avait à espérer et à craindre dans cette grande circonstance; je vis dans tous les lieux publics des bourgeois insouciants, très divisés d'opinion sur ce qui allait se passer, mais s' accordant cependant tous sur le même point, c'est qu'ils ne voulaient point se battre.
Je trouvai quelques faibles bataillons de gardes nationales qu'on traînait du côté des barrières, et il était facile de juger, en les voyant passer, que ce n'étaient point là les troupes qui empêcheraient les Russes de rentrer à Paris.
La canonnade, qui se rapprochait toujours, ne contribuait pas à mettre le cœur au ventre aux marchands des faubourgs, et vers les trois heures après midi la retraite de nos troupes commença, et les troupes alliées occupèrent Montmartre, d'où elles envoyèrent quelques boulets et obus sur Paris, sans doute pour nous avertir qu'il était temps de se soumettre.
Je me promenais alors avec le général comte de Castella sur le boulevard de la chaussée d'Antin, qui était couvert de monde, hommes et femmes, partie canaille, et partie gens bien mis; un boulet qui vint à raser le toit d'une maison de la rue Basse du Rempart, et fit voler quelques tuiles sur le boulevard, le nettoya en un clin d'œil; toute cette foule se dissipa si complètement, que je me trouvai seul sur ce boulevard avec e comte de Castella, et encore nous en allions-nous aussi, mais tranquillement. < Voyez, me dit-il, la belle besogne qu'on aurait faite avec tous ces commis et ces courtauds, si l'on avait voulu les forcer à défendre l'entrée de la ville contre les grenadiers de la garde russe I •
Le soir, on capitula pour la ville de Paris; le maréchal Marmont s'en chargea, et rendit là un grand service, car la terreur que le nom de Napoléon inspirait encore aurait peutêtre empêché que personne ne voulût s'y employer, et Paris aurait pu être saccagé, d'autant plus que le comte de Girardin, ,envoyé par l'Empereur, qui arrivait par Fontainebleau, vint le soir apporter l'ordre de résister, à quelque prix que ce fût; il ne s'agissait de rien moins, d'après lui, que de dépaver les rues, de créneler les maisons, et de se battre dans Paris jusqu'à la dernière extrémité, afin de donner le temps à l'armée française, qui était à Fontainebleau, d'arriver (pour voir brûler la capitale et égorger ses habitants).
Le maréchal Marmontne tint aucun compte de tous ces beaux discours; il signa la capitulation, et se retira sur Corbeil avec les débris du corps d'armée qui s'était battu sous Paris et avait fait tout ce qu'il était possible de faire en cette circonstance.
Le 31 mars de grand matin, on sut officiellement dans Paris que les souverains alliés y feraient leur entrée le même