‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 109 sur 218 · REVUE DES RÉGIMENTS DU ROI · texte numérisé non relu

REVUE DES RÉGIMENTS DU ROI

c princes ont passé la revue aux Champs-Elysées, que Leurs

< Altesses Royales sont entièrement satisfaites de la belle

< tenue et de l'excellent esprit qui les dintinguent.

< Sa Majesté, daignant apprécier la fidélité et le dévouement

< de tous les braves qui composent les régiments d'infanterie ( de ligne du Roi et de la Reine, d'infanterie légère du Roi et « de la Reine, des cuirassiers du Roi, des chasseurs du Roi et

< de Berry et des hussards du Roi, autorisent les militaires « qui composent ces corps à porter la c décoration du Lys > , « qui leur sera remise par leurs colonels respectifs.

c Le Ministre de la guerre,

« Général comte Dupont. •

Cependant, quand on eut fait faire au général Dupont tous les avancements ridicules qu'on voulait tirer de lui, et auxquels il s'était prêté si compledsamment, on jugea que, pour faire marcher la machine militaire, il fallait donner à un homme plus capable le ministère de la guerre; le maréchal Soult, disgracié d'abord après sa bataille de Toulouse, qui est cependant un de ses plus beaux faits d'armes, était remonté sur l'eau par sa conduite adroite et royaliste en Bretagne, où le Roi l'avait envoyé comme gouverneur dans un moment critique. Il convoitait depuis longtemps le ministère de la guerre, et la circonstance lui parut favorable pour robtenir; son aide de camp favori, le général Brun de Villeret, se trouva, par sa femme, neveu du comte de Bruges, favori de Monsieur, frère du Roi; ce fut de ce côté que le maréchal établit ses batteries, et il réussit plus facilement encore qu'il ne l'avait espéré. Le comte de Bruges (1) se fit promettre le grade de lieutenant général et la grande chancellerie de la Légion d'honneur, et le maréchal Soult ne fit

(i) Bruges (Henri-Alphonse, vicomte de), né en 1764 dans le comtat Venaissin, f 1820, fit les campagnes maritimes de 1780 et 1782, lieutenant de vaisseau en 1784; émigra à la RévoluUon et servit à l'armée de Condé, puis se rendit aux Antilles où il devint colonel des troupes anglaises ; rentré en France en 1814» il fut nommé maréchal de camp le 15 décembre 1814.

m MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE SAI5T-CHAMANS.

pas le cruel; il lui aurait donné rolontiers le bâton de maréchal de France; quand M. de Bruges fut assuré de son affaire TiS'à-vis du maréchal, il parla de la chose à Monsieur, Mon* sieur en parla au Roi ; on demanda au maréchal des notes et des mémoires sur le ministère de la guerre, il les fournit d'une manière parfaite, car il était très fort dans cette partie, et la chose fut aussitôt décidée; le général Dupont fut remercié au commencement de décembre, et le maréchal Soult entra aussitôt en fonction (i) (le 3 décembre 1814).

Son ministère dura si peu que l'on ne put pas voir éclore tous ses projets; je suis persuadé qu'il en avait de très vastes (car c'était un homme à grands moyens) et qu'il aurait mis l'armée française sur un pied très formidable, mais les événements du mois de mars 1815 l'arrêtèrent tout court dans sa carrière ministérielle, et ce qu'il fit de plus marquant, ce fut de renvoyer de Paris les régiments du Roi et de la Reine, infanterie et cavalerie, qui s'y regardaient établis comme à poste fixe; j'en fus prévenu confidentiellement un mois avant que la chose se fit, et comme j'étais assez bien avec lui, il me promit que je serais fait maréchal de camp à la première promotion; cela me consola un peu; j'avais refusé dix fois ce grade pendant que le général Dupont était ministre, mais puisque mon régiment quittait Paris, je le demandais avec empressement, car c'était un moyen de revenir dans cette bonne ville, où je me plaisais beaucoup.

Pendant cet été de 1814, je reçus, comme tout le monde, la croix de Saint-Louis (le 8 juillet 1814), et comme tant d'autres celle de commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur (le 29 juillet 1814) (2); comme tout le monde, je fus révolté de la

(1) J*at eu ces détails d'aoe manière si positive et si sûre, que je n'ai pas balancé à les consigner ici. (Noté de Vauteur.)

(2) Le même décret conférait la croix d'oCQcier de la Légion d'honneur au major Meyronnet et au capitaine Percy, et celle de cheyalier &

MM. Bouvant, capitaine. MM. Wyart, maréchal des logis Masson, capitaine. chef.

Ornavon, lieutenant. Pimont, maréchal des logis.

Saintion, lieutenant. Goudmann, maréchal des logis.

Brachy, sous-lieutenant. Magny« brigadier*

Tous appartenant à mon régiment.

Page 1